| identifiant | CG9-22382.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1809/10/21 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Clarke, ministre de la Guerre |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 22382. - </b>au général Clarke, ministre de la Guerre</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Munich, 21 octobre 1809</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur le général
Clarke, j'ai lu les observations du duc d'Istrie<sup>[^1]</sup>
sur l'île de Walcheren. Faites-lui connaître que je veux reprendre
l'île de Walcheren et Flessingue<sup>[^2]</sup> ;
que tout ce qu'il dit sur l'impossibilité de reprendre Flessingue
est controuvé ; que j'ai voulu en laisser les Anglais maîtres
jusqu'aux gelées, persuadé qu'ils y perdraient un monde immense,
mais que mon intention est de les attaquer en novembre et en
décembre ; qu'il fasse donc ses dispositions en conséquence ;
que ses observations sur Flessingue sont erronées et que rien ne se
passera comme il le pense, parce que d'abord les Anglais ne peuvent
tenir dans l'Escaut à cause des vents et des glaces ; qu'ainsi
Flessingue sera isolé et qu'on aura le temps d'en prendre la
garnison prisonnière ; que l'idée qu’une fois les Français
à Flessingue, les Anglais voulussent le réattaquer par mer, est
sans fondement ; que ce n'est qu'avec une nombreuse armée et
des moyens maritimes immenses, des bombardes, etc., qu'une pareille
opération peut être tentée ; qu'ils n'auraient pas pris
Flessingue s'ils avaient eu affaire à un brave homme<sup>[^3]</sup>.
Les observations que fait le maréchal sur la grande difficulté de
l'artillerie de terre sont contraires à la vérité ;
l'artillerie est peu de chose par mer, sa supériorité est immense
par terre ; la différence est d'un à sept, c'est-à-dire que
dix mortiers par terre font autant d'effet que soixante-dix par mer.
Si l'artillerie par terre a eu peu d'effet, c'est qu'il n'y avait pas
de mortiers et que les moyens des ennemis étaient du côté de la
mer ; qu'ils se sont peu approchés de la place, et que le canon
contre la place ne pouvait rien faire, vu qu'il fallait qu'ils
s'approchassent pour faire brèche. Faites-lui connaître que la
première opération à faire pour reprendre Flessingue est de placer
des batteries considérables sur le Slœ pour chasser les petits
bâtiments anglais et se rendre maître du passage ; que des
chaloupes canonnières françaises et hollandaises doivent venir sur
le Slœ pour embarquer les troupes sur les bords de l'île du
Sud-Beveland et les débarquer dans l'île de Walcheren ; que je
suis mécontent que le maréchal n'ait pas visité les bords du
Sud-Beveland ; qu'il fasse établir deux cents canons et
mortiers<sup>[^4]</sup>
pour battre les débouchés du Slœ et empêcher les bâtiments
anglais d'y entrer et de sortir ; que les commandants du génie
et de l'artillerie français, de concert avec les officiers
hollandais, doivent prendre des mesures pour l'établissement et
l'armement de ces batteries.</p><p style="margin-bottom: 0cm">En général, je vous
dirai, pour vous, que l'avis qu'avait le maréchal me donne une
faible opinion de son talent. C'est un excellent officier de
cavalerie, parce qu'il a l'usage de cette arme et qu'il l'entend
bien ; mais il n'a pas les premières notions de l'art de la
guerre. Faites-lui entendre que, lorsque l'opération sera mûre, il
trouvera une main plus forte que la sienne pour l'exécuter :
que j'y serai ; qu'en attendant il visite avec attention le
Sud-Beveland et fasse placer force batteries. Répétez-lui bien que
je crois facile de reprendre l'île de Walcheren, et surtout que je
veux la reprendre ; que les inondations ne nous en empêcheront
pas plus que les Anglais ; qu'il fallait armer le fort de Bath
sans doute, mais que quarante pièces de canon suffisaient, et qu'on
met ses moyens dans la défensive lorsqu'il faut prendre l'offensive.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quoique je sois à
Munich, j'ai voulu vous écrire cette lettre pour que vous ne perdiez
pas une heure pour réitérer l'ordre qu'on place contre l'île de
Walcheren deux ou trois cents pièces de canon en batterie et qu'on
jette des bombes sur tout ce qui est à portée dans le Slœ ou en
sortir.<sup>[^5]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: Bessières, commandant en chef de l’armée du Nord, à Anvers. Il était chargé, notamment, de reprendre le contrôle de la presqu’île de Walcheren que les Anglais avaient commencé à évacuer le 30 septembre.
[^2]: Flessingue était tombée aux mains des Anglais le 13 août.
[^3]: Flessingue avait été livrée par son commandant, le général Monnet. Celui-ci s’était rendu aux Anglais. Napoléon avait ordonné que l’on enquêtât sur sa conduite. Voir, CG9-21903.
[^4]: La minute porte biffé : « 100 mortiers et autant de pièces de gros calibre. »
[^5]: Copie d’expédition, S.H.D., GR, 17 C 322 (minute, Archives nationales, AF IV 882, octobre 1809, n° 140). [C 15962]</body> |
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