CG9-22016.md

identifiantCG9-22016.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1809/09/09 00:00
titreNapoléon au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 22016. - </b>Au vice-amiral Decrès, ministre de la Marine et des Colonies</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Krems, 9 septembre 1809</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur Decrès, j'ai l'état de situation de l'expédition anglaise<sup>[^1]</sup>. Elle n'était pas de plus de 27 000 hommes présents sous les armes. Je ne vois pas pourquoi la flottille, aidée d'un ou deux vaisseaux de guerre, ne pourrait pas nettoyer l'Escaut. Il est déplorable que l'on n'ait pas profité du moment où il y avait tant de bâtiments pour lancer des brûlots. Témoignez mon mécontentement à l'amiral<sup>[^2]</sup> et au commissaire général de la marine. Il est probable que le fort de Bath<sup>[^3]</sup> sera évacué lorsque la flottille sera attaquée et obligée d'isoler ce fort. Je ne sais pas ce que vous entendez par machine infernale ; vous proposez d'en lancer une contre le fort de Bath. Les machines infernales ne sont rien ; les Anglais s'en sont servis contre Saint-Malo et plusieurs de nos ports, cela n'a abouti qu'à casser des vitres. S'il suffisait d'une machine infernale pour prendre une place forte, il faut croire que l'on s'en serait servi pour prendre les places qui ont arrêté les conquérants. Les machines infernales, les bombardements même, ne sont comptés pour rien en temps de guerre. Un lâche comme Monnet<sup>[^4]</sup> a pu seul rendre une place pour un bombardement. Les bombes ne font rien aux remparts, fossés, contrescarpes ; les bombes sont utiles, mais comme moyen combiné de siège en règle. Je pense que les Anglais jetteront des bateaux dans les passes. Je ne puis pas me persuader qu'ils veuillent garder Flessingue ; ce serait s'engager dans une lutte trop dangereuse pour eux. Ils feront sauter le bassin et les fortifications ; mais si, avec la facilité des inondations, ils veulent défendre Flessingue, il faut avoir plus de chaloupes canonnières qu'eux. Si, au premier avis que vous avez eu que l'expédition était pour Flessingue et Anvers, vous aviez fait venir des canonnières de Boulogne, ils n'eussent jamais pu prendre Flessingue. Il me semble que vingt-neuf canonnières sont déjà venues de Boulogne à Anvers<sup>[^5]</sup>. Il faut en faire passer un plus grand nombre.<sup>[^6]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps"> Annexe</p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps"> <br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm"><i>Apostille du ministre</i></p><p style="margin-bottom: 0cm">C'est le 29 juillet au soir que l'on a appris à Paris que 62 bâtiments étaient devant Flessingue. C'est alors seulement que l'on a préjugé que l'expédition anglaise était destinée contre l'Escaut. C'est le 30 au soir que l'on en a été sûr. C'est le 31 matin que le conseil a eu lieu.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il ne restait que 2 000 marins à Boulogne, je ne pouvais envoyer des bâtiments à Anvers que par leur moyen, et la flotte ennemie étant devant Flessingue, on n'eût pu faire passer ces bâtiments dans l'Escaut que par les canaux.</p><p style="margin-bottom: 0cm">L'expérience de ceux qu'on a envoyés a prouvé qu'il faut huit ou dix jours pour faire ce trajet.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Si j'eusse donné l'ordre de départ le 31, qui était le premier moment possible, des chaloupes n'auraient pu arriver dans l'Escaut que le 7, supposé qu'elles n'eussent pas de contrariétés.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Or, dès le 5, toute communication entre Breskens et Flessingue était fermée par des forces supérieures à celles que je pouvais envoyer ; car il n'y avait que 2 000 marins à Boulogne, qui n'eussent pas armé 60 chaloupes canonnières, et l'ennemi avait dès le 5 une force immense dans l'Escaut.</p><p style="margin-bottom: 0cm">D'un autre côté, je ne pouvais pas envoyer les 2 000 marins de Boulogne sur l'Escaut ; car Boulogne lui-même était menacé, et, ne l'eût-il pas été, je ne pouvais les envoyer sans l'autorisation du conseil. Or, dans ce moment, le conseil envoyait en poste sur Anvers la presque totalité des troupes de ligne qui étaient à Boulogne, et les marins seuls restaient chargés de la garde de ce port. Le conseil n'eût point approuvé qu'on les envoyât. Je ne l'ai point proposé, parce que cela n'eût point été accueilli et parce que je ne le croyais pas utile. Si je l'eusse obtenu, le mouvement aurait été en pure perte, parce que cette flottille serait arrivée trop tard et en force inférieure. Fût-elle arrivée à temps, cette flottille, elle n'eût point empêché la perte de Flessingue, et aurait été inutile ou prise avant cette place, puisque des vaisseaux l'ont canonnée, et qu'elle n'aurait pas suffi pour éloigner des vaisseaux.<sup>[^7]</sup></p><h4 lang="fr-FR">Decrès</h4> [^1]: Il s’agit du corps expéditionnaire britannique qui a débarqué à Walcheren à la fin du mois de juillet et qui, décimé par les fièvres et ayant renoncé à s’emparer d’Anvers, s’apprête à rembarquer. Voir la lettre précédente. [^2]: Missiessy, qui commande la flotte de l’Escaut. [^3]: Les Anglais s’en sont rendus maîtres après le débarquement. [^4]: Commandant la place de Flessingue, il a capitulé au mois d’août et s’est rendu. [^5]: Voir la lettre précédente. [^6]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 15777, d’après l’expédition communiquée par la duchesse Decrès (minute, Archives nationales, AF IV 882, septembre 1809, n° 73). [^7]: <span></span> L’apostille du ministre est publiée dans la <i>Correspondance avec le ministre de la marine depuis 1804 jusqu’en avril 1815. Extraite d’un portefeuille de Sainte-Hélène</i>, Delloye et Lecou, 1837, t. II, n° 38.</body>