CG9-22686.md

identifiantCG9-22686.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1809/12/21 00:00
titreNapoléon à Louis, roi de hollande
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 22686. - </b>À Louis, roi de hollande</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Trianon, 21 décembre 1809</h2><p>Monsieur mon frère, je reçois la lettre de Votre Majesté<sup>[^1]</sup>. Elle désire que je lui fasse connaître mes intentions sur la Hollande. Je le ferai franchement.</p><p>Quand Votre Majesté est montée sur le trône de Hollande<sup>[^2]</sup>, une partie de la nation hollandaise désirait la réunion à la France. L'estime que j'avais puisée dans l'histoire pour cette brave nation m'a porté à désirer qu'elle conservât son nom et son indépendance. Je rédigeai moi-même sa constitution<sup>[^3]</sup>, qui devait être la base du trône de Votre Majesté, et je l'y plaçai. J'espérais qu'élevée près de moi, elle aurait eu pour la France cet attachement que la nation a droit d'attendre de ses enfants, et à plus forte raison de ses princes. J'espérais qu'élevée dans ma politique, elle aurait senti que la Hollande, qui avait été conquise par mes peuples, ne devait son indépendance qu'à leur générosité ; que la Hollande, faible, sans alliance, sans armée, pouvait et devait être conquise, le jour où elle se mettrait en opposition directe avec la France ; qu'elle ne devait point séparer sa politique de la mienne ; qu'enfin la Hollande était liée par des traités avec moi. J'espérais donc qu'en plaçant sur le trône de Hollande un prince de mon sang, j'avais trouvé le <i>mezzo termine</i> qui conciliait les intérêts des deux États, et les réunissait dans un intérêt commun et dans une haine commune contre l'Angleterre ; et j'étais tout fier d'avoir donné à la Hollande ce qui lui convenait, comme, par mon acte de médiation, j'avais trouvé ce qui convenait à la Suisse<sup>[^4]</sup>. Mais je n'ai pas tardé à m'apercevoir que je m'étais bercé d'une vaine illusion : mes espérances ont été trompées. Votre Majesté, en montant sur le trône de Hollande, a oublié qu'elle était française, et a même tendu tous les ressorts de sa raison, tourmenté la délicatesse de sa conscience, pour se persuader qu'elle était hollandaise<sup>[^5]</sup>. Les Hollandais qui inclinaient pour la France ont été négligés et persécutés ; ceux qui ont servi l'Angleterre ont été mis en avant. Les Français, depuis l'officier jusqu'au soldat, ont été chassés, déconsidérés, et j'ai eu la douleur de voir en Hollande, sous un prince de mon sang, le nom français exposé à la honte. Cependant je porte dans mon cœur et j'ai su soutenir si haut, sur les baïonnettes de mes soldats, l'estime et l'honneur du nom français, qu'il n'appartient ni à la Hollande, ni à qui que ce soit, d'y porter atteinte impunément. Les discours émanés de Votre Majesté à sa nation se sont ressentis de ces mauvaises dispositions ; on n'y voit que des allusions sur la France. Au lieu de donner l'exemple de l'oubli du passé, ils le rappellent sans cesse, et par là flattent les sentiments secrets et les passions des ennemis de la France. Et cependant de quoi se plaignent les Hollandais ? N'ont-ils pas été conquis par nos armes ? Ne doivent-ils pas leur indépendance à la générosité de mes peuples ? Ne devraient-ils pas plutôt bénir la générosité de la France, qui a constamment laissé ouverts ses canaux et ses douanes à leur commerce, qui ne s'est servie de la conquête que pour les protéger, et qui n'a fait, jusqu'à cette heure, usage de sa puissance que pour consolider leur indépendance ? Qui a donc pu justifier la conduite insultante pour la nation, et offensante pour moi, qu'à tenue Votre Majesté ? Vous devez comprendre que je ne me sépare pas de mes prédécesseurs et que, depuis Clovis jusqu'au Comité du salut public, je me tiens solidaire de tout, et que le mal qu'on dit de gaieté de cœur contre les gouvernements qui m'ont précédé, je le tiens comme dit dans l'intention de m'offenser. Je sais qu'il est venu de mode, parmi certaines gens, de faire mon éloge et de décrier la France ; mais ceux qui n'aiment point la France ne m'aiment pas ; ceux qui disent du mal de mes peuples, je les tiens pour mes plus grands ennemis. N'aurais-je eu que cette seule raison de mécontentement, de voir le mépris dans lequel était tombé le nom français en Hollande, que les droits de ma couronne m'autorisaient à déclarer la guerre à un souverain, mon voisin, dans les États duquel on se permettait des insultes contre mes peuples. Je n'en ai rien fait. Mais Votre Majesté s'est fait illusion sur mon caractère ; elle s'est fait une fausse idée de ma bonté et de mes sentiments pour elle. Elle a violé tous les traités qu'elle a faits avec moi ; elle a désarmé ses escadres, licencié ses matelots, désorganisé ses armées, de sorte que la Hollande se trouve sans armée de terre ni de mer, comme si des magasins de marchandises, des négociants et des commis pouvaient constituer une puissance. Cela constitue une association riche ; mais il n'est pas de roi sans finances, sans moyens de recrutement assurés et sans flottes. Votre Majesté a fait plus : elle a profité du moment où j'avais des embarras sur le continent pour laisser renouer les relations de la Hollande avec l'Angleterre, violer les lois du blocus, seul moyen de nuire efficacement à cette puissance. Je lui ai témoigné mon mécontentement de cette conduite, en lui interdisant la France, et je lui ai fait sentir que, sans le secours de mes armées, en fermant le Rhin, le Weser, l'Escaut et la Meuse à la Hollande, je la mettais dans une position plus critique que si je lui eusse déclaré la guerre, et que je l'isolais de manière à l'anéantir. Ce coup a retenti en Hollande. Votre Majesté a imploré ma générosité, et en a appelé à mes sentiments de frère, a promis de changer de conduite. J'ai pensé que cet avertissement serait suffisant : j'ai levé la prohibition de mes douanes. Mais bientôt Votre Majesté est revenue à son premier système. Il est vrai qu'alors j'étais à Vienne, et que j'avais une pesante guerre sur les bras. Tous les bâtiments américains qui se présentaient dans les ports de Hollande, tandis qu'ils étaient repoussés de ceux de France<sup>[^6]</sup>, Votre Majesté les a reçus. J'ai été obligé une seconde fois de fermer mes douanes au commerce hollandais. Certes, il était difficile de faire une déclaration de guerre plus authentique ; dans cet état de choses, nous pouvions nous regarder comme réellement en guerre. Dans mon discours au Corps législatif, j'ai laissé entrevoir mon mécontentement<sup>[^7]</sup> ; et je ne vous cacherai pas que mon intention est de réunir la Hollande à la France comme complément de territoire, comme le coup le plus funeste que je puisse porter à l'Angleterre, et comme me délivrant des perpétuelles insultes que les meneurs de votre cabinet ne cessent de me faire<sup>[^8]</sup>. En effet, l'embouchure du Rhin et de la Meuse doit m'appartenir. Le principe en France que le thalweg du Rhin est notre limite, est un principe fondamental. Votre Majesté m'écrit, dans sa lettre du 17, qu'elle est sûre de pouvoir empêcher tout commerce de la Hollande avec l'Angleterre ; qu'elle peut avoir des finances, des flottes, des armées ; qu'elle rétablira les principes de la constitution en ne donnant aucun privilège à la noblesse, en réformant les maréchaux, grade qui n'est qu'une caricature et qui est incompatible avec une puissance du second ordre ; enfin qu'elle fera saisir les entrepôts de marchandises coloniales et tout ce qui est arrivé sur des bâtiments américains, qui n'auraient pas dû entrer dans ses ports. Mon opinion est que Votre Majesté prend des engagements qu'elle ne pourra pas tenir et que la réunion de la Hollande à la France n'est que différée. J'avoue que je n'ai pas plus d'intérêt à réunir à la France les pays de la rive droite du Rhin que je n'en ai à y réunir le grand-duché de Berg et les villes hanséatiques. Je puis donc laisser à la Hollande la rive droite du Rhin, et je lèverai les prohibitions ordonnées à mes douanes, toutes les fois que les traités existants, et qui seront renouvelés, seront exécutés.</p><p>Voici mes conditions :</p><p>1<sup>o</sup> Interdiction de tout commerce et de toute communication avec l'Angleterre ;</p><p>2<sup>o</sup> Une flotte de 14 vaisseaux de ligne, de 7 frégates et de 7 bricks ou corvettes armés et équipés ;</p><p>3<sup>o</sup> Une armée de terre de 25 000 hommes ;</p><p>4<sup>o</sup> Suppression des maréchaux ;</p><p>5<sup>o</sup> Destruction de tous les faux privilèges de la noblesse contraires à la constitution que j'ai donnée et que j'ai garantie.</p><p>Votre Majesté peut faire négocier sur ces bases avec le duc de Cadore<sup>[^9]</sup>, par l'entremise de son ministre<sup>[^10]</sup> ; mais elle peut être certaine qu‘au premier paquebot, au premier bâtiment qui sera introduit en Hollande, je rétablirai la défense des douanes ; qu‘à la première insulte qui sera faite à mon pavillon, je ferai saisir à main armée et pendre au grand mât l'officier hollandais qui se permettra d'insulter mon Aigle. Votre Majesté trouvera en moi un frère, si je trouve en elle un Français ; mais si elle oublie les sentiments qui l'attachent à la commune patrie, elle ne trouvera pas mauvais que j'oublie ceux que la nature a placés entre nous.</p><p>En résumé, la réunion de la Hollande à la France est ce qu'il y a de plus utile à la France, à la Hollande et au continent ; car c'est ce qu'il y a de plus nuisible à l'Angleterre. Cette réunion peut s'opérer de gré ou de force. J'ai assez de griefs contre la Hollande pour lui déclarer la guerre. Toutefois, je ne ferai pas de difficulté de me prêter à un arrangement qui me cédera la limite du Rhin, et par lequel la Hollande s'engagera à remplir les conditions stipulées ci-dessus<sup>[^11]</sup>.<sup>[^12]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napol</i></h3><p><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps; line-height: 100%"> <b>Annexe</b></p><p><i>Lettre de Louis à Napoléon, du 17 décembre 1809</i></p><p>Sire, je supplie V. M. I. de daigner oublier toutes les fautes qu’on a commises en Hollande et de recevoir la promesse que, si elle veut faire un autre essai, elle n’aura pas à s’en repentir. Je lui promets de faire exécuter strictement toutes les mesures de douanes que V. M. jugera à propos d’adopter en France, et de faire en sorte que les sujets de griefs que V. M. peut avoir contre ce pays et contre moi ne se renouvellent plus.</p><p>Je lui demande de vouloir, avant mon retour<sup>[^13]</sup>, lever la défense existante du commerce, lui promettant d’avance toutes les garanties que V. M. I. peut désirer, si ma parole ne suffit point.</p><p>Sire, la situation de la Hollande peut s’expliquer en deux mots. Elle ne peut exister physiquement ni moralement sans un gouvernement à part, ni sans sa dette, quelque énorme qu’elle soit. Mais si V. M. I. croit nécessaire de réunir à la France l’île de Walcheren, à cause de Flessingue, je prie V. M. I. de vouloir me faire connaître ses intentions. Je m’empresserai de donner les ordres et instructions nécessaires pour l’échange de cette île contre telle autre partie de territoire, soit dans le duché de Berg, soit dans la Westphalie, qu’il plaira à V. M. de déterminer.</p><p>Je finis, Sire, par assurer V. M. qu’aussitôt mon retour en Hollande, je mettrais tous mes soins et toute l’activité possible, afin que V. M. puisse être plus contente et plus satisfaite de la conduite et de l’esprit de la Hollande et de son gouvernement.</p><p>V. M. acquerrait de plus grandes sûretés et exciterait la reconnaissance de tous les Hollandais, si elle voulait prendre ce pays plus directement sous sa protection en l’admettant dans la Confédération du Rhin.</p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps; line-height: 100%"> <br/> </p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps; line-height: 100%"> <br/> </p> [^1]: <span></span> Louis se trouve alors à Paris depuis le 1<sup>er</sup> décembre 1809. En réponse à la lettre de Napoléon du 22 octobre (voir, CG9-22395), Louis avait demandé à pouvoir venir s’expliquer à Paris (voir, CG9-22522). [^2]: Le 5 juin 1806. Le royaume de Hollande avait été créé le 24 mai, contre l’avis d’une majorité de Hollandais dont une assemblée représentative, dite de la « Grande Besogne », avait envoyé des députés à Paris afin de faire revenir Napoléon sur sa décision de céder le trône à son frère Louis. [^3]: La Constitution du 24 mai 1806. [^4]: L’Acte de médiation de la Confédération helvétique avait été promulgué le 19 février 1803. [^5]: Les relations de Napoléon avec son frère Louis, déjà fort mauvaises, s’étaient brusquement envenimées à la suite du débarquement britannique sur la presqu’île hollandaise de Walcheren à la fin du mois de juillet. Flessingue avait capitulé sans combattre, Anvers avait été menacée. Louis se trouvait alors à Aix-la-Chapelle. Napoléon l’avait accusé d’incompétence, le soupçonnant même de trahison. Il est vrai qu’il appliquait fort mal le Blocus continental, les ports hollandais restant ouverts à la contrebande avec l’Angleterre. Il en allait de la survie de l’économie batave, mais Napoléon accusait la Hollande de s’être transformée en « province anglaise ». [^6]: Voir, CG9-22657. [^7]: Ce discours avait été lu au Corps législatif le 3 décembre. Napoléon y disait ceci à propos de la Hollande : « La Hollande placée entre l’Angleterre et la France en est également froissée. Cependant elle est le débouché des principales artères de notre empire. Des changements deviendront nécessaires ; la sûreté de nos frontières et l’intérêt bien entendu des deux pays l’exigent impérieusement. » [^8]: <span></span> La décision de Napoléon était prise depuis deux mois déjà : voir, CG9-22432. Au mois de janvier 1810, Napoléon fera occuper le Brabant et la Zélande. La crise finale éclatera à l’été 1810, le roi quittant son royaume le 1<sup>er</sup> juillet, celui étant réuni à l’Empire par un décret du 9 juillet. [^9]: Champagny, ministre des Relations extérieures. [^10]: Le baron de Roell, ministre des Relations extérieures du roi Louis. [^11]: <span></span><i>Lettre du roi Louis à l’Empereur, du 8 janvier 1810 :</i> « De retour du lever de votre Majesté, et vivement frappé de tout ce qu’elle m’a dit, j’ai relu sa lettre du 21 décembre dernier de Trianon, dans laquelle ses intentions se trouvent bien détaillées. Je dois avant de recourir aux Assemblées, que j’ai tant de raison de redouter, je crois devoir lui proposer de trouver bon que je présente à l’examen du corps législatif, les cinq objets spécifiés dans cette lettre. À la fin de la demain (sic), j’aurai la réponse, et dès à présent je donnerai les instructions à mon ambassadeur pour commencer les négociations avec Mr le duc de Cadore dans la ferme persuasion que Votre Majesté trouvant bientôt du changement et étant plus contente du Royaume et de moi, elle accordera alors des dédommagements d’un autre côté. Si Votre Majesté agrée cette nouvelle proposition, je ferai partir le courrier aussitôt que j’aurai reçu sa réponse » (Lettre publiée à la suite de la copie d’expédition, Archives du ministère des Affaires étrangères, M.D., Hollande, suppl. 23, fol. 199-201). [^12]: Expédition, collection privée. [LEC 555] [^13]: Louis regagnera la Hollande quatre mois plus tard.</body>
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