CG9-20941.md

identifiantCG9-20941.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1809/04/30 00:00
titreNapoléon à Eugène, vice-roi d’Italie
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 20941. - </b>À Eugène, vice-roi d’Italie</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Burghausen, 30 avril 1809</h2><p>Mon fils, c’est aujourd’hui le 30, c’est-à-dire le treizième jour depuis que vous avez perdu votre bataille, et je n’ai encore aucune nouvelle de ce qui s’est passé<sup>[^1]</sup>. Je n’avais pas le droit de m’attendre à un procédé si extraordinaire, qui compromet mes opérations. Ce procédé est inouï. Comment, au lieu de recevoir de vous des rapports détaillés jour par jour, de recevoir des officiers qui me donnent des détails sur tous les événements de cette malheureuse journée, je ne sais que ce que les Autrichiens publient, et je ne trouve des détails que dans leurs journaux ! Qui peut vous porter à une si étrange conduite ? Quel ordre voulez-vous que je donne à mon armée d’Italie, et comment ne sentez-vous pas que l’ignorance où vous me laissez compromet sérieusement mes opérations ? D’où vient ce silence ? Avez-vous perdu la tête, et qu’est-ce que cela veut dire ? Comment ignorai-je tout ? Je vous ai envoyé des officiers ; je suppose que vous avez fait partir de votre côté des officiers qui ont été témoins oculaires de la bataille et qui m’apportent un compte détaillé de tout ce qui s’est passé. Je suppose que vous n’aurez point perdu la tête au point d’évacuer la ligne de la Piave.</p><p>Mes troupes sont entrées à Salzbourg, et une forte colonne se porte sur Rastadt, pour couper tout ce qui viendrait par Spittal. Si je savais ce qui est arrivé à mon armée d’Italie, je pourrais agir plus fortement ; mais, dans le doute et l’obscurité où je suis, je ne puis qu’avoir des idées sinistres. Envoyez-moi l’état de situation de mes corps, écrivez-moi longuement ; enfin, faites-moi connaître l’état de mes affaires. On peut perdre une bataille, mais non oublier à ce point le sentiment des convenances et de son devoir. Plus je réfléchis, et plus je me persuade que mes affaires sont perdues en Italie et que vous n’osez pas me le dire. Et ce devrait être au contraire une raison pour ne me laisser rien ignorer. Bientôt l’armée ennemie d’Italie va se trouver sur mon flanc droit<sup>[^2]</sup>. J’ai besoin de connaître sa force, enfin tous ces détails qui m’intéressent tant. Si vous ne pouvez pas écrire, qui empêche Charpentier, Caffarelli ou un de vos aides de camp de le faire<sup>[^3]</sup> ? On est aussi très alarmé à Paris, et, des détails, vous les deviez aussi au ministre de la Guerre en France.<sup>[^4]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napole</i></h3> [^1]: En Italie, l’archiduc Jean avait attaqué le 10 avril. Surpris, Eugène, dont l’armée n’était pas encore concentrée, avait tenté de faire front à Sacile, le 16 avril, et perdu la bataille. « Mon père, avait-il écrit à Napoléon, j'ai besoin de votre indulgence. Craignant votre blâme si je reculais, j'ai accepté la bataille, et je l'ai perdue. » Il avait battu en retraite, abandonné les lignes du Tagliamento et de la Piave, et s’était retranché derrière l’Adige. [^2]: Napoléon craignait, non sans raison, que l’archiduc Jean, après avoir battu Eugène, ne revienne en Autriche pour participer à la défense de Vienne en menaçant le flanc droit de l’armée française. Il en avait reçu la consigne de son frère l’archiduc Charles et commençait d’évacuer la Vénétie. [^3]: Le général comte Charpentier était le chef d’état-major d’Eugène. Marie-François-Auguste Caffarelli du Falga avait été nommé ministre de la Guerre du royaume d’Italie en 1806 ; il venait de rentrer en Italie, après s’être rendu en Espagne où, en février 1809, il avait assisté au siège de Saragosse. [^4]: Expédition, Bayerische Staatsbibliothek, Napoléon, Frankreich, kaiser, I. Note sur la minute (Archives nationales, AF IV 880, avril 1809, n° 262) : « portée par l’officier d’ordonnance Zapfell ». </body>