CG9-20911.md

identifiantCG9-20911.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1809/04/26 00:00
titreNapoléon à Eugène, vice-roi d’Italie
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 20911. - </b>À Eugène, vice-roi d’Italie</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Landshut, 26 avril 1809</h2><p>Mon fils, je ne conçois rien à votre correspondance ; vous m’avez écrit le 17 et le 19, et vous ne me dites rien<sup>[^1]</sup>. J’ignore comment s’est passée la bataille, le nombre d’hommes, de pièces de canon que j’ai perdus, d’où est venue cette défaite<sup>[^2]</sup>. Cette conduite est étrange. Au lieu de m’envoyer officier sur officier, vous ne m’envoyez que de mauvais courriers qui ne savent et ne disent rien. Vous portez votre attention sur le Tyrol, d’où vous n’avez absolument rien à craindre<sup>[^3]</sup>. Indépendamment d’un de mes corps qui marche sur Salzbourg, que voulez-vous que fassent une douzaine de mille hommes qu’une poignée d’hommes au Monte-Baldo peut tenir en respect ? Tout cela est peu sensé. Il faut que la bataille ait été bien terrible pour que vous ayez abandonné la Piave. Je ne puis asseoir mon jugement, puisque j’ignore ce qui s’est passé et quelle est la situation de mon armée. Mais laisser bloquer Venise sans des raisons très fortes, et par la seule terreur ridicule du Tyrol, est une opération insensée. La première de toutes les choses à faire, c’est de m’envoyer des détails très circonstanciés, ensuite de m’envoyer un officier tous les jours pour me tenir informé de ce qui se passe. Si vous craignez une agression par le Tyrol, faites occuper les positions que j’ai occupées dans mes campagnes d’Italie ; tous les tambours de votre armée les connaissent. Je fis occuper le Monte-Baldo, la Corona, Rivoli et l’Adige ; l’ennemi était maître d’Innsbruck, de la Bavière et du Tyrol, et c’est surtout en empêchant la jonction de ce qu’il avait dans le Tyrol avec le Frioul que je l’ai battu.</p><p>Je vois que vous ne savez pas bien l’histoire de ces campagnes, puisque vous dites que, si l’ennemi vient par le Tyrol, il faudra lui abandonner la plaine de Vérone. Il ne peut déboucher par le Tyrol, si vous occupez les hauteurs de Rivoli, et il ne peut pas forcer la position de Rivoli, si vous occupez la Corona et le Monte-Baldo. Je reste à concevoir comment mes troupes ont été battues par cette canaille d’Autrichiens. Ils étaient 300 000 ici ; je les ai toujours battus, n’étant qu’un contre sept. L’armée d’Italie passait pour valoir cette armée. Si vous êtes maître de Bassano, l’ennemi n’osera jamais passer Trente ; vous le couperiez par les gorges de la Brenta.</p><p>Quelque mal qui soit arrivé, si j’avais une parfaite connaissance de l’état des choses, je prendrais mon parti ; mais je trouve ridicule et affreux que, la bataille ayant eu lieu le 16, nous nous trouvions au 26 sans que j’en aie la plus légère idée ; cela déroute ici toutes mes combinaisons de campagne, et je ne vois pas qui peut vous avoir dicté cette singulière conduite. Je suppose que les corps qui étaient à Florence sont arrivés. J’espère être bientôt à Salzbourg et couper tout ce qui est dans le Tyrol. Mais, pour Dieu ! Instruisez-moi de ce qui se passe, et faites-moi connaître la situation de mes affaires en Italie.<sup>[^4]</sup></p><p style="text-align: right; margin-top: 0.64cm; margin-bottom: 0.42cm; page-break-after: avoid"> Napo</p> [^1]: Dans sa lettre du 17, Eugène avait dit avoir été battu à Sacile, mais sans donner de détails (voir, CG9-20896). Dans celle du 19, il disait se trouver toujours sur la Piave et n’avoir pas commencé son mouvement de retraite en direction de l’Adige. Il disait aussi avoir subi des pertes moins importantes qu’il ne l’avait cru d’abord. [^2]: La défaite de Sacile, le 16 avril. Sur les premières opérations en Italie et la retraite d’Eugène, voir, CG9-20839. [^3]: Une insurrection, fomentée par des agents autrichiens, avait éclaté le 11 avril sous la direction d’Andreas Hofer et du major Teiner. Aux 12 000 soldats autrichiens du général Chasteler s’étaient joints 20 000 Tyroliens qui avaient facilement eu raison des 5 000 Bavarois qui défendaient Linz. Tyroliens et Autrichiens avaient alors attaqué le général Baraguey d’Hilliers qui avait évacué Trente et s’était replié sur Rivoli. [^4]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 15128, d’après la copie communiquée par la duchesse de Leuchtenberg. Note sur la minute (Archives nationales, AF IV 880, avril 1809, n° 235) : « portée par M. Cavaletti ». Extrait, [catalogue de vente], <i>Lettres et manuscrits autographes,</i> Drouot, 6-7 décembre 1995, p. 185, n° 403.</body>