| identifiant | CG9-20942.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1809/04/30 00:00 |
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| titre | Napoléon à Eugène, vice-roi d’Italie |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 20942. - </b>À Eugène, vice-roi d’Italie</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Burghausen, 30 avril 1809</h2><p>Mon fils, je reçois votre lettre du 22, qui
m’arrive par la poste. Je vois avec peine que vous ayez abandonné
la Piave. Vous trouvez étrange que l’ennemi ne s’y soit pas
présenté ; j’aurais été étonné qu’il l’eût fait et
qu’il ne se fût pas contenté de conquérir en un jour tout le
pays de l’Isonzo à la Piave. Si, au lieu de couper le pont de la
Piave, vous eussiez garni la tête de pont, et que vous eussiez
montré l’intention de vous y défendre, l’ennemi n’aurait pas
été passer cette rivière, Venise n’eût pas été bloquée, et
tout le pays entre la Piave et l’Adige livré au pillage. Mais si,
contre toute attente, l’ennemi eût tenté de passer la Piave, et
que vous n’eussiez pas été dans le cas de vous y opposer, qui
vous eût empêché de vous retirer ? Vous aviez vingt-quatre
heures devant vous. Je vois avec peine que vous n’avez ni habitude
ni notion de la guerre. J’ignore encore la situation de mon armée,
l’état de mes pertes en hommes, en généraux, en drapeaux, en
canons, et je suis livré aux rapports des Autrichiens, qui sont
nécessairement exagérés. Ne valait-il pas mieux me faire connaître
l’état des choses ? Il est douloureux de penser que, sans
raison, tout le pays entre la Piave et l’Adige ait été pillé par
les Autrichiens. La Piave était une assez bonne ligne pour que vous
ayez essayé de la garder. Les Autrichiens sont si peu accoutumés à
faire ainsi la guerre, qu’ils ont été étonnés que vous n’ayez
pas conservé la ligne de la Livenza, qui était une bonne ligne de
ralliement pour vous ; aussi ne conçoivent-ils pas que vous
ayez abandonné la Piave. À la guerre on voit ses maux et on ne voit
pas ceux de l’ennemi ; il faut montrer de la confiance.
Jusqu’à ce que l’ennemi eût tenté de forcer le pont de la
Piave, vous deviez vous maintenir dans la tête de pont, si vous
étiez toujours à même de couper le pont, quand même l’ennemi
eût passé plus haut ou plus bas. Le résultat de cela est très
fâcheux pour moi et pour mes peuples d’Italie.</p><p>La guerre est un jeu sérieux, dans lequel on peut
compromettre sa réputation et son pays ; quand on est
raisonnable, on doit se sentir et connaître si l’on est fait ou
non pour ce métier. Je sais qu’en Italie vous affectez de mépriser
Masséna ; si je l’eusse envoyé, ce qui est arrivé n’aurait
point eu lieu. Masséna a des talents militaires devant lesquels il
faut se prosterner ; il faut oublier ses défauts, car tous les
hommes en ont. En vous donnant le commandement de l’armée, j’ai
fait une faute ; j’aurais dû vous envoyer Masséna et vous
donner le commandement de la cavalerie, sous ses ordres. Le prince
royal de Bavière<sup>[^1]</sup>
commande une division sous le duc de Dantzig<sup>[^2]</sup>.
Les rois de France, des empereurs même régnants, ont souvent
commandé un régiment ou une division sous les ordres d’un vieux
maréchal. Je pense que, si les circonstances deviennent pressantes,
vous devez écrire au roi de Naples<sup>[^3]</sup>
de venir à l’armée ; il laissera le gouvernement à la
Reine<sup>[^4]</sup>.
Vous lui remettrez le commandement et vous vous rangerez sous ses
ordres ; cela sera d’un bon effet et convenable. Il est tout
simple que vous ayez moins d’expérience de la guerre qu’un homme
qui la fait depuis seize ans. Je n’ai point de mécontentement des
fautes que vous avez faites, mais de ce que vous ne m’écrivez pas,
et que vous ne me mettez point à même de vous donner des conseils
et même de régler ici mes opérations. Si vous saviez l’histoire,
vous sauriez que les quolibets ne servent à rien, et que les plus
grandes batailles dont l’histoire fasse mention n’ont été
perdues que pour avoir écouté les propos des armées. Je vous
répète donc que je pense qu’à moins que l’ennemi ne se soit
déjà retiré, et peut-être même dans tous les cas, il est
convenable que vous écriviez au roi de Naples de venir à l’armée,
vous faisant un mérite et une gloire de servir sous un plus ancien
que vous. Vous lui manderez que vous êtes autorisé par moi à cette
démarche et qu’à son arrivée il trouvera ses lettres de
commandement<sup>[^5]</sup>.<sup>[^6]</sup></p><p style="text-align: right; margin-top: 0.64cm; margin-bottom: 0.42cm; page-break-after: avoid">
Napoléon</p><p><br/>
</p><p><br/>
</p>
<div title="footer"><p style="text-align: right; margin-top: 1.13cm"><span style="background: #c0c0c0"><sdfield format="PAGE" subtype="RANDOM" type="PAGE">20342</sdfield></span></p>
<p><br/>
</p>
</div>
[^1]: Le Kronprinz Ludwig, fils du roi de Bavière Maximilien-Joseph.
[^2]: Lefebvre.
[^3]: Murat.
[^4]: Caroline Murat.
[^5]: Le 28 mars, Napoléon avait envoyé le général Macdonald à l’armée d’Italie. Macdonald lui était suspect depuis qu’il avait pris la défense du général Moreau en 1804, mais il le savait bon général. Macdonald, qui servait dans l’armée du royaume de Naples, n’avait pas encore rejoint l’armée du vice-roi. Son arrivée va changer la face des choses en Italie. Il réorganise l’armée et, aidé dans sa tâche par la retraite de l’archiduc Jean, qui a reçu la consigne de quitter l’Italie pour venir participer à la défense de Vienne, il jette bientôt l’armée d’Italie aux trousses de l’archiduc, pénétrant le 16 mai, sur les talons de celui-ci, sur le territoire autrichien.
[^6]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 15144, d’après la copie communiquée par la duchesse de Leuchtenberg. Note sur la minute (Archives nationales, AF IV 880, avril 1809, n° 263) : « partie de Braunau le 1<sup>er</sup> mai, portée par le capitaine Girard, aide de camp du général Rapp ». </body> |
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