| identifiant | CG9-20098.md |
|---|
| fait partie de | correspondance |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1809/02/21 00:00 |
|---|
| titre | Napoléon à Frédéric-Auguste Ier, roi de Saxe |
|---|
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 20098. - </b>À Frédéric-Auguste I<sup>er</sup>, roi de Saxe</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 21 février 1809</h2><p>Monsieur mon frère, j'envoie à Votre Majesté
des observations sur les augmentations projetées dans l'armée du
duché de Varsovie<sup>[^1]</sup>.
Réduire les bataillons à six compagnies et les compagnies à
95 hommes est une chose contradictoire. Le premier principe
militaire est qu'un bataillon doit offrir un complet, en entrant
en campagne, de 800 hommes, afin d'avoir, après les premiers
événements, un présent sous les armes de 5 ou 600 hommes.
Un bataillon organisé au complet de 550 hommes ne
présenterait qu'un présent sous les armes de 400 hommes ;
ce bataillon serait de nulle consistance et évidemment trop
faible. Je préférerais donc voir les compagnies à 140 hommes
et les régiments à trois bataillons. Mais ici un autre
inconvénient se présente ; une administration pour
trois bataillons ou dix-huit compagnies est trop coûteuse, et
il est d'une sage économie de n'établir une administration séparée
que pour au moins vingt-cinq ou trente compagnies. Ce sont ces deux
principes qui déterminent, l'un la force des compagnies, l'autre le
nombre des bataillons qui doivent composer le corps ayant une
administration séparée. Mais, dans l'état actuel des choses, des
changements peuvent avoir quelques dangers ; il faut attendre
jusqu'à ce que la crise soit passée<sup>[^2]</sup>.
Je pense qu'il serait convenable de se borner à porter, par une
ordonnance, les compagnies existantes à 140 hommes, ce qui
augmenterait considérablement les forces du duché. Cette
augmentation exigerait sans doute de nouvelles dépenses, mais
j'autoriserais mon ministre à conclure avec ceux de Votre Majesté
une convention par laquelle je m'engagerais à supporter les frais
qu'occasionneront tous les hommes que chaque compagnie aura
au-dessus de 100 hommes. Mon opinion est qu'on pourrait proposer
à la Diète la formation des régiments à vingt-huit
compagnies et à cinq bataillons, et le nombre des régiments
à six de ligne et à deux bataillons des gardes. Mais cette
organisation devrait être ajournée jusqu'à ce que les événements
soient décidés et qu'on soit tout à fait tranquille sur les
menaces de l'Autriche.</p><p>Je désire qu'un des bataillons polonais qui
sont à Dantzig se rende à Stettin et qu'un autre de ceux qui sont à
Posen se rende à Küstrin<sup>[^3]</sup> ;
qu'un des bataillons saxons qui sont dans le duché se rende à
Stettin, et un régiment à Glogau, avec un régiment de
cavalerie ; mais le duc d'Auerstaedt<sup>[^4]</sup>,
que j'ai chargé de ces détails, en écrira au ministre de Votre
Majesté. Mon but est de composer les garnisons des places de l'Oder
de Saxons, de Polonais et de Français, afin de rendre disponible un
plus grand nombre de mes troupes. Ce sera une diminution de charges
pour le duché de Varsovie, puisque ses troupes seront entretenues et
nourries aux frais des places qu'elles occuperont.</p><p>Dans les circonstances actuelles, il paraît que
l'on entraîne l'Autriche à sa perte. Ses intelligences avec
l'Angleterre paraissent de plus en plus prouvées. L'Angleterre a
fait la paix avec la Porte par l'intermédiaire de l'Autriche, et les
Anglais ont été reçus en triomphe à Constantinople par
l'internonce<sup>[^5]</sup>,
ce qui a fort indisposé l'empereur de Russie et moi. Ce prince
m'écrit qu'il fait marcher des troupes sur les frontières de
l'Autriche. Je fais moi-même marcher sur Strasbourg des troupes que
je destinais à mon camp de Boulogne et à former une expédition
dans la Méditerranée<sup>[^6]</sup> ;
mais dans peu de mois cela se décidera, ou par le désarmement de
l'Autriche et son rétablissement sur le pied de paix, ou par la
guerre, qui sera suivie de la ruine de cette ancienne et grande
monarchie. Il est impossible de porter les Anglais à la paix tant
qu'ils auront des moyens de troubler le continent ; et le
continent ne sera pas tranquille tant que l'Autriche sera en
opposition avec nous et qu'elle fera des fortifications de campagne
et des levées de masses extraordinaires que ne peut supporter l'état
de ses finances, armements qui supposent des projets hostiles et qui
appellent des subsides de l'Angleterre. Dans tout état de choses, il
y aura un état d'armement intermédiaire qui précédera la guerre.
Je désire donc que 15 000 Polonais, infanterie, cavalerie
et artillerie, prennent position entre Varsovie et Cracovie, sur le
territoire du duché, et que les deux divisions de Saxons qui ne
seront pas employées à Stettin, Dantzig et Glogau, c'est-à-dire
environ 18 000 hommes, prennent position en avant de
Dresde. Les autres troupes de la Confédération prendront position
sur leurs limites, et mes troupes, au nombre de 200 000 hommes,
dont 120 000 hommes en Italie, seront en ligne. Je serai
moi-même de ma personne pour diriger tout<sup>[^7]</sup>.
Si le cas arrive, Votre Majesté peut être sans inquiétudes ;
on sera promptement à Prague et à Vienne<sup>[^8]</sup>.
Je ne puis rien concevoir à l'esprit de vertige et de folie qui
s'est emparé des têtes de ce pays. Tout ceci n'est qu'une suite de
la confiance que j'ai en Votre Majesté, et ne doit pas être
considéré comme avis officiel, car j'attends de voir plus clair
dans les affaires pour requérir des appels dans la Confédération,
réquisitions que je sais être coûteuses et que je ne veux faire
que lorsque j'y serai nécessairement obligé<sup>[^9]</sup>.
Je me flatte encore que, lorsque l'Autriche verra les armées
françaises et russes prêtes à envahir son territoire, elle
acceptera la garantie que l'empereur de Russie et moi lui offrons de
l'intégrité de son territoire ; qu'elle désarmera, se
replacera dans une situation tranquille et, par-là, rendra le repos
à l'Europe.<sup>[^10]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: Le roi de Saxe était également prince souverain du grand-duché de Varsovie. Voir, CG9-20089.
[^2]: La crise avec l’Autriche.
[^3]: Voir, CG9-20091.
[^4]: Davout, commandant en chef l’armée du Rhin.
[^5]: <span></span> Ambassadeur autrichien à Constantinople. L’Empire ottoman avait annoncé le 13 janvier qu’elle avait signé un traité de paix avec l’Angleterre. Voir, CG9-20162, l’article publié le 3 mars dans le <i>Moniteur </i>à propos de la paix anglo-ottomane et des « intrigues » des Autrichiens.
[^6]: Sur les projets d’expédition maritime de Napoléon au début de 1809, voir, CG9-20238. Ces troupes vont former le Corps d’observation de l’armée du Rhin réuni à Strasbourg sous le commandement de Masséna.
[^7]: Ayant appris le 12 avril que les Autrichiens ont déclenché les hostilités le 8, Napoléon quittera Paris le lendemain pour aller prendre le commandement de ses troupes.
[^8]: Vienne capitulera le 13 mai.
[^9]: Napoléon a déjà donné ses ordres : voir, CG9-20087.
[^10]: Expédition, Sächsischen Hauptstaatsarchiv (Dresde), 10026GK2760, fol. 537. Note sur l’expédition : « ouverte à Varsovie le 10 mars 1809 ». [C 14800]</body> |
|---|
| |