CG8-19873.md

identifiantCG8-19873.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1809/01/16 00:00
titreNapoléon à Joseph, roi d’Espagne
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 19873. - </b>à JOSEPH, roi d’espagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Valladolid, 16 janvier 1809, 9 h. du matin</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon frère, je reçois votre lettre du 14. Je suppose que la députation arrive aujourd’hui ; je la recevrai aussitôt<sup>[^1]</sup>.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Votre correspondance est sèche et ne dit jamais rien<sup>[^2]</sup>. Il me semble que vous auriez dû m’écrire aussitôt que cette députation est partie et m’envoyer le nom de ceux qui la composent. Je vous envoie des officiers d’ordonnance, et vous m’en renvoyez trois à la fois. Il était plus naturel de ne me les renvoyer que l’un après l’autre, à vingt-quatre heures de distance. Par ce moyen, je n’aurais pas été soixante heures sans nouvelles, ce qui m’a fait craindre un moment que la communication n’ait été interrompue par quelques brigands.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il ne faut pas m’écrire que vous avez reçu telle lettre et que tout ce qu’elle prescrit est exécuté. Il faut me répéter le détail de tout ce que vous avez exécuté. Par ce moyen, je me trouverai avoir présent sous les yeux les ordres qui ont été donnés, l’exécution des mesures, et je peux voir s’ils ont été bien entendus.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Montesquiou<sup>[^3]</sup> a dû vous arriver. Vous recevrez incessamment l’instruction qu’a faite le major général<sup>[^4]</sup>. Les nouvelles de <i>Galice</i><sup>[^5]</sup> sont que le duc de Dalmatie<sup>[^6]</sup> va tous les jours en avant et ramasse toujours des débris anglais<sup>[^7]</sup>.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il n’y a pas de nouvelles de Saragosse ; cependant on ne peut tarder à en recevoir. Cette place a été investie le 22<sup>[^8]</sup> ; ainsi voilà bientôt un mois qu’ils auront eu pour préparer les mines. Un système de mines est une chose fort longue. L’état-major d’artillerie et du génie est parti hier <i>pour Madrid</i> ; il y a des mineurs, des sapeurs et des outils.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le régiment d’Arenberg, qui est le 27<sup>e</sup> chasseurs, restera, quelques jours, à Rio Seco pour s’y reposer et sera ensuite dirigé sur Madrid ; ce régiment est fort de 1 000 chevaux et de 1 000 hommes ; il est presque en entier composé de Belges.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La cour des alcades de Madrid a acquitté ou seulement condamné à la prison les 30 coquins que le général Belliard<sup>[^9]</sup> avait fait arrêter. Il faut les faire juger de nouveau par une commission militaire […] et faire fusiller les coupables. Donnez ordre sur-le-champ que les membres de l’Inquisition et ceux du conseil de Castille, qui sont détenus à la Porcelaine, soient transférés à Burgos, ainsi que les 100 coquins que Belliard a fait arrêter.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Les cinq sixièmes de Madrid sont bons ; mais les honnêtes gens ont besoin d’être encouragés, et ils ne peuvent l’être qu’en les protégeant contre la canaille. Ici ils ont fait l’impossible pour obtenir la grâce des bandits qui ont été condamnés. J’ai refusé, j’ai fait pendre, et j’ai su depuis qu’au fond du cœur, on avait été bien aise de n’avoir pas été écouté. Je crois nécessaire que, dans les premiers moments surtout, votre gouvernement montre un peu de vigueur contre la canaille. La canaille n’aime et n’estime que ceux qu’elle craint, et la crainte de la canaille peut seule vous faire aimer et estimer de toute la nation.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je vous envoie le duplicata de mes lettres d’hier et différentes lettres interceptées. Recommandez bien qu’aussitôt qu’on entrera à Salamanque, on ai à vous envoyer les lettres et paquets. Bien des nouvelles disent que Florida-Blanca est mort<sup>[^10]</sup>, et c’est à cela que l’on attribue que les lettres ne soient signées que d’un secrétaire de la prétendue junte.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Aussitôt que je serai parti<sup>[^11]</sup> et que vous aurez reçu les lettres du major général, je crois que vous feriez bien d’envoyer un de vos officiers en Galice auprès du duc de Dalmatie, pour vous rapporter ce qui s’y passe. Je ne pense pas que le maréchal Victor doive trop s’éloigner du Tage ; vous savez que le chemin pour Valence est par Almanza, en faisant un tour sur la droite.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ordonnez qu’on s’occupe sur-le-champ des travaux ordonnés sur les hauteurs du palais à droite du château. C’est une garantie donnée au palais, aux casernes des gardes du corps et aux autres casernes et le bon sens et l’expérience du passé prouvent que la population de Madrid ne sera jamais sage que lorsqu’elle sera bien tenue. Faites mettre sur les hauteurs du Retiro des pièces de 24 et des mortiers ; cela rendra la ville souple et douce, et sera d’un résultat incalculable pour chacun. Il faut au Retiro 12 mortiers de 12 pouces au Retiro, et autant sur les hauteurs du palais. La prise de Saragosse vous en donnera de disponibles et enfin vous pourriez en faire venir de la Galicie.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ma cavalerie va s’augmentant tous les jours les routes sont couvertes de détachements qui viennent des dépôts de France pour les recruter. De plus, il vous arrive 4 régiments qui sont partis d’Allemagne forts de 7 à 800 chevaux.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Surtout ne vous laissez pas manquer d’argent, et, s’il le faut, exigez des emprunts des villes, des corporations, des provinces. Il y a beaucoup d’argent en Espagne ; ils en trouvaient bien pour leur révolte ! </p><p style="margin-bottom: 0cm">Si ma présence devenait nécessaire ici, je suis porté à penser que je pourrais être de retour pour le 20 février, et que je pourrais encore passer ici les mois de mars et d’avril<sup>[^12]</sup>. Vous savez que je n’aime pas habiter dans les villes ; donnez ordre qu’on garde Chamartin pour moi, tant la maison que j’habitais que l’autre qui est en face. Qu’on y mette des gardes et des concierges, afin que je puisse y descendre à mon retour.<sup>[^13]</sup></p><h3 class="style-titre-4-+-italique-western" data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Nap</h3> [^1]: Il s’agit d’une députation madrilène chargée de porter à Napoléon la notification du serment de fidélité prêté à Joseph. Napoléon la recevra le soir du 16 janvier et lui fera lire par Hédouville un discours sur la politique espagnole qu'il entend désormais mener. [^2]: C’est notamment le cas de la lettre écrite par Joseph le 14 janvier : « Sire, j’ai reçu les lettres de Votre Majesté du 11 et du 12. Je n’ai pas de nouvelles du maréchal Victor. J’en attends à tout moment. Toutes les autres dispositions prescrites par V.M. s’exécutent. La députation de Madrid doit être arrivée à Valladolid ; il serait important que les nouvelles de Saragosse et de Victor coïncidassent avec le retour de cette députation et mon entrée à Madrid dont je m’occupe. Je suis etc. » [^3]: Voir ci-dessus, n° 19856. [^4]: Berthier. [^5]: « Dalmatie » barré par Napoléon. [^6]: Soult. [^7]: Le corps expéditionnaire anglais rembarque ce même jour à La Corogne. [^8]: Assiégée depuis le 23 décembre 1808, la ville capitulera le 21 février 1809. [^9]: Gouverneur de Madrid. [^10]: José Moñino y Redondo, comte de Floridablanca, est décédé le 30 décembre 1808. [^11]: Napoléon quittera Valladolid le 17. [^12]: Napoléon a déjà assuré à son frère qu’il serait bientôt de retour en Espagne, où il ne reviendra jamais (voir ci-dessus, n° 19856). [^13]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 11. </body>