| identifiant | CG9-20472.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1809/03/21 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 20472. - </b>Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">La Malmaison, 21 mars 1809 </h2><p>Monsieur de Caulaincourt, j'ai reçu votre lettre
du 28 février avec les pièces qui y étaient jointes. Plusieurs
courriers de M. de Champagny<sup>[^1]</sup>
ont dû vous porter le résumé de la conversation de ce ministre
avec M. de Metternich<sup>[^2]</sup>
et la copie de la note qu'il lui a passée quelques jours après<sup>[^3]</sup>.</p><p>Voici la situation des choses dans ce moment.
L'Autriche a reçu de l'argent par Trieste ; cet argent ne peut
venir que d'Angleterre. L'Autriche fomente la Turquie ; elle a
couvert de ses troupes la Bohême, l'Inn, la Carinthie, la Carniole.
Il est impossible que l'empereur<sup>[^4]</sup>
ne soit pas instruit par Vienne de toutes les folies qu'on fait en
Autriche. M. de Champagny vous envoie la copie en allemand de la
proclamation du prince Charles<sup>[^5]</sup>,
qui équivaut à une déclaration de guerre. Cependant le langage de
M. de Metternich est toujours paisible, et il n'a encore fait aucune
déclaration. Des agents subalternes ayant sondé le cabinet de
Vienne, pour savoir s'il y aurait quelque chose à craindre pour la
maison régnante de Saxe<sup>[^6]</sup>,
la guerre venant à être déclarée, au lieu de répondre qu'il n'y
avait pas de sujet de guerre, on s'est empressé d'assurer que le roi
de Saxe<sup>[^7]</sup>
et sa famille n'avaient rien à redouter, et qu'ils seraient
respectés. Vous voyez que, depuis le 28 février, les choses ont
beaucoup empiré.</p><p>M. de Romanzov<sup>[^8]</sup>
doit être arrivé depuis longtemps à Saint-Pétersbourg. Il y aura
apporté une opinion conforme à la mienne. Je ne pense pas à
attaquer ; mais, dans la circonstance actuelle, je crois qu'il
est important de prendre des mesures pour que les troupes russes
fassent un mouvement et que le chargé d'affaires russe à Vienne
soit rappelé, si les Autrichiens dépassent leurs frontières. Il
faut que cet ordre soit connu de M. de Schwartzenberg<sup>[^9]</sup>,
et qu'il soit notifié à Vienne. Le ministère autrichien est
persuadé que la Russie ne fera rien et qu'elle restera neutre dans
cette guerre, quand même elle la déclarerait<sup>[^10]</sup>.
Vous sentez combien cela serait contraire à l'honneur de la Russie
et funeste à la cause commune.</p><p>Voici ma position militaire. L'armée saxonne est
réunie autour de Dresde, et le prince de Pontecorvo<sup>[^11]</sup>
doit y être rendu pour en prendre le commandement ; le duc
d'Auerstaedt<sup>[^12]</sup>
a son quartier général à Wurtzbourg, et son corps d'armée occupe
Bayreuth, Nuremberg, Bamberg ; le corps d'Oudinot<sup>[^13]</sup>
est sur le Lech<sup>[^14]</sup> ;
le duc de Rivoli<sup>[^15]</sup>
a son corps cantonné autour d'Ulm. Les Wurtembergeois sont à
Neresheim ; les Bavarois sont à Munich, Straubing et Landshut ;
le général du génie Chambarlhiac est à Passau, où il fait une
tête de pont pour assurer le passage de l'Inn<sup>[^16]</sup> ;
on travaille à fortifier les places de Kufstein, Kronach,
Forchheim ; les Polonais doivent se réunir sous Varsovie et le
long de la Pilica ; les dépôts se remplissent de tous côtés<sup>[^17]</sup>.</p><p>Aucune communication officielle n'est faite ici,
et il n'y a encore rien de raisonnable d'imprimé, parce qu'on se
fait jusqu'au dernier moment. L'opinion du sieur Dodun, mon chargé
d'affaires à Vienne<sup>[^18]</sup>,
et de la plupart des personnes qui sont dans cette ville, est que
l'Autriche sera entraînée outre mesure, et qu'il n'est plus en son
pouvoir de s'arrêter, et que, si la guerre peut être évitée, ce
n'est que par l'aspect formidable des forces de la Russie, qui ôte à
ces gens-là jusqu’à l'idée de la possibilité d'une chance en
leur faveur. Un général autrichien s'est embarqué à Trieste pour
aller à Londres concerter les opérations.</p><p>Dans cette situation de choses, il faut prévoir
deux cas : 1<sup>o</sup> Si l'Autriche attaque, il n'y a pas de
note à faire ; le chargé d'affaires russe doit quitter Vienne
et les troupes russes entrer sur-le-champ en Galicie et menacer
d'attaquer la Hongrie, pour contenir ce côté-là. S'il fallait
juger par sa raison, tout porte à penser que l'Autriche n'attaquera
pas légèrement, voyant le nombre de troupes françaises qui
inondent l'Allemagne et qu'elle ne croyait pas voir revenir si
promptement. Cependant, ce cas, il faut le prévoir<sup>[^19]</sup>,
et envoyer des instructions aux agents respectifs à Vienne. L'idée
que la légation russe partira sur-le-champ peut être une raison de
retenir l'humeur guerrière de la faction qui domine. Le second cas,
c'est que les choses restent dans la situation actuelle pendant les
mois d'avril et mai, et qu'on puisse, dans cet intervalle de temps,
négocier. Dans ce cas, la note que propose de remettre l'empereur de
Russie me paraît bonne<sup>[^20]</sup>.<sup>[^21]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napolé</i></h3><h4 style=""><br/>
<br/>
</h4>
[^1]: Ministre des Relations extérieures.
[^2]: Ambassadeur autrichien à Paris.
[^3]: Voir, CG9-20209, le texte de l’entretien entre le ministre des Relations extérieures et Metternich. Voir également n° mars-76, lettre du 6 mars à Caulaincourt, et le texte de la note de Champagny à Metternich (10 mars), CG9-20162.
[^4]: <span></span> Le tsar Alexandre I<sup>er</sup>.
[^5]: Voir, CG9-20464.
[^6]: Le royaume de Saxe est membre de la Confédération du Rhin.
[^7]: <span></span> Frédéric-Auguste I<sup>er</sup>.
[^8]: Le ministre des Affaires étrangères, après un long séjour à Paris, était rentré à Saint-Pétersbourg au début du mois de mars.
[^9]: Ambassadeur autrichien à Saint-Pétersbourg.
[^10]: Alexandre, en dépit des pressions exercées sur lui par Caulaincourt, restait fidèle à la position qu’il avait définie au début de février 1809 dans une lettre à son ministre des Affaires étrangères, Romanzov, qui se trouvait alors à Paris : « Une note la mieux faite, la plus forte en raisonnement, la plus rassurante pour l’Autriche, si elle finissait par une menace de retirer les missions [diplomatiques], gâterait par cette finale tout ce qu’on aurait de bon à attendre de son contenu. Il est certain qu’un amour-propre blessé est pour beaucoup dans la conduite que tient l’Autriche. Est-ce en la blessant encore qu’on peut espérer d’empêcher ces gens de faire ce qui nous est essentiel [sic] d’éviter ? Mon opinion serait donc que la note fût sage, forte en raisonnements, mais surtout riche en assurances tranquillisantes pour la cour de Vienne… Si elle n’est pas contente, c’est la preuve que, menée par l’Angleterre, elle veut à toute force une rupture… Il est de tout notre intérêt d’empêcher, du moins d’éloigner autant que possible la rupture entre la France et l’Autriche, car il faut convenir que nous nous trouverions dans une position assez embarrassante. Si l’Autriche attaque, nous sommes tenus par nos engagements à tirer l’épée. Si c’est la France, nos engagements n’ont alors rien d’obligatoire pour nous, mais notre position reste à peu près aussi embarrassante, et l’écroulement de l’Autriche serait un malheur réel dont nous ne pouvons pas ne pas nous ressentir. » Comme on voit, Napoléon ne s’inquiétait pas sans motifs, dans cette lettre à Caulaincourt, de l’attitude de la Russie, assez en tout cas pour exhorter son ministre à rappeler au tsar les implications de l’alliance de Tilsit.
[^11]: Bernadotte.
[^12]: Davout, commandant en chef de l’armée du Rhin.
[^13]: Le Corps de réserve de l’armée du Rhin.
[^14]: Le quartier-général d’Oudinot est à Augsbourg.
[^15]: Masséna, commandant le Corps d’observation du Rhin.
[^16]: Voir, CG9-20463.
[^17]: <span></span> Sur le dispositif militaire français en Allemagne, voir, CG9-20435, le récapitulatif adressé le 17 mars au roi de Wurtemberg, Frédéric I<sup>er</sup>.
[^18]: Il venait de remplacer le général Andréossy, rappelé à Paris.
[^19]: Les Autrichiens attaqueront le 9 avril.
[^20]: Cette note rédigée avec Caulaincourt et datée du 22 février 1809, demandait aux Autrichiens de désarmer et en tout cas d’ouvrir des négociations. Elle rejetait la responsabilité d’un éventuel conflit sur l’Autriche mais ne la menaçait pas formellement d’une intervention militaire russe en cas de guerre austro-française.
[^21]: Expédition, Archives nationales, fonds Caulaincourt, 98 AP 34. [LEC 424]</body> |
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