CG1-0811.md

identifiantCG1-0811.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1796/07/22 00:00
titreNapoléon à Joséphine
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 811. - </b>À Joséphine</h1><p style="text-align: center"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" lang="en-GB" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Castiglione del Stivere, 4 thermidor an IV [22 juillet 1796]</h2><p style="text-align: right">10 heures du soir</p><p><br/> </p><p>J’expédie un courrier à Paris  ; il prendra en passant tes dépêches. Despinoy, qui arrive, m’assure que ta santé est rétablie. Quoique tu me l’aies écrit, les détails qu’il y a joints m’ont rempli de joie. Te voilà bien rétablie, mon adorable Joséphine ; je brûle de plaisir de te voir. Il m’a aussi appris que Dubayet[^1] et ses aimables aides de camp étaient arrivés à Milan !... Tu dois avoir reçu le courrier que je t’ai expédié ce matin. Je compte tous les instants jusqu’au 7 ; il faut encore trois jours. Je pars dans une heure pour voir différents postes de mon armée ; et le 7, je sais bien qui sera le plus exact au rendez-vous ! Murat est malade ; la déesse du bal, M<sup>me</sup> Ruga, lui a proprement donné une galanterie. Je l’ai envoyé à Brescia ; il est furieux : il veut mettre son aventure dans les gazettes. Je te prie de communiquer cet article à Joseph, et de lui conseiller de s’en tenir à sa Julie[^2] ; il en sera plus raisonnable et plus sain. D’autres personnes de l’état-major se plaignent de M<sup>me</sup> Visconti[^3]. Bon Dieu ! quelle femme ! quelles mœurs ! Je te fais mon compliment franchement et sans serrement de cœur : l’on dit que le jeune Caulaincourt[^4] t’a rendu visite à 11 heures du matin, et tu ne te lèves qu’à une heure. Il avait à te parler de sa sœur, de sa maman ; il fallait prendre l’heure la plus commode. La chaleur est excessive ; <u>mon âme est brûlée</u>. Je commence à me convaincre que, pour être sage et se bien porter, il ne faut pas sentir et ne pas se livrer au bonheur de connaître l’adorable Joséphine. Tes lettres sont froides ; la chaleur du cœur n’est pas à moi ; <u>pardi</u>, je suis le mari, un autre doit être l’amant : il faut être comme tout le monde. Malheur à celui qui se présenterait à mes yeux avec le titre d’être aimé de toi !... Mais, tiens, me voilà jaloux. — Bon Dieu ! Je ne sais pas ce que je suis ! Mais, ce que je sais bien, c’est que sans toi il n’est plus ni bonheur, ni vie... Sans toi, <u>entends-tu</u> ? C’est-à-dire toi tout entière. S’il est un sentiment dans ton cœur qui ne soit pas à moi, s’il en est un seul que je ne puisse connaître, ma vie est empoisonnée, et le stoïcisme mon seul refuge. Dis-moi que... aime-moi, reçois les mille baisers de l’imagination, et tous les sentiments de l’amour.</p><p>Le 7 à Brescia, n’est-ce pas ?[^5]</p><p><br/> </p><p style="text-align: right; margin-top: 0.49cm; margin-bottom: 0.49cm"><i>Bonaparte</i></p> [^1]: Aubert-Dubayet, ancien ministre de la Guerre, nommé ambassadeur à Constantinople, rejoignant son poste par voie de terre. [^2]: Bien que marié depuis 1794 à Julie Clary, Joseph Bonaparte a de nombreuses maîtresses. [^3]: Guiseppina Carcano Visconti, comtesse Sopransi (1760-1840), dame de la société milanaise qui est notamment la maîtresse de Berthier. [^4]: Armand-Augustin-Louis de Caulaincourt fait partie de l’ambassade d’Aubert-Dubayet. Son père avait été très lié à Alexandre de Beauharnais. [^5]: <span></span><i>Mémoires d’une contemporaine ou souvenirs d’une femme sur les principaux personnages de la République, du Consulat, de l’Empire, etc.</i>Paris : Ladvocat, 1827, t. II p. 389-391.</body>
auteurs
destinataire