| identifiant | CG1-1012.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1796/10/25 00:00 |
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| titre | Napoléon à Carnot, membre du Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1012. - </b>À Carnot, membre du Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Vérone, 4 brumaire an V [25
octobre 1796]</h2><p><br/>
</p><p>J’ai reçu, mon cher Directeur, votre lettre du 17 vendémiaire.
Vous aurez vu, par la seule lecture de la lettre de mon frère[^1],
combien ce jeune homme a la tête exaltée.</p><p>Il s’est compromis en 93 plusieurs fois, malgré les conseils
réitérés que je n’ai cessé de lui donner. Il voulait faire le
jacobin, de sorte que, si, heureusement pour lui, les dix-huit ans
qu’il avait alors n’étaient son excuse, il se trouverait compris
avec le petit nombre d’hommes opprobre de la nation.</p><p>Son séjour à Marseille serait dangereux, non seulement pour lui,
mais même pour la chose publique. Les intrigants ne manqueraient pas
de le circonvenir ; d’ailleurs ses anciennes liaisons dans ce
pays-là sont très mauvaises. La Corse étant libre aujourd’hui,
vous m’obligeriez beaucoup en lui donnant l’ordre de s’y
rendre, puisque sa tête ne lui permet pas de rester à l’armée du
Rhin. Il serait, dans ce pays-là, utile à la République.</p><p>Je vous demande bien pardon de vous entretenir de ces petites
tracasseries domestiques ; mais, lorsque je vois que l’on me
fait souvent parler, agir et écrire au gré des différentes
factions ; quand je vois qu’un homme qu’on a assassiné à
Lyon, on le fait tout de suite passer pour un de mes envoyés ou
parents, homme dont je n’ai jamais entendu parler, je conçois que
je dois porter quelque surveillance à la conduite politique des
personnes qui me tiennent de près.</p><p>Nous attendons ici, avec quelque impatience, les secours qui nous
sont annoncés. La paix avec Naples, avec Gênes, la destruction de
la régence de Modène, améliorent de beaucoup notre position. Les
temps sont affreux. Nous voilà dans la saison des pluies, où
l’homme sage doit, en Italie, rester tranquille. Les ennemis
commencent cependant à se mettre en mouvement. C’est que Mantoue
est aux abois, sur le point d’être affamé ; nous verrons
comme cela leur tournera. Mon projet est de bloquer Mantoue jusqu’au
15 décembre, battre alors l’armée autrichienne, faire avancer mon
artillerie de siège et assiéger Mantoue. Par le calcul, il est
indubitable qu’avant la fin de janvier Mantoue sera à nous.
Cependant il y a tout lieu de croire, et l’empressement de l’ennemi
à marcher à son secours en est une preuve, que, si les mouvements
de l’ennemi ne réussissent pas, Mantoue ne soutiendra pas le
blocus un mois ; il est en ce moment extrêmement sévère.</p><p>Tout prend ou commence à prendre ici une tournure favorable. La
paix de Naples et de Gênes désespère nos ennemis. Tout le monde
commence à penser que les destins de l’Italie sont changés à
jamais. Je crois même que les désordres des administrations sont
considérablement diminués.</p><p>Il est bien malheureux que, dans notre traité avec Naples[^2],
on ne nous ait pas cédé l’île d’Elbe. J’ai ordonné à
Livourne qu’on mette garnison dans l’île d’Elbe, dès
l’instant que les Anglais l’auront évacuée. Si le Directoire
l’approuve, dans les articles secrets qu’il m’a chargé de
conclure avec le grand-duc de Toscane, ayant pour but de lui
restituer Livourne, j’obtiendrai l’île d’Elbe, moyennant une
indemnité équivalente sur le territoire du Pape. Portoferraio nous
est nécessaire sous tous les points de vue.</p><p>Je vous prie de présenter mes respects à votre famille.[^3]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3><p style=""><br/>
</p>
[^1]: Lucien Bonaparte a été envoyé à l’armée du Rhin suite à une
lettre de Napoléon à Carnot (n° 840, du 9 août). Il n’a guère
connu de réussite dans son poste de commissaire des guerres et a
adressé une réclamation à Carnot contre « l’injustice »
qui lui était faite, exigeant son retour à Marseille. Carnot a
expédié cette lettre ingrate à Napoléon.
[^2]: Conclu à Paris le 10 octobre 1796.
[^3]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 1111, d’après
l’expédition communiquée par le comte H. Carnot.</body> |
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