CG9-20575.md

identifiantCG9-20575.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1809/03/27 00:00
titreNapoléon à Joseph, roi d’Espagne
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 20575. - </b>À Joseph, roi d’Espagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 27 mars 1809</h2><p>Mon frère, je ne sais ce que vous voulez me dire des correspondances du sieur Fréville. Vous me supposez beaucoup trop occupé des détails<sup>[^1]</sup>. Je me suis réservé les biens des douze familles proscrites, et je ne prétends pas à autre chose<sup>[^2]</sup>.</p><p>J'ai lu aujourd'hui cinq numéros d'un courrier espagnol rédigé en français ; je ne sais pas à quoi peut servir cette gazette<sup>[^3]</sup>. Si c'est pour agir sur l'armée, n'aurait-il pas été convenable que j'en connusse le rédacteur et qu'il eût ma confiance ? Si c'est pour influer sur la France et sur l'Europe, il serait bien naturel qu'on me laissât ce soin, au moins pour ce qui regarde la France. On se permet dans ce journal des discussions littéraires sur Paris, et l'on s'y établit à l'égard de la France le Don Quichotte des Espagnols. Que cela s'écrive en espagnol et pour les Espagnols, cela n'est que ridicule ; mais cela est très inconvenant en français. La France, engagée en Espagne dans une guerre aussi cruelle, doit espérer au moins l'avantage de régénérer ce pays et de le rendre à des idées plus libérales. On ne peut donc considérer que comme des malveillants ceux qui, dans ce moment publient en français que l'Espagne était bien administrée sous Charles III<sup>[^4]</sup>, et font l'éloge pompeux d'un Jovellanos<sup>[^5]</sup> que l'Europe ne connaît pas et qui est notre ennemi si acharné qu'il ne pardonne à personne<sup>[^6]</sup>. Il faut supprimer cette gazette, ou la faire rédiger en espagnol. J'ai ordonné qu'on en arrêtât partout les exemplaires.</p><p>Le ministre de la Guerre<sup>[^7]</sup> vous écrit sur les opérations militaires, qui me paraissent bien faibles<sup>[^8]</sup>. Il est urgent de rétablir, à quelque prix que ce soit, les communications avec le duc d'Elchingen<sup>[^9]</sup> et le duc de Dalmatie<sup>[^10]</sup>. Il me semble que voilà un mois qu'on n'a pas reçu de lettre du duc d'Elchingen, et qu'on laisse La Romana<sup>[^11]</sup> s'établir entre la Galice et les Castilles<sup>[^12]</sup>. Si cela continuait<sup>[^13]</sup>, les affaires d'Espagne empireraient d'une manière affligeante. Il faut beaucoup de soins<sup>[^14]</sup> et d'activité dans la conduite de ces opérations.</p><p>Le prince de Neuchâtel part, l’on assure de tout côté que les Autrichiens attaqueront<sup>[^15]</sup> les Bavarois sous peu de jours<sup>[^16]</sup>.<sup>[^17]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napol</i></h3> [^1]: Phrase biffée par Napoléon sur la minute (Archives nationales, AF IV 879, mars 1809, n° 350) : « Il y a du ridicule dans l’opinion que vous vous faites à cet égard » [^2]: Joseph avait écrit le 19 mars à son frère pour dénoncer la conduite de Villot de Fréville, auditeur au Conseil d’État envoyé par Napoléon à Madrid, et demander son rappel. Il lui reprochait de s’immiscer dans l’administration des biens des Espagnols émigrés ou déclarés « traîtres aux deux couronnes » (Napoléon s’était réservé les biens de ces dix, et non douze, familles, confisqués par un décret du 12 novembre 1808 : voir, CG9-19990). [^3]: <span></span> Le <i>Courrier d’Espagne</i>. Napoléon avait demandé la suppression de ce journal : voir, CG9-20564, 20571. [^4]: Charles III (1716-1788), roi d’Espagne de 1759 à 1788. [^5]: Gaspar Melchior de Jovellanos : il avait refusé le poste de ministre de l’Intérieur proposé par Joseph en 1808 et rejoint le camp des adversaires de l’occupation française. Il siégeait dans la junte suprême formée à l’automne 1808. [^6]: Phrase ajoutée par Napoléon sur la minute. [^7]: Clarke. [^8]: <span></span> Biffé par Napoléon sur la minute : « aller très mal ». Napoléon résume ici le contenu adressée par Clarke à Jourdan la veille (corrigée de la main de Napoléon, elle avait été publiée par la <i>Correspondance</i> sous le numéro 14955) : « Monsieur le Maréchal, je réponds aux diverses lettres que le prince de Neuchâtel [Berthier] a reçues de Votre Excellence, qu'il m'a remises et dont j'ai fait part à S. M. l'Empereur. [Le général] La Romana, après avoir été battu par le maréchal duc de Dalmatie [Soult], paraît, avec les débris de son corps, s'être porté sur les confins de la Galice et Zamora. La division Lapisse aurait dû marcher pour le culbuter. La Romana n'a, il est vrai, que 5 000 hommes ; mais, si on lui laisse du temps, il aura bientôt recruté de nouvelles forces, qui inquiéteront le nord. Par suite de cet incident, les communications du duc d'Elchingen [Ney] sont interrompues. Ce maréchal a porté trop de troupes sur la côte ; il est peu probable que les instructions du major général lui soient parvenues. Maintenant, avant tout et par-dessus tout, il faut rouvrir les communications avec le maréchal duc d'Elchingen, et s'attacher à maintenir la tranquillité du nord. L'Empereur n'a donné aucune destination aux troupes qui ont pris Saragosse. Le plan de marche sur Séville par Merida ne doit être exécuté qu'au préalable le maréchal duc de Bellune [Victor] ne rouvre les communications avec le duc de Dalmatie, et tel doit être l'objet de la première instruction qu'il recevra ; car il est essentiel de ne point s'avancer légèrement à l'extrémité de la Péninsule ou vers Gibraltar, en courant le risque de s'affaiblir sur tous les points. Il est convenable que l'expédition se fasse avec prudence et dans toutes les règles de l'état militaire ; ce qui exige nécessairement le rétablissement préalable de la communication avec le maréchal duc de Dalmatie. Dans aucun cas le 5<sup>e</sup> corps<sup>?</sup> ne doit passer le Douro ni se porter dans le midi ; c'est une réserve pour le nord et pour assurer tout événement. Il sera très bien placé à Valladolid. Je vous le répète, Monsieur le Maréchal, le premier besoin de l'armée est de détruire les restes du corps de La Romana, de l'empêcher de soulever le nord et d'y être le maître. Peut-être le maréchal duc d'Elchingen a-t-il déjà commencé ou même achevé cette opération. Dans aucun cas le 5<sup>e</sup> corps ne marchera ni sur le midi ni sur Madrid. L'importance du rétablissement des communications avec le duc de Dalmatie et le duc d'Elchingen est telle, que, dans le cas où il serait nécessaire d'y envoyer des troupes, même de Madrid, il faudrait se déterminer à le faire. Le général Kellermann a sous ses ordres une cavalerie qui est d'une grande utilité dans les plaines de Castille. Il n'a pas assez d'infanterie, après le départ de la division Lapisse, pour marcher sur les Asturies ou opérer dans les montagnes de la Galice. Je vous envoie, Monsieur le Maréchal, les dépêches qu'on a reçues du général Saint-Cyr. Ce général a battu, à la fin de février, Reding, qui a été blessé. Il paraît que l'insurrection est forte en Catalogne. La nouvelle de la prise de Saragosse, dissimulée par les chefs des insurgés, n'a pu encore y produire l'effet qu'on en doit attendre. Le 12, le général Saint-Cyr était à Valls, près de Tarragone. Barcelone s'approvisionnait. Le général Reille va cerner Gérone. La prise de cette place et celle de Jaca sont bien importantes. » [^9]: Ney, qui commande la Galice. [^10]: Soult, qui a envahi le Portugal et marche sur Porto. [^11]: Général espagnol. [^12]: Soult dirigeait l’offensive en direction du nord du Portugal. Il progressait lentement, menacé sur ses arrières par la reprise des troubles en Galice, que Ney contrôlait mal. [^13]: Biffé sur la minute par Napoléon : « Cette conduite me parait bien extraordinaire. » [^14]: Biffé sur la minute : « Si l’on apportait pas plus de soin ». [^15]: Les Autrichiens franchiront l’Inn et attaqueront la Bavière le 9 avril. [^16]: Cette dernière phrase est ajoutée par Napoléon lors de la seconde rédaction de cette lettre. [^17]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 11. [LEC 429]</body>
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