CG9-22035.md

identifiantCG9-22035.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1809/09/11 00:00
titreNapoléon à Fouché, ministre de la Police générale, tenant le portefeuille de l’Intérieur par intérim
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 22035. - </b>À Fouché, ministre de la Police générale, tenant le portefeuille de l’Intérieur par intérim</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Schönbrunn, 11 septembre 1809</h2><p style="margin-bottom: 0cm">J'ai reçu votre lettre du 5 septembre. Ce que j'avais pensé est arrivé. Le mois de séjour des Anglais dans l'île de Zélande leur a mis sur le grabat la moitié de leur armée et atténué le reste. Je ne doute pas qu'ils ne regagnent l'Angleterre et qu'à l'heure qu'il est ils n'aient évacué<sup>[^1]</sup>. Sans la lâcheté de ce misérable Monnet<sup>[^2]</sup>, cette expédition n'eût été que déshonorante pour les Anglais et ne leur eût pas laissé l'ombre d'une gloriole.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J'ai été mécontent de l'ordre du jour du prince de Pontecorvo<sup>[^3]</sup>, qui ferait croire que je n'ai que 15 000 hommes, tandis que j'ai intérêt de persuader que j'en ai 200 000. La vanité de cet homme est excessive. J'ai ordonné au ministre de la Guerre<sup>[^4]</sup> de le rappeler. Il a des talents médiocres. Je ne me fie d'aucune manière à lui. Il a toujours l'oreille ouverte aux intrigants qui inondent cette grande capitale. À la guerre, il est de même : il a manqué de me faire perdre la bataille d'Iéna<sup>[^5]</sup> ; il s'est médiocrement conduit à Wagram<sup>[^6]</sup> ; il ne s'est pas trouvé à Eylau, lorsqu'il aurait pu y être<sup>[^7]</sup>, et n'a pas fait à Austerlitz ce qu'il aurait pu faire<sup>[^8]</sup>.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La paix ici n'est point faite, quoiqu'elle se négocie<sup>[^9]</sup>. J'ai intérêt d'avoir le plus de troupes possible sous les armes, mais des troupes qui puissent servir.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Tout ce qui à Paris s'est engagé doit être dirigé sur Anvers. Mais on me rend compte d'un incident qui serait presque un déshonneur. Le corps diplomatique et plusieurs des principaux banquiers écrivent à l'étranger que la garde à cheval<sup>[^10]</sup> a reçu l'assurance de ne pas quitter Paris et de ne faire auprès de moi qu'un service d'escorte autour de la capitale. Vous devez partir du principe qu'il faut avoir pour me garder quatre quartiers de noblesse, c'est-à-dire quatre blessures reçues sur le champ de bataille. Je ne consentirai jamais à admettre de service auprès de moi des muscadins n'ayant pas noirci sous le harnais ; que ceci vous serve de règle. Si cette troupe a été mise sur pied, c'est pour être utile ; sans quoi il faut l'éteindre insensiblement. Ce n'est ni M. Tourton<sup>[^11]</sup> ni ses pareils que je veux autour de moi. J'ai mes vieux soldats, je n'en admets pas d'autres à l'honneur de me garder.<sup>[^12]</sup></p> [^1]: Les Anglais, débarqués à la fin du mois de juillet dans la presqu’île de Walcheren, ont perdu environ 4 000 hommes du fait des fièvres, pas plus d’une centaine du fait des combats. Ils rembarqueront à la fin du mois de septembre. [^2]: Le général Monnet, commandant la place de Flessingue, a capitulé le 13 août. Napoléon vient d’ordonner l’ouverture d’une enquête sur les conditions de cette capitulation : voir, CG9-22003. [^3]: Bernadotte. Sur cet ordre du jour et la disgrâce de Bernadotte, voir, CG9-22032. [^4]: Clarke. [^5]: Lors de la bataille d’Auerstaedt (14 octobre 1806), il était resté l’arme au pied, tandis que Davout supportait seul le poids de la bataille. [^6]: Sur la conduite de Bernadotte à Wagram, où le corps saxon qu’il commandait évacua, le matin du 6 juillet, une position clé face au village de Wagram, voir, CG9-21700. [^7]: Il avait rejoint Eylau quarante-huit heures après la bataille. [^8]: <span></span> Les reproches de Napoléon visent sans doute moins la conduite de Bernadotte à Austerlitz (2 décembre 1805) que sa conduite avant la bataille. À Austerlitz, Bernadotte fut cantonné dans un rôle de second plan. Il ne participa pas à l’action principale – la conquête du plateau de Pratzen et l’attaque contre le centre de l’ennemi – et n’entra en action qu’au cours de la seconde phase de la bataille, en occupant la partie orientale du plateau de Pratzen. Pendant toute la première phase, il marcha en seconde ligne, derrière Murat, et le 1<sup>er</sup> corps qu’il commandait ne fut que peu engagé. Bernadotte ne démérita pas à Austerlitz. De ce point de vue, rien de comparable avec la conduite qui fut la sienne à Wagram. Napoléon lui reprochait surtout de ne pas avoir franchi assez rapidement le Danube et, par son retard, d’avoir compromis, entre le 12 et le 15 novembre, un manœuvre visant à couper la retraite des Russes. Les historiens restent partagés sur les causes de ce retard, les uns faisant retomber la responsabilité sur Bernadotte, les autres sur les ordres contradictoires qu’il reçut le 12 et sur les difficultés matérielles du passage du Danube. [^9]: Les conférences de paix franco-autrichiennes ont commencé le 19 août à Altenbourg. [^10]: Il s’agit d’un corps de chevau-légers que Fouché avait organisé dans le cadre de la mobilisation des gardes nationales, au mois d’août, et où s’étaient enrôlés nombre de rejetons de l’ancienne noblesse. [^11]: Futur général de la garde nationale. [^12]: Minute, Archives nationales, AF IV 882, septembre 1809, n° 88. [C 15787]</body>