CG9-21626.md

identifiantCG9-21626.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1809/07/25 00:00
titreNapoléon à Jérôme, roi de Westphalie, commandant le 10e corps de l’armée d’Allemagne
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 21626. - </b>À Jérôme, roi de Westphalie, commandant le 10<sup>e</sup> corps de l’armée d’Allemagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Schönbrunn, 25 juillet 1809</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Je reçois votre lettre du 20. Les lettres que vous avez reçues de moi depuis celle du 14 vous auront fait connaître mon opinion et mes intentions<sup>[^1]</sup>. Vous vous êtes parfaitement <i>mal conduit</i> à mes yeux dans cette campagne. Il n'a pas dépendu de vous que Junot<sup>[^2]</sup> ne fût bien rossé<sup>[^3]</sup>, et que Kienmayer avec ses 25 000 hommes ne se portât sur moi, puisque sans l'armistice de Znaïm<sup>[^4]</sup> j'eûsse poursuivi le prince Charles sur Prague.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous avez commandé un vaisseau de guerre, vous avez abandonné la mer et votre amiral sans ordres. Vous avez fait des suppositions, sans que moi ou mon ministre en ayons été dupes<sup>[^5]</sup>. Mais un vaisseau était peu de chose et j’ai voulu ignorer ce fait. Je vois que vous persistez dans le même système. Vous croyez faire prendre le change, vous ne trompez personne<sup>[^6]</sup>. Vous avez été constamment dans cette campagne où l'ennemi n'était pas. Vous dites que la retraite du duc d'Abrantès<sup>[^7]</sup> sur le Danube vous a forcé à prendre position à Schleitz et à quitter l'offensive ; la retraite du duc d'Abrantès a été occasionnée par vos ridicules manœuvres. Si, comme je vous l'avais ordonné, vous vous étiez porté sur votre droite pour vous réunir au duc d'Abrantès, si, après avoir chassé l'ennemi de Bayreuth<sup>[^8]</sup> pour garder le Danube qui était une grande affaire, vous eussiez marché sur Dresde, cela ne fut pas arrivé. Si au lieu de rester trois ou quatre jours dans le même endroit, au lieu d'être plus lent et plus irrésolu que les Autrichiens eux-mêmes, vous eussiez marché avec la vivacité et l'ardeur qui conviennent à votre âge, l'ennemi ne vous eut pas masqué et dérobé ses mouvements. Voilà pour la première observation. Voici pour la seconde. Vous étiez à Schleitz, lorsque vous avez appris la nouvelle de mes grandes victoires et vous ajoutez que dès lors vous n'aviez pas à craindre que l'ennemi vous attaquât ; mais vous deviez craindre qu'il n'attaquât Junot, vous deviez craindre qu'il ne tombât sur moi et 15 000 hommes de plus ou de moins dans une bataille sont-ils de peu d'importance ! Vous aviez à craindre que ce corps ne réoccupât Dresde ; au lieu de cela, vous dissolvez votre corps et vous vous contentez de déclarer que le corps de Kienmayer est dissous ; enfin, vous vous sauvez honteusement et vous déshonorez mes armes et votre jeune réputation.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant aux Anglais, votre marche savante sur la Baltique ne peut en imposer qu'aux sots. Vous saviez bien que les Anglais n'étaient pas débarqués ; et s'ils étaient réellement débarqués, qu'aviez-vous à faire autre chose que de vous réunir au duc d'Abrantès, aux Saxons, et non de dissoudre votre corps ? 3 000 Saxons, 10 000 hommes de votre corps et 7 à 8 000 hommes du corps du duc d'Abrantès vous auraient mis à même de repousser les Anglais. Vous ne pouviez rien faire seul. Une victoire ne finit pas une guerre. Dans mes calculs, je devais vous trouver à Dresde et suivant l'ennemi en Bohême<sup>[^9]</sup> ; votre marche sur la Baltique était pour cacher votre retour à <i>Cassel</i> et votre honteux abandon de la Saxe. D'ailleurs, dans vos lettres comme dans votre <i>Moniteur</i> de Cassel, vous faites de mauvaises suppositions. Vous dites que vous vous êtes retiré de Schleitz, lorsque l'ennemi s'est retiré en Bohême ; mais non, l'ennemi était resté à Plauen. Vous deviez rester à Schleitz, garder les Saxons et réunir à vous le duc d'Abrantès. Vous supposez que l'ennemi n'était pas rentré à Dresde, mais vous savez qu'il y est rentré le 14, aussitôt qu'il a connu vos ridicules manœuvres. Je suis fâché pour vous que vous montriez dans la guerre aussi peu de talent et même de bon sens. Il y a loin du métier de soldat au métier de courtisan. J'avais à peine votre âge que j'avais conquis toute l'Italie et battu les armées autrichiennes trois fois plus nombreuses que moi. Mais je n'avais pas de flatteurs, pas de corps diplomatique à ma suite. Je faisais la guerre en soldat. On ne la fait point différemment. Je ne me prétendais ni frère de l'empereur, ni roi ; je faisais tout ce qui fallait pour battre l'ennemi.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous retirez le 22<sup>e</sup> des places de l'Oder ; vous avez tort si vous ne remplacez pas ce régiment, comme je vous l'ai ordonné, par les 1 200 Français que vous avez à Cassel. Le sieur Reubell s'est permis de donner des ordres et contrordres à des détachements que je faisais venir à l'armée, comme sapeurs, mineurs, etc. S'il continue, je le ferai arrêter au milieu de votre camp, et je le ferai juger par une commission militaire comme violant mes ordres et dérangeant mes combinaisons<sup>[^10]</sup>.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant à l'avenir, je ne veux pas vous déshonorer en vous ôtant le commandement, mais je ne veux pas non plus par de sottes condescendances de famille exposer la gloire de mes armes. Un vaisseau de plus ou de moins était peu de chose, 20 000 hommes plus ou moins bien employés peuvent changer le destin de l'Europe. Si donc vous voulez continuer, comme vous avez commencé, à être entouré par des hommes qui n'ont pas fait la guerre comme les d’Albignac, les Reubell, les Furstenstein, n'avoir aucun homme de conseil, faire des romans, ne pas exécuter mes ordres, vous pouvez rester dans votre sérail. Sachez bien que soldat, je n'ai point de frère et que vous ne me cacherez pas les vrais motifs de votre conduite sous des prétextes frivoles et ridicules. Pour ne point vous exposer à de pareils résultats, je verrais avec plaisir que vous fassiez passer mes troupes sous le commandement du duc d'Abrantès. Vous êtes un jeune homme gâté, quoique plein de belles qualités naturelles<i>. Je crains fort qu'il n'y ait rien à attendre de vous.</i></p><p style="margin-bottom: 0cm">Si vous continuez à conserver le commandement de mes troupes, portez-vous sans délai à Dresde. Je vous enverrai un chef d'état-major qui ait le sens commun. Réunissez à Dresde les troupes saxonnes, hollandaises, du grand-duché de Berg et toutes celles qui sont sous vos ordres. Faites réarmer et mettre la place en état de défense. Les Saxons s'y réorganiseront. Tirez le 22<sup>e</sup> des places de l'Oder, mais faites-le remplacer par les 1 200 conscrits français que vous avez à Cassel. Que le duc d'Abrantès occupe Bayreuth. Que l'état-major ait une fois tous les jours de vos nouvelles. Supprimez votre train et votre cour, et faites la guerre comme doit la faire un homme de mon nom, qui a plus besoin de gloire que d'autre chose. Si les hostilités recommencent, le théâtre de la guerre sera en Bohême, et vous aurez un rôle actif à y jouer. Si la guerre ne doit pas avoir lieu, la réunion d'un grand nombre de troupes à Dresde et à Bayreuth peut faciliter les négociations.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant aux Anglais, vous êtes mieux placé à Dresde que dans tout autre endroit pour marcher contre eux. On ne peut les empêcher de débarquer. Mais j'ai peine à croire qu'ils viennent se placer entre le Danemark et la confédération<sup>[^11]</sup>. Ils ont bien assez à faire en Portugal<sup>[^12]</sup>. D'ailleurs, il faut qu'ils débarquent pour savoir ce qu'il faut faire. La lettre du roi de Hollande<sup>[^13]</sup> ne signifie rien, et je n'en crois pas un mot. Tous les jours, je reçois de pareilles nouvelles de mes côtes. Ce débarquement de 200 hommes qu'ils ont fait, suppose assez qu'ils ne veulent point débarquer, car ce serait une faute que d'indiquer qu'ils veulent descendre dans tel endroit. Si j'écoutais de pareils indices, mes troupes ne feraient que des marches et des contremarches et devraient se porter sur tous les points de l'Océan, de la Méditerranée, de l'Adriatique. Si vous ne saviez pas lire et évaluer la vérité des rapports, et que vous preniez les mouches pour des éléphants, vous auriez peu de jugement<sup>[^14]</sup>.<sup>[^15]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3> [^1]: Voir, CG9-21550, 21551, 21591 e 21592. [^2]: Junot commande le corps de réserve. [^3]: Par les Autrichiens qui attaquaient Bayreuth. [^4]: Conclu le 12 juillet. [^5]: <span></span> Biffé :« <i>ou mon ministre vous y eussions autorisé</i> ». [^6]: Biffé :« Vous croyez m’avoir trompé ». [^7]: Junot, commandant la réserve de l’armée d’Allemagne. [^8]: Biffé :« l’avoir établi à Bayreuth pour garder le Danube, qui était une grande affaire ». [^9]: Biffé :« Vous ne me trompez pas sur votre manœuvre, vous êtes trop jeune pour cela ». [^10]: Le général Reubell, fils de l'ancien Directeur, ancien officier de marine, fut chassé de la cour de Westphalie et se réfugia à Baltimore. [^11]: Un corps expéditionnaire anglais de 45 000 soldats débarquera le 29 juillet à Walcheren, en Zélande. [^12]: Wellington y commande un corps expéditionnaire britannique. Il a contraint Soult à évacuer le Portugal. [^13]: Louis Bonaparte. [^14]: Biffé :« Si vous aviez écouté les avis qu’on vous a donnés […] » [^15]: Minute, Archives nationales, AF IV 881, juillet 1809, n° 164. Cette lettre avait été retirée des Archives nationales en vertu du décret du 28 novembre 1866 puis remis en place, voir l’introduction du présent volume. [BRO 447]</body>