| identifiant | CG9-22376.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1809/10/21 00:00 |
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| titre | Napoléon au maréchal Berthier, major général de l’armée d’Allemagne |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 22376. - </b>Au maréchal Berthier, major général de l’armée d’Allemagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Nymphenburg, 21 octobre 1809</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon cousin, je vous
envoie quatre notes que j'ai dictées sur les ouvrages de Passau.
Transmettez-les au général Bertrand<sup>[^1]</sup>,
qui enverra des ordres, avec des développements, au général
Chambarlhiac<sup>[^2]</sup>.
J'ai été en général content de ces ouvrages.<sup>[^3]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps">
Première note</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ce qui a fixé
l'attention sur Passau, ce sont les deux ponts du Danube et de l'Inn.
Sa première propriété doit donc être d'assurer ces deux ponts.</p><p style="margin-bottom: 0cm">P<span style="font-variant: small-caps">ont
sur l'</span>I<span style="font-variant: small-caps">nn</span>. -
Pour être maître du pont sur l'Inn, il faut avoir un ouvrage en
amont, du côté de la rive gauche, et à six cents toises à peu
près entre le fort Maximilien et la redoute de Thann. Il faut avoir
également une redoute à même distance sur la rive droite. On doit
s'arranger de manière que les deux redoutes, qui ne seront éloignées
que de cent toises, se défendent entre elles et se coordonnent avec
les forts Maximilien et de Thann. En aval, du côté de la rive
gauche, c'est le Danube ; on en parlera lorsqu'il sera question
du pont du Danube. Du côté de la rive droite, il faut avoir un
ouvrage aussi près que possible de l'Inn, sans qu'il soit cependant
dominé, c'est-à-dire qu'il faut qu'il soit soumis aux redoutes
d'Abensberg et d'Eckmühl. Il pourra se coordonner avec la redoute
placée sur le Danube.</p><p style="margin-bottom: 0cm">P<span style="font-variant: small-caps">ont
sur le</span> D<span style="font-variant: small-caps">anube</span>. -
Le pont du Danube ne peut rester où il est, puisque, pour défendre
ce pont, il faudrait occuper la maison du Hackelberg ; mais on
doit le placer à quatre cents toises en descendant de l'endroit où
il est aujourd'hui, c'est-à-dire à deux cents toises de la batterie
ronde. En amont, il suffira d'occuper par une redoute une position
près la maison d'Eggendobel. En aval, il faudra occuper la position
qui a été déjà désignée pour le pont de l'Inn.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Par ce moyen, il sera
impossible à l'ennemi d'établir aucun mortier qu'à huit cents
toises des ponts, et l'on pourra dès lors les considérer comme
suffisamment défendus.</p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/>
</p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps">
Deuxième note</p><p style="margin-bottom: 0cm">La plus importante
propriété de Passau est sa propriété offensive, puisque tout ce
que l'on a à Passau peut être considéré comme étant à Vienne,
pouvant s'y rendre en quatre jours par le Danube.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La position offensive
de Passau est nécessairement attachée aux ouvrages de la rive
droite de l'Inn. Ces ouvrages consistent dans le fort Napoléon et
dans les redoutes de Wagram, de Thann, d'Eckmühl et d'Abensberg.</p><p style="margin-bottom: 0cm">De la redoute de Thann
à la redoute d'Abensberg, il y a sept cents toises. Il est
nécessaire d'établir une couronne fermée que l'on appellera
couronne de Znaïm, de sorte qu'il n'y ait que deux cents toises du
fort aux bastions de la couronne, ce qui, avec les redoutes, dont on
a parlé dans la première note, à établir en amont et en aval de
la rivière, formera six redoutes et une couronne embrassant un
développement de quinze à seize cents toises. Les deux redoutes en
amont et en aval sont secondaires et doivent être de simples
ouvrages de campagne ; elles ne peuvent être forcées,
puisqu'elles sont soumises aux redoutes de la hauteur ; elles
seront suffisamment fortes lorsqu'elles seront à l'abri d'un coup de
main. L'une et l'autre ont l'avantage d'appuyer les flancs des
réduits. Le premier intérêt est que les redoutes de Wagram et de
Thann ne fassent qu'une, c'est-à-dire soient liées par une
caponnière<sup>[^4]</sup>,
de manière que le canon puisse rapidement se porter de l'une à
l'autre ; celles d'Eckmühl et d'Abensberg devront avoir la même
propriété. Par ce moyen, ces quatre redoutes n'en formeront pour
ainsi dire que deux. Tous les moyens pourront se combiner pour la
défense commune, les garnisons être une, se relever pour le service
de nuit, et les magasins être communs à deux. On sent l'immense
avantage de ce système. Ainsi, du fort Napoléon il y aura un chemin
qui ira droit à la redoute de Wagram, et un autre qui ira droit à
la porte Séverin ; du fort Napoléon il y aura un autre chemin
qui ira droit à la redoute d'Eckmühl. Par ce moyen, la
communication sera prompte. Un chemin général couvrira toutes les
redoutes.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La grande route prendra
un embranchement par la vallée de Multerthal et par la vallée de
Lindenthal. On aura ainsi trois grandes communications pour arriver
au pont de l'Inn.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Chaque redoute aura un
blockhaus ; chaque blockhaus servant de réduit pourra contenir
à la rigueur cent hommes, comme caserne. Les parois de chaque
blockhaus auront quatre pieds d'épaisseur. Il y aura outre cela dans
chaque redoute deux petits blindages, un pour l'artillerie et un pour
les vivres, placés de droite et de gauche en dos d'âne, fermés par
des arbres appuyés l'un contre l'autre. Il y aura un petit plancher
pour mettre le tout à l'abri de l'humidité. Il y aura dans chaque
redoute de gros gabions<sup>[^5]</sup>
ayant six pieds de diamètre, remplis de terre et disposés de
manière à ne pas prendre de place sur la ligne des parapets, qui
pourront servir à se mettre à l'abri des bombes et des obus.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le fort Napoléon est
comme le réduit du camp retranché. Il est composé de trois fronts,
chaque front n'ayant que cent toises et ayant deux cents toises de
gorge. Il serait utile d'y établir trois beaux cavaliers pouvant
contenir trois batteries de six pièces chacune ; ce qui
augmenterait considérablement les moyens de défense. Les quatre
redoutes de Thann, d'Essling, de Znaïm et d'Abensberg prises, le
fort Napoléon et les redoutes de Wagram et d'Eckmühl sont encore
susceptibles d'une grande résistance. Il n'y a que six cents toises
de la redoute de Wagram à celle d'Eckmühl ; il faudrait donc,
à soixante ou quatre-vingts toises des saillants des deux bastions,
deux lunettes qui feraient système avec la place, le fort Napoléon
et les redoutes de Wagram et d'Eckmühl. Il faudrait également qu'un
chemin couvert liât les redoutes d'Eckmühl et de Wagram avec les
deux nouvelles lunettes. Trois blindages pour l'artillerie et les
vivres, un blockhaus en forme de réduit, et quelques magasins qu'on
se procurerait dans Innstadt, seront suffisants pour le fort Napoléon
Supposant que le fort Napoléon soit pris, il reste l'enceinte
d'Innstadt, qui peut, pendant trois jours, essuyer le feu des
hauteurs, donner le temps de couper le pont et de déblayer ce qu'il
y aurait ; il faut même penser que l'enceinte d'Innstadt est
assez importante pour que les troupes puissent revenir dedans et
chasser l'ennemi des forts qu'il aurait occupés.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Deux choses sont à
faire à Innstadt : 1<sup>o</sup> nettoyer les fossés et
établir un pont-levis avec barrière et tambour ; 2<sup>o</sup>
raser les toits des portes, de manière à en former des
plates-formes, garder trois tours, et blinder pour que les canonniers
se trouvent à l'abri de la fusillade des hauteurs.</p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps">
<br/>
</p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps">
Troisième note.</p><p style="margin-bottom: 0cm">P<span style="font-variant: small-caps">lace
de Passau proprement dite</span>. - Passau n'est attaquable que du
côté du Spitzberg. Le fort Maximilien a besoin d'un blockhaus et de
deux ou trois blindages ; il a besoin que les crémaillères
ferment elles-mêmes à la gorge. Le fort Maximilien est à
400 toises de l'enceinte de la ville ; il y a donc
1 000 toises de l'extrémité du fort à la batterie
circulaire. L'enceinte a moins de 300 toises ; on doit
pouvoir en tirer un grand parti. Il y a une belle contrescarpe, un
fossé profond, un rempart en terre-plein. Il faut établir (au tracé
près, qui est irrémédiable) ce terre-plein comme dans les ouvrages
modernes, profiter des trois tours pour avoir trois beaux cavaliers,
avoir un beau chemin couvert avec glacis, couvrant trois demi-lunes<sup>[^6]</sup>,
une à la porte du milieu et les deux autres sur le Danube et sur
l'Inn. Elles doivent être à 120 toises l'une de l'autre et se
coordonner entre elles. Le fort Maximilien enlevé, cette enceinte
sera encore très redoutable. Il faudra prendre une des trois
demi-lunes, faire sauter la contrescarpe et faire brèche à
l'escarpe. La muraille est ancienne et bonne, fondée en rochers,
c'est une des plus belles ressources de la place de Passau.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Sur le quai de l'Inn
comme sur celui du Danube, il y a plusieurs tours qu'il faut raser ;
déblayer les décombres, et abattre ce qui est inutile.</p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps">
<br/>
</p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps">
Quatrième note.</p><p style="margin-bottom: 0cm">R<span style="font-variant: small-caps">ive
gauche du Danube</span>. - Le fort Eugène et le fort Alexandre ont
besoin chacun d'un blockhaus et de deux blindages. Moyennant la
redoute faite à Eggendobel, à 150 toises en avant des
crémaillères, cette rive gauche se trouvera assez forte.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Du fort Eugène à la
citadelle, il y a 400 toises. Pour rendre impossible à l'ennemi
de se loger entre, il faudrait établir entre la citadelle et le fort
un ouvrage qui se rattache à la citadelle et couvre le front
d'attaque, de manière qu'on ne puisse arriver à la citadelle
qu'après que cet ouvrage aurait été pris. La citadelle n'a que
100 toises de front ; cet ouvrage en couronne, lié à la
citadelle, pourrait former un des plus beaux fronts de défense de la
citadelle, et la couvrirait parfaitement ; alors cet ouvrage à
corne, qui ferait partie de l'enceinte de la citadelle, la
rapprocherait tellement du fort Eugène et du fort Alexandre, qu'il
en serait comme l'ouvrage avancé ; il n'y aurait plus que 100 à
200 toises d'intervalle ; il serait impossible à l'ennemi
de s'intercaler entre.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le fort Rivoli n'est
nécessaire à la place qu'autant qu'il protège la redoute qui sera
placée pour empêcher l'effet des batteries que l'ennemi pourrait
établir sur la rive gauche du Danube pour rompre le pont. Mais il
est indispensable de maintenir la communication entre le fort Rivoli
et la citadelle. Pour cela, une caponnière bien placée, avec une
bonne redoute intermédiaire, paraît indispensable. Cette redoute
paraîtrait devoir être construite du côté de la maison Fravengel,
qui n'est qu'à 250 toises des batteries le plus près du fort.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Après ces travaux
terminés, il restera encore à établir des magasins dans la place.
L'hôpital Saint-Nicolas, le Niederhaus, l'ancien château du Prince
et autres maisons situées dans la ville paraissent nécessaires à
occuper, à blinder et arranger de manière qu'on sache où placer un
million de cartouches, soit en barils, soit confectionnées, un
millier de voitures, un million de biscuit et trente mille quintaux
de farine.<sup>[^7]</sup></p>
[^1]: Commandant du génie de l’armée d’Allemagne.
[^2]: Il avait été chargé de diriger les travaux de fortification à Passau et à Linz.
[^3]: Expédition non signée, S.H.D., GR, 17 C 101. [C 15962
[^4]: Chemin large d’environ 4 mètres, établi dans le fossé d’une place forte pour aller d’un ouvrage à un autre.
[^5]: Paniers cylindriques généralement remplis de terre et servant à abriter les soldats.
[^6]: Les demi-lunes sont des ouvrages de fortification construits en saillie des bastions principaux.
[^7]: Copie, Archives nationales, AF IV 882, octobre 1809, n° 127.</body> |
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