CG9-22133.md

identifiantCG9-22133.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1809/09/21 00:00
titreNapoléon à Louis, roi de Hollande
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 22133. - </b>À Louis, roi de Hollande</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Schönbrunn, 21 septembre 1809<sup>[^1]</sup></h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur mon frère, je reçois aujourd’hui à Brünn votre lettre du 8. Vous me parlez d'une belle action que les Hollandais ont faite pour reprendre Bath ; cela me paraît fort ridicule. Les Anglais ont évacué Bath, comme ils évacueront Flessingue, par les maladies<sup>[^2]</sup>. En prodiguant des éloges à qui ne les mérite pas, on fait le plus grand tort aux soldats. Partez bien du principe qu'il faut que vous fassiez couper la tête au général Bruce<sup>[^3]</sup>. Ce misérable a compromis ma flotte et mon territoire. Je sais qu'il a de fortes alliances en Hollande ; mais j'exige cette réparation. La manière dont votre ministre de la Guerre<sup>[^4]</sup> a laissé dépourvus le fort de Bath et l'île de Walcheren est honteuse.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Dans vos discours, vous dites que c'est parce qu'il fallait vaincre sur le Danube et en Espagne, que vous n'avez pas d'armée. J'ignore ce qu'ont fait les trois régiments que vous aviez en Allemagne. Qu'est-ce que c'est que 8 compagnies et 100 chevaux que vous avez en Espagne ?</p><p style="margin-bottom: 0cm">Que voulez-vous que je vous dise ? Ce que je vous ai répété cent fois : vous n'êtes pas roi, et ne savez point l'être.<sup> [^5]</sup> De pareils événements ne seraient pas arrivés du temps de Schimmelpenninck<sup>[^6]</sup> et de la République hollandaise, qui payait toujours 40 000 hommes. Je vous ai renvoyé votre flottille de Boulogne, pour la tenir dans l'Escaut ou dans vos canaux ; vous l'avez désarmée. Vous n'avez ni marine, ni armée, ni finances, et vous prétendez être un État libre et indépendant ! Tous vos embarras et vos inquiétudes viennent de votre mauvaise administration, et de ce que vous n'avez jamais écouté mes conseils.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le commerce avec l'Angleterre se fait en Hollande comme en temps de paix ; ses partisans y triomphent. Il faut cependant que je vous fasse connaître que cela ne peut marcher de cette manière. Il faut quatre choses pour être indépendant en Hollande : des finances, une armée, une flottille et une flotte, et une prohibition absolue de communication avec l'Angleterre. Sans cela, je n'aurai jamais la paix. Il faut une similitude de système de douanes avec la France, de sorte qu'aucun changement ne se fasse dans le tarif et dans la législation des douanes que de concert avec moi. Il faut voir de quelle manière doivent être défendus mes chantiers d'Anvers. Bath et la Zélande ne peuvent certainement pas rester dans les mains d'une nation qui ne sait pas les défendre.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant à l'attachement que vous protestez pour ma personne et pour la France, je veux y croire. Cependant, les Français n'ont jamais été plus maltraités qu'ils le sont en Hollande. J'ai des portefeuilles de réclamations de mes armateurs contre vos agents ; et, si vous ne réprimez la conduite indigne que tiennent vos amiraux envers mon pavillon, craignez que je ne la réprime moi-même. Mon pavillon est sacré ; un amiral hollandais n'a pas le droit d'y toucher. Cependant, chez vous, on arrête mes corsaires et on viole mon pavillon.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J'aurais un autre désir : c'est que vous ne parliez pas de moi dans vos discours publics ; car ce n'est qu'hypocrisie, puisque vous savez bien que tout ce que vous faites est contre mon opinion, et que je vous ai dit souvent que je prévoyais que, par la versatilité et le peu de sens de vos mesures, vous entraîneriez la perte de votre royaume. Ne laissez donc pas croire que j'approuve ces mesures. J'ai plusieurs fois été tenté de mettre des notes à la suite de vos discours dans le <i>Moniteur</i>, pour bien faire connaître que je n'approuvais pas ce que vous me prêtiez. Vous sentez quels inconvénients cela aurait. Je désire donc que vous ne parliez ni de moi, ni de la France. Je regrette toujours de vous avoir donné un trône, où vous n'avez profité du palladium de mon nom que pour être utile à nos ennemis et faire tout le mal possible au système et à la France.<sup>[^7]</sup></p><p style="margin-bottom: 0cm">Je vous remercie de l'intérêt que vous portez à ma santé. Je ne dois pas croire cet intérêt bien sincère, si j'en cherche la preuve dans votre discours, où vous tâchez de calomnier ma gloire, si cela était possible à un homme comme vous, qui n'avez rien fait. Le courrier que vous m'expédiez le lendemain de ce discours vous ressemble tout à fait. C'est ainsi que vous en usez ordinairement. Du reste je ne sais quels contes on se plait à faire ; ma santé n'a jamais été meilleure.</p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm"><i>P. S.</i> Je vois dans le<i> Moniteur </i>un discours où vous dites que vos gardes ont sauvé Anvers, c'est-à-dire l'ont abandonné au moment du danger ; que l'expédition des Anglais était facile à prévoir. Pourquoi alors au lieu d’aller à Aix-la-Chapelle, n’avez-vous point été faire la revue de vos côtes, armé le fort de Bath, jeté 6 000 hommes dans l'île de Walcheren, et levé 12 000 hommes pour garantir votre pays ? Si vous prévoyiez cette expédition, pourquoi n’avez-vous pas jeté dans l'Escaut les 200 chaloupes ou bateaux canonniers que je vous avais envoyés de Boulogne ? En vérité il est pitoyable de voir un gouvernement montrer tant d'ineptie, et dire des choses si déraisonnables. Votre procès et celui de votre gouvernement est dans votre discours. Comment peut-on se moquer de l'Europe et respecter assez peu le nom que l'on porte, pour dire publiquement : « Je prévoyais l'expédition ; mais je n'ai pris aucun moyen pour lui résister » ? Vous dites que votre armée est en Allemagne parce que vous avez quatre mauvais mille hommes en Hanovre, où ils se sont couverts de gloire en pillant le nord de l'Allemagne. Il était de votre devoir, puisque vous aviez tant de génie, d'approvisionner vos forts, d'avoir 200 chaloupes canonnières dans l'Escaut et de lever des troupes pour vous opposer à l'expédition. Vous n'avez aucun conseiller autour de vous ; vous écrivez toute la journée des inconséquences, c'est le mot, des contradictions et du contresens. Je vois que vous avez dit aux bourgeois d'Amsterdam que leur véritable poste était de garder leur ville contre les filous et les filles, lorsqu'on sait qu'ils n'ont pas voulu marcher à la défense de la patrie. Je ne vous parlerais pas de tout cela, si vous n'y compromettiez pas mon nom et si vous ne laissiez point croire que les Hollandais ont tout fait et qu'ils ont une grande énergie. Oui, ils ont une grande énergie, pour la contrebande. Cette pauvre nation hollandaise est bien à plaindre et ce qu'elle souffre vient de l'instabilité de votre caractère et du peu de jugement de vos mesures. Je vous répète que directement ou indirectement, je désire qu’il ne soit point question de moi dans vos harangues, et que vous ne parliez jamais ni de mes affaires ni de mon nom.<sup>[^8]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p style="margin-bottom: 0cm; "> <br/> </p> [^1]: <span></span> La minute (Archives nationales, AF IV 882, septembre 1809, n° 181) mentionne la date du 19 septembre 1809 sous la lettre et celle du 21 septembre 1809 sous le <i>post-scriptum.</i> [^2]: Ils ont en effet évacué sans combattre ces deux places conquises au mois d’août. Affaiblis par les fièvres qui leur ont pris environ 4 000 hommes, ils s’apprêtent à rembarquer. [^3]: Le général Stewart Bruce avait capitulé au fort de Bath. [^4]: Janssens. [^5]: Le lecteur peut se reporter à la plupart des lettres écrites à Louis en 1809, où Napoléon ne cesse de reprocher à son frère son incapacité, sa mauvaise volonté et son manque de solidarité. [^6]: Ambassadeur de la République batave à Paris, Schimmelpenninck avait été élu « grand pensionnaire » en 1805, et jusqu’à la création du royaume de Hollande le 24 mai 1806. [^7]: L’annexion de la Hollande à l’Empire sera proclamée par un décret du 9 juillet 1810. [^8]: Copie d’expédition, Archives nationales, 400 AP 137 (minute, Archives nationales, AF IV 882, septembre 1809, n° 181). [LEC 527] Apostille sur la copie d’expédition (A.N., 400 AP 137) : « La lettre est pleine de reproches peut-être mérités, mais aussi de traits haineux, dictés par la colère et partant injustes. C'est grand dommage ; une lettre pareille explique comment l'abdication était nécessaire ; mais si nécessaire qu'elle soit à l'histoire je ne vois pas qu'on puisse la publier. »</body>