CG9-20523.md

identifiantCG9-20523.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1809/03/24 00:00
titreNapoléon au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 20523. - </b>Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 24 mars 1809</h2><p>Monsieur de Caulaincourt, un courrier de M. de Champagny<sup>[^1]</sup> vous aura porté la nouvelle de l'attentat commis par l'Autriche<sup>[^2]</sup>. Vous aurez vu également la proclamation du prince Charles<sup>[^3]</sup>. Les mouvements à Trieste et partout sont les mêmes. On appelle à grands cris la guerre. Les événements marchent plus vite qu'on ne le croit à Saint-Pétersbourg. Vous ne me dites pas où sont les troupes russes. Si la Russie ne marche pas, j'aurai seul toute l'Autriche sur les bras et même les Bosniaques. Je l'ai dit suffisamment à M. de Romanzov<sup>[^4]</sup>. Les Anglais ont compté sur l'Autriche et sur la Turquie et sur l'emploi de mes troupes en Espagne et de celles de l'empereur de Russie en Finlande et en Turquie pour nous braver. C'est le moment de faire voir le contraire.</p><p>Je considère le sieur Dodun<sup>[^5]</sup> comme prisonnier à Vienne ; je n'ai appris qu'hier à quatre heures après-midi, en revenant de Malmaison l'arrestation de son courrier à Braunau. J'ai fait dire sur-le-champ à M. de Metternich<sup>[^6]</sup>, que je n'avais pas de cercle. Il me serait impossible de le voir. J'ai ordonné des représailles contre les courriers autrichiens, et que leurs dépêches fussent arrêtées jusqu'à ce que les miennes soient rendues<sup>[^7]</sup>. Je n'avais pas cru à un attentat si imprévu, et je n'avais fait partir ni ma Garde ni mes bagages. Mais ce matin, je me suis hâté de faire partir la cavalerie et l'artillerie de ma Garde et mes équipages de guerre. Il n'y a cependant rien de changé à la position de mes troupes.</p><p>Je ne veux point attaquer que je n'aie des nouvelles de vous ; mais tout me porte à penser que l'Autriche attaquera. Faudra-t-il que le résultat de notre alliance soit que j'aie seul toute l'Autriche à combattre, et de plus quelques milliers de Bosniaques ? L'empereur<sup>[^8]</sup> voudra-t-il que le résultat de son alliance soit de n'être d'aucun poids et d'aucune utilité pour la cause commune<sup>[^9]</sup> ? Quant aux moyens, il me semble que l'empereur a des troupes inutiles sur les confins de la Transylvanie, à Pétersbourg et du côté de la Galicie. Tout plan est bon, pourvu qu'il occupe une partie des forces autrichiennes. Je vous ai écrit il y a quelques jours là-dessus<sup>[^10]</sup>. L'empereur veut-il m'envoyer un corps auxiliaire ? Je me charge de le nourrir. Qu'il lui fasse passer la Vistule entre Varsovie et Thorn, et qu'il l'approche de Dresde. Veut-il entrer en Galicie ou en Transylvanie ? Qu'il fasse marcher les troupes qu'il a de ce côté. Pourquoi ne gênerait-il pas les communications avec l'Autriche, et ne soumettrait-il pas ce pays à l'état de malaise où nous sommes, l'Autriche et moi ? Cette disposition de la Russie pourrait l'effrayer.</p><p>La note de l'empereur me paraît très bonne<sup>[^11]</sup>. S'il l'a fait remettre à M. de Schwartzenberg<sup>[^12]</sup>, vous pourrez en remettre une pareille. Que l'Autriche désarme, et je suis content ; mais elle paraît décidée. La proclamation du prince Charles du 9 mars est postérieure de huit jours à la réception du courrier de M. de Schwartzenberg. Les nouvelles que j'ai d'Angleterre sont positives : on est à Londres dans la joie. Des agents autrichiens ont déjà insurgé quelques communes du Tyrol. Le ministre de la Porte à Paris<sup>[^13]</sup> a reçu ordre de correspondre avec la légation autrichienne et d'écrire par son canal. Les propos du public en Autriche doivent être connus à Saint-Pétersbourg comme ils le sont ici. Si quelque chose, je le répète, peut encore prévenir la guerre, ce dont je commence à douter, car les Autrichiens ont perdu la tête, c'est : 1<sup>o</sup> que la Russie se mette en demi état d'hostilité avec eux, c'est-à-dire marche sur les frontières de Transylvanie et de Galicie ; et si elle veut mettre un corps à ma solde, qu'elle l'envoie dans le duché de Varsovie : dans ce cas vous ne le feriez point passer par Varsovie ; 2<sup>o</sup> que quelques articles soient mis dans les journaux de Pétersbourg sur les proclamations du prince Charles et sur les articles de la <i>Gazette de Pétersbourg</i> relatifs à la Turquie ; 3<sup>o</sup> que les Autrichiens commencent à être gênés et maltraités dans les États russes. Cela se répandra dans la monarchie et fera voir qu'on ne veut point de la guerre. Si quelque chose peut-être, est capable d'empêcher un éclat, ce sont ces mesures.</p><p>Le langage des chargés d'affaires respectifs doit être qu'ils ont l'ordre de quitter Vienne, si l'Autriche commet la moindre hostilité ; mais peut-être ces mesures sont-elles trop tardives. Vous pensez bien que je n'ai peur de rien. Cependant, après avoir perdu l'alliance de la Turquie, après m'être attiré cette guerre avec l'Autriche pour la conférence d'Erfurt, après que mon étroite alliance avec la Russie a détaché du parti de la France le prince Charles, ennemi déclaré des Russes, j'ai droit de m'attendre que, pour le bien de cette alliance et pour le repos du monde, la Russie agisse vertement.</p><p>Mes armées d'Italie seront toutes campées au 1<sup>er</sup> avril, et, à la même époque, mes armées d'Allemagne seront en mesure. Je vous laisse les plus grands pouvoirs. Si l'empereur veut m'envoyer quatre bonnes divisions formant 45 à 60 000 hommes, qu'il les mette en marche, et qu'il fasse connaître en même temps que, l'Autriche continuant de menacer, il m'envoie ce secours. Cela glacera d'effroi l'Autriche et l'Angleterre. On verra que l'alliance des deux empires est réelle et non simulée. Si l'empereur lui-même veut agir avec ses armées, il en a les moyens. En passant par la Galicie, il sera bientôt à Olmütz. Là, son armée vivra bien, se ravitaillera, et menacera de près l'Autriche en faisant une puissante diversion qui l'obligera à porter 60 000 hommes de ce côté. Par la Transylvanie, il peut menacer la Hongrie et tenir en échec l'insurrection hongroise. Si nous sommes sérieusement unis, nous ferons ce que nous voudrons. Vous êtes autorisé à signer toute espèce de traité ou convention qu'on voudra proposer. Si la Galicie est conquise, l'empereur peut en garder la moitié, et l'autre moitié peut être donnée au duché de Varsovie. Enfin, je ne veux point d'agrandissement ; je ne veux que la paix maritime, et l'Autriche armée est un obstacle à cette paix.</p><p>En résumé, tout est en apparence de guerre entre l'Autriche et moi, et cette apparence est publique ; la même apparence de guerre doit exister entre la Russie et l'Autriche. Mes armées sont prêtes à marcher ; les armées russes doivent être également prêtes à marcher. La voix de M. de Romanzov à Vienne ne produirait rien. On y dit avec le plus grand sang-froid que les Russes sont occupés en Turquie, en Finlande et en Suède, et que mes armées sont occupées en Espagne et à Corfou. C'est sur ces chimères qu'ils bâtissent des succès, égarement qui fait hausser les épaules aux hommes qui raisonnent. De notre côté aussi il faut nous remuer. Je ne puis rien vous dire de plus ; vous comprenez aussi bien que moi la position des choses. Dites à M. de Romanzov que vous êtes autorisé à signer une note et à la remettre de concert. Je partage le sentiment de l'empereur et suis de l'avis de la note qu'il veut faire présenter ; mais rien n'est efficace, s'il ne prend une attitude haute et sérieuse. L'irritation par suite de l'arrestation du courrier est générale ici et ne peut s'exprimer.<sup>[^14]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3> [^1]: Ministre des Relations extérieures. [^2]: L’arrestation, à Braunau, d’un courrier porteur de dépêches diplomatiques. Voir, CG9-20510. [^3]: Du 9 mars. Voir, CG9-20364. [^4]: Le ministre des Affaires étrangères du tsar, qui avait séjourné à Paris d’octobre 1808 à février 1809. [^5]: Chargé d’affaires français à Vienne, il a succédé à l’ambassadeur Andréossy. [^6]: Ambassadeur autrichien à Paris. [^7]: Voir, CG9-20519. [^8]: <span></span> Alexandre I<sup>er</sup>. [^9]: Voir, CG9-20521. [^10]: Voir, CG9-20472. [^11]: Voir, CG9-20472. [^12]: Ambassadeur d’Autriche à Saint-Pétersbourg. [^13]: Seyyid Abdürrahim Muhibb Effendi. [^14]: Copie d’expédition, Archives nationales, fonds Caulaincourt, 95 AP 8. [LEC 427]</body>