| identifiant | CG9-22150.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1809/09/23 00:00 |
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| titre | Napoléon à Fouché, ministre de la Police générale, tenant le portefeuille de l’Intérieur par intérim |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 22150. - </b>À Fouché, ministre de la Police générale, tenant le portefeuille de l’Intérieur par intérim</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Schönbrunn, 23 septembre 1809</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Maret<sup>[^1]</sup>
vous envoie ce que vous demandez. En paix comme en guerre, je vous
répète que j'attache le plus grand prix à avoir 100 ou
200 millions de billets<sup>[^2]</sup>.
Cela est une opération politique. Quand la maison d'Autriche n'aura
plus son papier-monnaie, elle ne pourra plus me faire la guerre. Vous
pouvez établir l'atelier où vous voudrez, dans le château de
Vincennes, par exemple, d'où l'on retirerait les troupes et où on
ne laisserait entrer personne. Cette rigidité serait motivée par le
voisinage des prisonniers d'État. Ou dans tout autre endroit. Mais
il est urgent et important que vous vous occupiez sérieusement de
cette affaire<sup>[^3]</sup>.
Si j'avais détruit ce papier, je n'aurais pas eu cette guerre.<sup>[^4]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: Secrétaire d’État.
[^2]: Sur ce projet, secret, de contrefaçon de la monnaie autrichienne, voir, CG9-21986, 21991.
[^3]: <span></span> Fouché s’en occupa. Le préfet de police Pasquier fit un jour une surprenante découverte : « L'officier de paix et le commissaire de police, chargés plus spécialement de la surveillance des imprimeries, vinrent me dire un jour qu'il existait une imprimerie clandestine de très grande importance, car il avaient acquis la certitude que des ouvriers étaient engagés, sous la promesse du plus profond secret, pour un service de nuit qu'on leur payait extrêmement cher. Ils en avaient fait suivre plusieurs qui tous se rendaient, à la fin du jour, dans une maison isolée, située hors des barrières, dans la plaine de Montrouge. Cette maison, qu'ils avaient fait examiner soigneusement, avait toutes ses fenêtres du rez-de-chaussée garnies de grilles en fer très fortes, et les portes étaient construites de telles sorte qu'il serait difficile de les enfoncer. Je n'hésitai pas à ordonner que la maison fût cernée au milieu de la nuit ; je délivrai un mandat de perquisition pour qu'aux termes des lois on pût s'en faire ouvrir les portes, aussitôt que le jour paraîtrait. Les agents de police, prévoyant qu'on résisterait, demandèrent à être soutenus par des gendarmes, tirés d'un nouveau corps qui venait d'être mis sous mes ordres. La résistance eut lieu, en effet ; il fallut enfoncer la porte, il y eut quelques blessés de part et d'autre, et le résultat fut la découverte d'une fabrication, organisée en grand, de faux billets de banque. Cette fois, à la vérité, il ne s'agissait pas de la Banque de France, mais bien de la banque russe et même de la banque de Vienne, ce qui indique d'une façon certaine que tout ceci se passait au début de la campagne de 1811. Les faux billets, les planches, les poinçons, tout fut saisi et transporté à la préfecture de police, mais l'expédition était à peine terminée que le duc de Rovigo [Savary] accourait chez moi, dans un état de véritable consternation. Toute cette belle entreprise était conduite, selon ses ordres et sous la direction de M. Desmarests, par un imprimeur nommé Fain, dont le frère était un des secrétaires particuliers de l'Empereur. Il fallut alors avouer qu'on avait imaginé ce moyen pour payer les fournitures que l'armée française obtiendrait en Russie. Au moment d'entrer en guerre avec l'Autriche, on se préparait à user du même moyen. Je ne pus m'empêcher de dire au duc de Rovigo que je le remerciais fort de m'avoir épargné jusqu'à ce jour une telle confidence, mais que la prudence aurait voulu qu'il me prévint au moins que telle maison lui appartenait et que je pouvais me dispenser de m'enquérir de ce qui s'y passait. Quant à ce dernier point, il en tomba d'accord, mais sur la chose en elle-même, sur la nature de l'entreprise, il me dit que l'Empereur ne faisait que suivre un exemple qui lui avait été donné par l'Angleterre. Il allégua les ordres qu'il avait reçus et qui étaient de nature à ne pas souffrir de contradiction ; on transporta au ministère de la police tout ce qui avait été apporté à la préfecture, et il en disposa comme bon lui sembla. J'ai acquis depuis la certitude que ces faux billets n'ont jamais été d'une utilité réelle. Il n'y en a eu qu'un très petit nombre de placés pendant la durée de l'expédition en Russe, et, au moment de la retraite, il avait fallu se hâter d'en brûler une énorme quantité qui n'était plus bonne à rien. »
[^4]: Copie d’expédition, Archives nationales, 400 AP 141 (minute, Archives nationales, AF IV 882, septembre 1809, n° 190). [LEC 528] Note attachée à la copie d’expédition (A.N., 400 AP 141) : « Napoléon avait été frappé, en 1809, de la puissance financière que l’Autriche tirait de son papier-monnaie, de la confiance de la population autrichienne en cette mauvaise monnaie etc. De là il passa à l’idée de décréditer et faire tomber le papier-monnaie autrichien, et de là, à l’idée de faire fabriquer de ces valeurs fiduciaires et de les faire entrer de tous les côtés en Autriche. C’était évidemment de la fausse monnaie. Ci-inclus trois pièces se rattachant à cette fâcheuse série d’idées. Voici de ces pièces qu’il faudrait pouvoir tout à fait supprimer. » Autre commentaire : « Oui, c’est très juste d’autant plus que Napoléon s’est beaucoup plaint quand l’Angleterre avait fait cela contre nous. »</body> |
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