| identifiant | CG8-19788.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1809/01/11 00:00 |
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| titre | Napoléon à Joseph, roi d’Espagne |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 19788. - </b>À Joseph, roi d’Espagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Valladolid, <i>11 janvier</i> 1809, <i>à midi</i></h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon frère, je reçois
votre lettre du 8 janvier. J’espère que le maréchal Victor se
sera mis en marche le 9<sup>[^1]</sup>.
Vous aurez vu par ma lettre d’hier et par les ordres qui vous ont
été envoyés avant-hier que je désirais que la division Dessolle
se reposât à Madrid<sup>[^2]</sup>.
Si le maréchal Victor avait besoin d’être soutenu, ce que je ne
puis pas croire, il pourrait être soutenu par le général Valence.
Mais avec l’infanterie qu’il a, la division Latour-Maubourg, le
26<sup>e</sup> de chasseurs et le 2<sup>e</sup> de hussards, il a dix
fois ce qu’il faut. Cependant, un millier d’hommes placés à
Aranjuez pour garder le pont et maintenir la communication pourrait
être utile. J’y avais destiné la brigade hollandaise, mais
depuis, elle a eu ordre de se rendre avec la division Leval à
Talavera de la Reina. Alors un des régiment du général Valence qui
sont arrivés depuis plusieurs jours à Tolède, étant reposés,
peut avec 3 ou 400 hommes de cavalerie se porter sur les derrières
du maréchal Victor et garder les communications.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je pense que vous avez
bien fait de ne pas aller au corps d’expédition contre
l’Infantado<sup>[^3]</sup>.
Cette expédition n’a pas un but certain ; l’Infantado se
retirera sur Valence, et l’issue n’en produira rien. Vous auriez
donc mal fait de vous y poster. Puisque vous avez le désir bien
naturel d’assister à une expédition, celle où vous devez vous
trouver est celle d’Andalousie ; mais elle ne peut pas se
faire avant vingt jours d’ici. Alors, avec deux bons corps formant
une quarantaine de mille hommes, vous surprendrez l’ennemi par une
route inattendue, et vous le soumettrez. C’est l’opération qui
finira les affaires d’Espagne ; je vous en réserve la
gloire<sup>[^4]</sup>.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Faites faire une tête
de pont à Almaraz<sup>[^5]</sup>.
Procurez-vous des bœufs ou des mulets pour atteler un équipage de
<i>12</i> pièces de 24 <i>c</i>. Écrivez à Somosierra pour faire
venir les six pièces qui y sont encore. Faites mettre sur des
charrettes les mortiers. Ce petit équipage vous est nécessaire pour
prendre Séville.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La copie de la lettre
du sieur Fréville<sup>[^6]</sup>
serait juste si ces bleds <i>étaient destinés à nous, mais puisque
ils sont donnés justement, parce qu’ils n’appartiennent avant
tout à l’armée</i> [<i>sic</i>], il faut d’abord les prendre.
Je fais écrire dans ce sens à l’intendant. Je verrai avec plaisir
que tout ce qui a été pris aux <i>rebelles</i><sup><i>[^7]</i></sup><i>
</i>soit employé aux besoins de l’armée.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je suis obligé de me
tenir à Valladolid pour recevoir les estafettes de Paris en cinq
jours. Les événements de Constantinople<sup>[^8]</sup>,
la situation actuelle de l’Europe, la nouvelle formation de mon
armée en Italie, de Turquie et du Rhin veulent que je ne m’éloigne
pas davantage<sup>[^9]</sup>.
C’est bien à regret que je me suis vu forcé de partir d’Astorga<sup>[^10]</sup>.
Il y a à Madrid un millier d’hommes appartenant à ma Garde.
Envoyez-les-moi.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Voici les dernières
nouvelles de Galice ; on n’a eu aucune espèce de nouvelles de
La Romana.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La plupart des colonels
ont licencié leurs troupes, une partie file sur l’Andalousie, les
autres s’en vont avec les Anglais. Les canonniers espagnols n’ont
pas voulu remettre leurs canons aux Anglais. Le 8, l’ennemi
occupait par une arrière-garde Lugo. Le duc de Dalmatie<sup>[^11]</sup>
était depuis le 6 en présence. L’infanterie est arrivée le 7. La
division Marchand<sup>[^12]</sup>
était à mi-chemin de Villa Franca à Astorga pour soutenir le duc
de Dalmatie.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous pouvez faire votre
entrée à Madrid, quand vous le jugerez convenable.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je suppose
qu’aujourd’hui 11, le duc de Dantzig sera arrivé<sup>[^13]</sup> ;
que le 13, Talavera de la Reyna sera occupé, et qu’à la même
époque, Victor aura éloigné et dissipé les craintes ridicules
qu’inspire l’Infantado. Si cela est, vous pouvez faire votre
entrée le 14<sup>[^14]</sup> ;
que toutes les troupes soient sous les armes, et que les habitants
viennent vous recevoir dehors avec les cérémonies d’usage. Allez
occuper le palais ; laissez-y un appartement pour moi dans le
cas où cela ne vous gênerait pas trop.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ne vous exposez à
aucun événement militaire, hormis l’expédition d’Andalousie
qui ne peut être faite qu’après les pluies. Que faut-il
préparer ? Du biscuit, et l’équipage des pièces de 24 et de
mortiers. Occupez-vous de cela tous les jours ; cette opération
aura de l’éclat. Pour le biscuit, il vous faut 300 000
rations. Faites-en faire à Tolède, et à Talavera. J’ai 300
caissons de transports militaires qui les porteront. Aussitôt que la
division Lapisse aura fini à Zamora<sup>[^15]</sup>,
je le ferai marcher sur Salamanque qui est encore en révolte et où
il y a trois ou quatre mille hommes.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Faites donc pendre une
douzaine d’individus à Madrid ; il n’y manque point de
mauvais sujets, sans cela, il n’y aura rien de fait<sup>[^16]</sup>.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Les 3 000
prisonniers espagnols qui sont à Valladolid ont fort dégrisé ce
pays-ci par leur présence et par leurs propos. Les prisonniers
anglais arrivent par gros convois.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je vous recommande la
province d’Avila. Envoyez-y un intendant. Ce misérable Pignatelli
n’a pas dix hommes avec lui. Un bataillon de 400 hommes du régiment
Royal-Étranger fera là merveille<sup>[^17]</sup>.
Cela servira d’ailleurs à établir la correspondance entre Madrid
et Salamanque, lorsque la division Lapisse sera arrivée dans cette
ville.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il paraît que le
chargé d’affaires d’Espagne qui était à Vienne<sup>[^18]</sup>
a quitté cette ville et s’est en allé par Trieste. Il serait
essentiel que vos ministres ne jetassent pas l’argent pour payer
vos agents à l’étranger, hormis celui qui est en Russie qui se
comporte bien.<sup>[^19]</sup></p><h3 class="style-titre-4-+-italique-western" data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: Victor avait reçu l’ordre de se porter sur la rive gauche du Tage. Voir CG8-19694.
[^2]: Elle est arrivée à Madrid le 9 janvier.
[^3]: Le duc de l'Infantado, commandant l'armée du centre, qui sera battu par Victor le 13 janvier à Uclés.
[^4]: Napoléon a prévu que, les Anglais ayant été rejetés à la mer à La Corogne par Soult, celui-ci attaquerait par le Portugal par le Nord et marcherait sur Porto et Lisbonne afin de fermer aux Anglais leur dernier accès à la péninsule. Les Anglais bloqués dans le réduit portugais, il serait inutile de déployer les grands moyens contre les débris des armées espagnoles encore présents dans le nord de l’Espagne, puisque toute jonction entre eux et des secours anglais deviendrait impossible. Le maréchal Victor attaquerait alors l’Andalousie, seule région échappant encore totalement à l’autorité française.
[^5]: Pont stratégique permettant le franchissement du Tage.
[^6]: Villot de Fréville, auditeur au Conseil d’État, l’un des représentants officieux de Napoléon auprès de Murat et Savary, puis de Joseph. Il est plus particulièrement chargé de la "guerre psychologique" au travers de la presse.
[^7]: <span></span> Rayé : <i>insurgés</i>.
[^8]: Voir CG8-19684.
[^9]: Napoléon n'informe pas son frère qu’il a déjà pris la décision de quitter l’Espagne.
[^10]: <span></span> Le 1<sup>er</sup> janvier, Napoléon avait pris, de Benavente, la route d’Astorga pour rejoindre les troupes lancées à la poursuite des Anglais sur la route de La Corogne. Il avait atteint Astorga le lendemain, mais ayant reçu de Paris des courriers l’informant des armements autrichiens et des intrigues ourdies en son absence par Fouché et Talleyrand, il avait décidé, le 3 janvier, de rétrograder sur Benavente et de se porter à Valladolid, d’où il pourrait plus facilement organiser son retour à Paris. Le 6 janvier, il était arrivé à Valladolid.
[^11]: <span></span> Soult (2<sup>e</sup> corps) lancé à la poursuite des Anglais vers la Corogne.
[^12]: <span></span> 1<sup>re</sup> division du 6<sup>e</sup> corps (Ney).
[^13]: Le 8 janvier, Joseph informait Napoléon que Lefebvre se dirigeait sur Aranjuez. Il prévoyait qu’il atteindrait Tolède le 11, où il renforcerait les divisions Lasalle et Valence qui surveillaient l'armée du duc de l'Infantado.
[^14]: Joseph rentrera dans Madrid le 22 janvier.
[^15]: Voir la lettre suivante.
[^16]: Napoléon jugeait que le général Belliard, gouverneur militaire de Madrid, ne faisait pas assez d’exemples : Voir CG8-19735.
[^17]: Régiment commandé par le colonel Hugo.
[^18]: V. Haegele publie « Vicence ». Il s'agit du chargé d'affaires à Vienne, Diego de La Cuadra y Lopez de La Huerta, qui a quitté son poste après avoir refusé de prêter serment à Joseph. Voir CG8-19856.
[^19]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 11. [C 14684]</body> |
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