CG9-22308.md

identifiantCG9-22308.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1809/10/10 00:00
titreNapoléon à Alexandre Ier, Empereur de Russie
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 22308. - </b>À Alexandre I<sup>er</sup>, Empereur de Russie</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Schönbrunn, 10 octobre 1809</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur mon Frère, le duc de Vicence<sup>[^1]</sup> m'instruit que Votre Majesté Impériale a conclu la paix avec la Suède<sup>[^2]</sup> et qu'elle a obtenu les avantages qu'elle désirait. Votre Majesté veut-elle me permettre de lui en faire mon compliment ?</p><p style="margin-bottom: 0cm">Les négociations d'Altenbourg<sup>[^3]</sup> ont été conduites à Vienne ; le prince Jean de Liechtenstein les suit avec M. de Champagny<sup>[^4]</sup>, et j'espère pouvoir instruire bientôt Votre Majesté de la conclusion de la paix avec l'Autriche<sup>[^5]</sup>. Elle y verra que, conformément à ses désirs, la plus grande partie de la Galicie ne change point de maître<sup>[^6]</sup>, et que j'ai ménagé ses intérêts comme elle eût pu le faire elle-même, en conciliant le tout avec ce que l'honneur exige de moi. La prospérité et le bien-être du duché de Varsovie exigent qu'il soit dans les bonnes grâces de Votre Majesté, et les sujets de Votre Majesté peuvent tenir pour certain que, dans aucun cas, dans aucune hypothèse, ils ne doivent espérer aucune protection de moi.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J'ai donné à l'Autriche la paix la plus avantageuse qu'elle pût espérer. Elle ne cède que Salzbourg et peu de chose du côté de l'Inn ; elle ne cède rien en Bohême ; elle ne cède du côté de l'Italie que ce qui m'est indispensable pour ma communication avec la Dalmatie. La monarchie autrichienne reste donc entière<sup>[^7]</sup>. C'est un second essai que j'ai voulu faire ; j'ai usé envers elle d'une modération qu'elle n'était pas en droit d'attendre. J'espère avoir fait en cela une chose agréable à Votre Majesté.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J'envoie à Votre Majesté les derniers journaux anglais ; elle y verra que les ministres se battent, qu'il y a une révolution dans le ministère et une parfaite anarchie<sup>[^8]</sup>. La folie et l'inconséquence de ce cabinet n'ont pas de nom. Il vient de faire périr 25 à 30 000 hommes dans le plus horrible pays du monde<sup>[^9]</sup> ; autant eût-il valu les jeter dans la mer, tant sont pestilentiels les marais de l'île de Walcheren. En Espagne, ils ont perdu un monde très considérable. Le général Wellesley<sup>[^10]</sup> a eu l'extrême imprudence de s'engager dans le cœur de l'Espagne avec 30 000 hommes, ayant sur ses flancs trois corps d'armée formant quatre-vingt-dix bataillons et quarante à cinquante escadrons, tandis qu'il avait en face l'armée commandée par le Roi<sup>[^11]</sup>, qui était d'égale force<sup>[^12]</sup>. On a peine à se figurer une pareille présomption. Reste à savoir actuellement quel ministère va remplacer l'ancien.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Les États-Unis sont au plus mal avec l'Angleterre et paraissent vouloir se rapprocher sincèrement et sérieusement de notre système<sup>[^13]</sup>.<sup>[^14]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3> [^1]: Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg. [^2]: Voir, CG9-22303. [^3]: Les pourparlers de paix avec l’Autriche avaient commencé à Altenburg le 19 août, puis ils avaient été transférés à Vienne. [^4]: ministre des Relations extérieures. [^5]: Le traité de Vienne sera signé le 14 octobre. [^6]: La Galicie orientale sera cédée au tsar, la Galicie occidentale étant réunie au grand-duché de Varsovie. [^7]: En vertu du traité de Vienne du 14 octobre, l’Autriche cède à la Bavière Salzbourg et la haute vallée de l’Inn, à la France Trieste, le Frioul, la Carniole et la Croatie qui, avec la Dalmatie et l’Istrie détachées du royaume d’Italie, formeront les Provinces illyriennes. L’Autriche abandonne la Galicie occidentale au grand-duché de Varsovie et la Galicie orientale à la Russie. Au total, les pertes autrichiennes n’étaient pas minces : 4 millions de sujets, soit environ 15 % de sa population. [^8]: Le ministère Portland étaient déchiré entre ceux qui misaient tout sur l’intervention en Espagne (Canning) et ceux qui prônaient une intervention directe au cœur du continent européen (Castlereagh) et qui venaient de subir un camouflet avec l’échec lamentable de l’expédition de Walcheren. C’était au point que Castlereagh et Canning allèrent jusqu’à se battre en duel. Après la mort de Lord Portland, le 30 octobre 1809, Lord Perceval formera un nouveau cabinet où Lord Wellesley (Wellington) fera son entrée au Foreign Office. [^9]: Allusion au débarquement anglais dans la presqu’île de Walcheren. [^10]: Le futur duc de Wellington. [^11]: Joseph Bonaparte, roi d’Espagne. [^12]: Le résultat de la bataille de Talavera, le 28 juillet, est loin d’avoir été aussi défavorable au corps expéditionnaire britannique que le laisse entendre Napoléon. [^13]: <span></span> Le Président James Madison avait, en mars 1809, inauguré son mandat – il succédait à Jefferson – en apportant quelques atténuations à l’<i>Embargo Act</i> de 1807 qui interdisait tout commerce avec les États belligérants : il avait rétabli la liberté de commerce, sauf avec les pavillons français et britannique, la mesure pouvant être levée par le Président en faveur de celui des belligérants qui renoncerait à entraver le commerce des neutres (<i>Non Intercourse Act</i>). Au mois de mai 1810, les États-Unis rétabliront la liberté entière du commerce, en se donnant la possibilité de boycotter l’un des belligérants si l’autre reconnaissait officiellement les droits des neutres. [^14]: Expédition, Archives des Affaires étrangères de l’Empire russe (AVPRI), fonds Chancellerie, inv. 468, 1809, d. 6047, p. 11. [C 15926] </body>