| identifiant | CG9-20099.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1809/02/21 00:00 |
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| titre | Napoléon à Joseph, roi d’Espagne |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 20099. - </b>À Joseph, roi d’Espagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 21 février 1809</h2><p>Mon frère, [le major général<sup>[^1]</sup>
vous a envoyé ses instructions militaires. Je vois avec peine que
vous ayez renvoyé le commissaire général de police de Madrid<sup>[^2]</sup>.
J'en avais envoyé un à Lisbonne. J'ai vu avec une extrême surprise
la raison que vous me donnez, que la constitution le prohibe.
Faites-moi connaître] si la constitution prohibe que le roi
d'Espagne soit à la tête de 300 000 Français, si la
constitution prohibe que le gouverneur de Madrid soit Français<sup>[^3]</sup>,
que la garnison soit française ; si la constitution dit que
dans Saragosse on fera sauter les maisons l'une après l'autre<sup>[^4]</sup>.
Il faut avouer que cette manière de voir est petite et affligeante.
Ce n'est point de l'humeur et de petites passions qu'il faut, mais
des vues froides et conformes à sa position.</p><p>Le régiment qui a été formé à Léon
déserte avec armes et bagages<sup>[^5]</sup>.
Il en sera de même des autres régiments. Déjà on assassine
dans les rues de Madrid. Si l'on avait établi à Madrid un
commissaire de police à la manière française, cela n'arriverait
point.</p><p>Vous ne viendrez à bout de l'Espagne qu'avec de
la vigueur et de l'énergie<sup>[^6]</sup>.
Cette affiche de bonté et de clémence n'aboutit à rien. [On vous
applaudira tant que mes armées seront victorieuses ; on vous
abandonnera quand elles seront vaincues. Des membres du conseil de
Castille que vous avez relâchés ont rejoint les rebelles<sup>[^7]</sup>.
Vous devez connaître la nation espagnole, depuis que vous êtes] en
Espagne et depuis les événements que vous avez vus. En fait de
police, employez les individus quels qu'ils soient, lorsqu'ils vous
sont utiles, et accoutumez-vous à compter votre autorité royale
pour bien peu de chose<sup>[^8]</sup>.<sup>[^9]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napol</i></h3>
[^1]: Berthier.
[^2]: Lagarde.
[^3]: Belliard.
[^4]: Saragosse, assiégée depuis le mois de décembre 1808, capitule ce même 21 février.
[^5]: Il s’agit d’un régiment formé avec des prisonniers espagnols : voir, CG9-19978.
[^6]: Napoléon reprochait depuis longtemps à son frère son manque de sévérité.
[^7]: Napoléon avait déploré la libération des membres du conseil Castille, capturés après la reconquête de Madrid, dans la lettre qu’il avait écrite à Joseph le 6 février (voir, CG9-19978).
[^8]: <span></span> Le 7 mars, Joseph répondit vivement, niant que le régiment espagnol formé à Léon eût déserté et qu’on assassinât dans les rues de Madrid. Il demandait à Napoléon de ne plus permettre à Fouché et à Berthier de s’immiscer dans les affaires d’Espagne et il ajoutait : « C’est vous qui m’avez donné cette couronne ; si vous trouvez un homme que vous jugiez plus digne que moi de votre confiance, que cet homme soit roi : quant à moi, […] je suis convaincu que ce qui peut arriver de mieux pour l’Espagne et pour la France, c’est leur étroite union, leur intime alliance, mais <i>non l’asservissement de l’une à
l’autre.</i> L’Espagne asservie sera ennemie à la première occasion. L’Espagne amie et sœur le sera toujours […]. C’est l’Espagne que je veux acquérir à la France, et la France à l’Espagne ; mais pour cela, il faut bien persuader à la plus faible que la plus forte ne veut pas en faire son esclave. Cette opinion est la seule ennemie que nous ayons à combattre ; les armes des Espagnols tomberaient de leurs mains, tous seraient à mes pieds, s’ils savaient ce qui est dans mon cœur ; tous seraient les meilleurs amis des Français, s’ils savaient que, quoique prince français, je veux ce que je dois, et que je dois les gouverner en nation libre et indépendante ; s’ils voyaient que les promesses contenues dans la constitution de Bayonne se réalisent, que l’on ne veut pas autre chose […]. Je suis aujourd’hui sur le second versant de la vie, et je ne changerai pas de principes à mon âge. <i>Si vous ne pensez pas ainsi, ma
couronne mal affermie est à votre disposition. Dieu m’a enlevé
celle de Naples ; vous pouvez reprendre celle d’Espagne.</i> »
[^9]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 11. L’original, très altéré, a été complété par la minute (Archives nationales, AF IV 879, février 1809, n° 124). [C 14798]</body> |
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