CG9-22398.md

identifiantCG9-22398.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1809/10/23 00:00
titreNapoléon à Jérôme, roi de Westphalie
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 22398. - </b>À Jérôme, roi de Westphalie</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Stuttgart, 23 octobre 1809</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon frère, je reçois votre lettre du 20 octobre. Je ne crois pas un mot de ce qu'elle contient. Le sieur Jollivet<sup>[^1]</sup> n'a aucune correspondance directe ou indirecte avec moi, ni avec aucun de mes ministres. C'est donc une imposture qui a été imaginée pour déshonorer un vieux Conseiller d’État et écarter de Cassel un homme qui gère l'administration de mes domaines que votre ministère veut envahir. S'il était vrai que le sieur Jollivet eût ainsi souillé son caractère, mon intention est de le destituer, de le faire mettre en jugement et de donner tout l'éclat possible à cette affaire. Je vous somme d'envoyer à mon ministre de la Police<sup>[^2]</sup> à Paris, les domestiques que vous avez surpris et l'Europe apprendra la manière dont je traite les espions et ceux qui les dirigent. Mais si c'est une ruse pour perdre un vieux serviteur, je ne saurais le souffrir. Et quel besoin ai-je d'espions pour connaître votre mauvaise conduite ? N'est-t-elle pas publique ! Ai-je besoin d'espions pour savoir que, violant les articles de la constitution, vous avez joint à votre liste civile les biens de l'Ordre Teutonique et d'autres biens valant plusieurs millions. Ai-je besoin d'espions pour savoir que mes agents des douanes que j'ai placés pour faire la guerre au commerce de l'Angleterre, sont maltraités chez vous ? Ai-je besoin d'espions pour apprendre l'indigne conduite que vous avez tenue à Hambourg que vous avez rançonnée ? Les journaux anglais en contiennent le détail. Est-ce là le motif du cadeau que vous avez fait sans ma permission à mon ministre de Hambourg ? Ai-je besoin d'espions pour savoir que tant que vous avez commandé mon 10<sup>e</sup> corps<sup>[^3]</sup>, vous ne m'avez envoyé aucun état de situation, que vous avez disposé de vos troupes sans mes ordres et qu'enfin vous les mettez partout où il ne faut pas qu'elles soient. Si le sieur Jolivet vous espionne, ce n'est pas pour le gouvernement français, mais pour le roi de Prusse<sup>[^4]</sup> ou pour l'électeur de Hesse-Kassel<sup>[^5]</sup>. Dans ce cas, il mérite la mort. Il ne sortira de vos états que pour aller à l'échafaud ou pour essuyer une procédure dans laquelle la calomnie contenue dans votre lettre sera patente et reconnue. Quant à l'oubli dont vous vous plaignez lorsque vous remplissez aucun de vos devoirs envers moi, vous [cessez] de vous plaindre que je n'en rempli pas envers vous ? De tous les princes de la confédération, vous êtes le seul dont j'aie à me plaindre, vous seul n'avez point fourni votre contingent après avoir emprunté de l'argent à la caisse d'amortissement, vous avez manqué à vos engagements. Enfin, je ne dirai qu'un mot, celui qui se flatte d'être l'ami d'Hainguerlot<sup>[^6]</sup>, c'est-à-dire d'un brigand, d'un faussaire que la France compte comme un des agioteurs les plus déshonorés, qui continue d'entretenir avec un pareil homme une correspondance, et qui fait renaître des souvenirs, perpétuel déshonneur de ma famille, ne peut-être ni mon frère, ni mon ami. Jeune homme, apprenez que je n'ai pas besoin d'espion pour savoir ce que vous faites et je vous somme de former une plainte en règle à mon ministre à Cassel contre le sieur Jollivet et d'envoyer à Paris pour être entendus par une commission de mon Conseil d'État, les quatre domestiques prévenus d'espionnage. Toutes les fois que je reçois de vos lettres, elles me donnent de nouvelles preuves de votre singulier caractère. Vous avez pu dans votre vie trouver des dupes, apprenez que je n'ai jamais été et ne le serai jamais le vôtre. Si vous êtes un homme d'honneur vous rendez plainte comme je vous l'ai déjà dit à mon ministre qui interrogera le sieur Jollivet, vous livrerez les cinq domestiques que vous accusez et vous les enverrez à Paris. Alors je verrai que le jugement que je porte de cette affaire n'est pas erroné. J'ai beaucoup de plaintes à vous poster sur les domaines français ; mes ministres vous feront connaître là-dessus mes réclamations et je prendrai des mesures pour qu'il ne soit fait aucun tort ni à moi ni à mes sujets.<sup>[^7]</sup></p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p> [^1]: Conseiller d’État, Jollivet est le ministre du Trésor du royaume de Westphalie. Jérôme l’accusait d’espionnage au profit de Napoléon. Il sera maintenu à son poste jusqu’à la fin du royaume de Westphalie. [^2]: Fouché. [^3]: À l’armée d’Allemagne. [^4]: Frédéric-Guillaume III. [^5]: <span></span> Landgrave de Hesse-Kassel sous le nom de Guillaume IX depuis 1785, il était devenu Électeur de Hess-Cassel, sous le nom de Guillaume I<sup>er</sup>, en 1803, mais Napoléon lui avait confisqué ses États le 1<sup>er</sup> novembre 1806, pour les incorporer l’année suivante au royaume de Westphalie donné à Jérôme. [^6]: Le banquier Pierre-Laurent Hainguerlot. [^7]: <span></span> Copie de la minute des Archives nationales, Bibliothèque Thiers, fonds Masson, carton 38, fol. 118. La minute de cette lettre ainsi que la suivante (initialement n<sup>o</sup> 147 de la série AFIV 882) a été retirée du minutier en vertu d’un décret du 26 novembre 1866 (voir l’introduction du présent volume). La minute originale et l’expédition semblent avoir disparues, seule subsiste la copie réalisée par F. Masson conservée à la Bibliothèque Thiers. Cette lettre est également absente des lettres publiées par Du Casse (<i>Mémoires et correspondance du roi Jérôme</i>, Dentu, 1863, t. IV).</body>