| identifiant | CG9-20105.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1809/02/23 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 20105. - </b>Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 23 février 1809</h2><p>Monsieur de Caulaincourt, j'ai reçu vos lettres
du 5 février. Les différentes lettres que vous avez reçues
depuis mon arrivée à Paris vous auront fait connaître la position
des choses. L'Angleterre a fait sa paix avec la Porte<sup>[^1]</sup>.
C'est une suite des intelligences de l'Autriche avec l'Angleterre. La
mission anglaise a été reçue en triomphe à Constantinople par
l'internonce<sup>[^2]</sup>.
L'empereur<sup>[^3]</sup>
sera aussi indigné que moi de cette violation de la neutralité et
des égards que nous doit l'Autriche. Les armements de cette
puissance continuent de tous côtés. Mes troupes, qui marchaient sur
Boulogne, sur Toulon et sur Brest, où avec une escadre elles
devaient menacer l'Angleterre et ses colonies<sup>[^4]</sup>,
viennent de rétrograder, et tout est en mouvement pour former un
camp d'observation de 80 000 hommes à Strasbourg<sup>[^5]</sup>.
Le duc de Rivoli<sup>[^6]</sup>
commandera ce camp d'observation. Le général Oudinot s'est porté
avec son corps à Augsbourg<sup>[^7]</sup>.
Vous savez que ce corps est composé de 12 000 hommes des
compagnies de grenadiers et de voltigeurs des 4<sup>es</sup> bataillons<sup>[^8]</sup> ;
les quatre basses compagnies de ces bataillons sont en marche
pour les rejoindre, ce qui portera ce corps avec la cavalerie<sup>[^9]</sup>
à près de 40 000 hommes. J'ai requis les troupes de
Mecklembourg-Schwerin pour garder la Poméranie suédoise, et j'ai
ordonné la réunion de tous les corps de l'armée du Rhin, composée
des anciens corps des maréchaux Davout et Soult, formant
30 régiments d'infanterie. Toutes les troupes de la
Confédération sont prêtes<sup>[^10]</sup>.
Mon armée d'Italie est au grand complet. Ma conscription se lève
ici avec la plus grande activité. Dans cette situation de choses, je
puis entrer, s'il le faut, en Autriche au mois d'avril, avec des
forces doubles nécessaires pour la soumettre. Néanmoins je n'en
ferai rien que mon concert ne soit parfait avec la Russie ; mais
il est impossible de jamais songer à la paix avec l'Angleterre, si
nous ne sommes point sûrs de l'Autriche. Si j'avais dans ce moment
80 000 hommes à Boulogne, 30 000 à Flessingue,
30 000 à Brest, 30 000 à Toulon, comme je
comptais le faire, l'Angleterre serait dans la plus fâcheuse
position<sup>[^11]</sup>.</p><p>J'ai à Flessingue, à Brest et à Toulon de
grands moyens d'embarquement, et quoique ma marine soit inférieure à
celle de l'Angleterre, elle n'est pas nulle. J'ai 60 vaisseaux
armés dans mes rades et autant de frégates. Une de ces expéditions
qui s'échapperait pour les Indes ou pour la Jamaïque, ou deux
escadres qui se réuniraient, feraient le plus grand mal à
l'Angleterre. Les ridicules armements de l'Autriche ont paralysé
tous ces moyens. Voilà ce qu'il faut que vous vous étudiiez à bien
faire sentir à l'empereur, qu'un armement de l'Autriche est la même
chose qu'un traité d'alliance qu'elle ferait avec l'Angleterre ;
il forme même une diversion plus importante que la guerre plus
ruineuse pour moi, plus désavantageuse que la guerre, parce que la
guerre serait bientôt finie ; plus coûteuse, parce que
l'Autriche en payerait les frais ; que je ne me refuse pas à
attendre quelques mois, mais qu'il ne serait pas juste que le
résultat de mon alliance avec la Russie fût de paralyser mes moyens
et de me tenir dans une situation ruineuse, pénible, et n'ayant
aucun but. Qu'allègue l'Autriche ? Qu'elle est menacée. Mais
l'était-elle davantage quand je tirais d'Allemagne la moitié de mes
troupes pour les porter en Espagne, à 500 lieues d'elle, et que
j'éloignais le reste de mon armée de la Silésie ?</p><p>Pour plaire à la Russie, je me suis dessaisi de
ces garanties contre l'Autriche. Pour marcher avec la Russie, j'ai
laissé hausser le ton à l'Autriche. Il est temps que cela finisse.
Notre alliance devient méprisable aux yeux de l'Europe. Elle n'a pas
l'avantage de lui procurer le bienfait de la tranquillité. Et les
insultes que nous essuyons à Constantinople sont aussi déshonorantes
que contraires aux intérêts de nos peuples<sup>[^12]</sup>.
Il faut donc que l'Autriche désarme réellement ; que je puisse
dans le courant de l'été faire rétrograder mes troupes ; que
j'aie la sécurité d'exposer 25 à 30 000 hommes sur
la mer, et même à des chances défavorables, sans craindre d'avoir
au moment même une guerre continentale. Il faut que le désarmement
de l'Autriche soit non simulé, mais réel. Il faut que l'Autriche
rappelle son internonce de Constantinople et cesse ce commerce
scandaleux qu'elle entretient avec l'Angleterre. À ces conditions,
je ne demande pas mieux que de garantir l'intégrité de l'Autriche
contre la Russie, et que la Russie la garantisse contre moi. Mais, si
ces moyens sont inutiles, il faut alors marcher à elle, la désarmer,
ou en séparer les trois couronnes sur la tête des trois princes de
cette maison<sup>[^13]</sup>,
ou la laisser entière, mais de manière qu'elle ne puisse mettre sur
pied que 100 000 hommes, et, réduite à cet état,
l'obliger à faire cause commune avec nous contre la Porte et contre
l'Angleterre.</p><p>Mon escadre de Brest a mis à la voile ;
celles de Lorient et de Rochefort également, et j'aurai bientôt
quelque événement maritime à vous annoncer<sup>[^14]</sup>.
Si je n'eusse pas appris en Espagne les mouvements de l'Autriche<sup>[^15]</sup>,
et si mes troupes n'eussent pas été obligées de s’arrêter à
Metz et de Lyon, mes escadres seraient parties avec 20 000 hommes
de débarquement.<sup>[^16]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: L’Angleterre et l’Empire ottoman ont signé au début du mois de février un traité qui entérine la rupture des relations franco-ottomanes. Voir, CG9-20162.
[^2]: L’ambassadeur autrichien à Constantinople.
[^3]: <span></span> Le tsar Alexandre I<sup>er</sup>.
[^4]: Sur les projets d’expédition maritime de Napoléon au début de 1809, voir, CG9-20238. Ces projets ont été ajournés (voir, CG9-20098).
[^5]: Sur la création du Corps d’observation de l’armée du Rhin, placé sous le commandement de Masséna, voir, CG9-20093.
[^6]: Le maréchal Masséna.
[^7]: Sur la création du corps Oudinot, voir, CG9-20016.
[^8]: 20 000 hommes au total, au lieu des 30 000 initialement prévus : voir, CG9-20016.
[^9]: Il s’agit des cuirassiers du général Espagne, qui avait reçu l’ordre de rejoindre Oudinot à Augsbourg.
[^10]: Voir, CG9-20090, 20091.
[^11]: Allusion aux projets maritimes que Napoléon venait d’ajourner.
[^12]: L’Empire ottoman avait signé au début du mois un traité de paix avec l’Angleterre et faisait le meilleur accueil au représentant de l’Autriche.
[^13]: Les couronnes d’Autriche, de Bohême et de Hongrie.
[^14]: Ce seront de mauvaises nouvelles, puisque le 11 avril, la flotte anglaise incendiera les bâtiments rassemblés en rade de Rochefort.
[^15]: <span></span> Le 1<sup>er</sup> janvier : Bonaparte était à Benavente, en Espagne, lancé aux trousses du général Moore.
[^16]: Copie d’expédition, Archives nationales, fonds Caulaincourt, 95 AP 8.</body> |
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