CG9-19976.md

identifiantCG9-19976.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1809/02/06 00:00
titreNapoléon au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG9</i> - 19976. - </b>Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 6 février 1809</h2><p>Monsieur de Caulaincourt, je reçois vos lettres des 15 et 17 janvier. Je vois avec peine que votre santé est altérée. Vous entendrez beaucoup parler de ce que j'ai nommé un nouveau grand chambellan. Cette place était incompatible avec celle de vice-grand électeur ; le prince de Bénévent<sup>[^1]</sup> d'ailleurs, continue de s'abandonner à cette insouciance, et à cette coterie de mauvaises mœurs qui l'environne, ce qui donne lieu à des commérages qui me sont peu agréables<sup>[^2]</sup>. Je crois que M. de Romanzov reste encore ici quelques jours<sup>[^3]</sup>. Nous venons de recevoir des nouvelles d'Angleterre ; nous voulons voir s'il est possible d'en tirer quelque chose. M. de Romanzov les envoie à l'Empereur<sup>[^4]</sup>. Ma dernière conscription de 80 000 hommes<sup>[^5]</sup> sera toute sur pied avant quinze jours, de sorte que j'aurai en Allemagne autant de troupes qu'avant que j'en eusse retiré pour mon armée d'Espagne. En Italie, je vais avoir une armée la plus forte que j'aie eue<sup>[^6]</sup>. Je vous ai mandé que la conduite de l'Autriche m'avait empêché de former mes camps de Boulogne, de Brest et de Toulon. Ces trois camps eussent porté l'épouvante en Angleterre, parce que j'aurais menacé toutes ses colonies<sup>[^7]</sup>. L'Autriche devient tous les jours de plus en plus bête ; et je suis persuadé qu'il y aura impossibilité de faire du mal à l'Angleterre, sans obliger d'abord cette puissance à désarmer.<sup>[^8]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napol</i></h3><h4 style=""><br/> <br/> </h4> [^1]: Talleyrand. [^2]: <span></span> Napoléon, en Espagne, avait été informé des intrigues de Talleyrand et Fouché qui, à Paris, évoquaient déjà un possible changement de régime. Napoléon, après son retour, fit comme si de rien n’était avec son ministre de la Police, tombant en revanche à bras raccourcis sur Talleyrand en plein conseil, le 28 janvier. Le lendemain, Talleyrand était démis de ses fonctions de grand-chambellan, qu’il exerçait depuis 1804 concurremment avec celles de vice-grand-électeur. Le <i>Moniteur </i>rendit publique la décision de l’Empereur le lendemain : « La place de grand chambellan étant devenue vacante par la promotion de M. le prince de Bénévent à la dignité de vice-grand-électeur et Son Altesse n’ayant géré cette charge depuis cette époque que par intérim, Sa Majesté a nommé grand chambellan M. de Montesquiou, membre du Corps législatif. » [^3]: Romanzov, ministre des Affaires étrangères du tsar, avait annoncé son départ pour Saint-Pétersbourg (voir, CG9-19973). [^4]: <span></span> Alexandre I<sup>er</sup>. [^5]: <span></span> Le 10 septembre 1808, un sénatus-consulte a mis à la disposition de l’armée 80 000 conscrits des classes 1806-1809 qui avaient été épargnés par le tirage au sort et 80 000 autres, appelés par anticipation, de la classe 1810. Un décret impérial du 1<sup>er</sup> janvier 1809 a précisé les modalités d’application de ce sénatus-consulte. [^6]: <span></span> Napoléon espérait pouvoir bientôt compter en Italie sur 150 000 hommes (Correspondance générale, vol. 8, n<sup>os</sup> 19650, 19714). [^7]: <span></span> Napoléon a entrepris de constituer plusieurs grands rassemblements, à Flessingue, Boulogne, Brest et Toulon. Tandis qu’une partie de la flotte attaquerait en Méditerranée, sans doute en Sicile, peut-être même en Égypte, une autre s’échapperait dans l’Atlantique pour prendre la route, soit de l’Inde, soit des Antilles (Correspondance générale, vol. 8, n<sup>os</sup> 19725). La menace de guerre avec l’Autriche se précisant, comme on le voit dans la suite de cette lettre, Napoléon sera contraint de renoncer à ses projets, puisqu’une grande partie des contingents d’infanterie qu’il avait prévu d’embarquer à bord de ces diverses escadres devait désormais être envoyée en Allemagne. Finalement, ce plan grandiose (Napoléon y revient dans une lettre du 23 février à Caulaincourt, voir, CG9-20105), grâce auquel il espère causer aux Anglais des dommages non négligeables, se réduira à une expédition en direction des Antilles (voir, CG9-19993). Mais la flotte qui en sera chargée ne réussira pas à quitter les côtes françaises. Le 12 avril 1809, l’escadre à l’ancre dans la rade d’Aix sera presque entièrement détruite par une flotte anglaise. Seuls les navires partis de Lorient réussiront à atteindre les Antilles, mais trop peu nombreux, ils rentreront à Brest sans avoir rien pu faire : la Guyane capitule en janvier 1809, la Martinique en février, la Guadeloupe résistant encore jusqu’en mars 1810. C’en sera dès lors fini des actions navales d’envergure. [^8]: Expédition, Archives nationales, fonds Caulaincourt, 95 AP 34.</body>