CG1-0806.md

identifiantCG1-0806.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1796/07/22 00:00
titreNapoléon au Directoire exécutif
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 806. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Castiglione, 4 thermidor an IV [22 juillet 1796]</h2><p><br/> </p><p>Le 28[^1], à deux heures du matin, 1 500 hommes de la garnison de Mantoue sortaient par la porte de Cerese, dans le même temps que 3 000 hommes sortaient par la porte Pradella. Tous nos avant-postes se retirèrent. L’ennemi était à une portée de pistolet de nos batteries, qu’il espérait déjà enlever ; mais le brave 5<sup>e</sup> bataillon de grenadiers était là. Les généraux Fiorella et Dallemagne[^2] placent leurs troupes, saisissent le moment favorable, attaquent l’ennemi, le mettent en désordre et le conduisent, après deux heures de combat, jusqu’aux palissades de la ville. La perte de l’ennemi est de 5 à 600 hommes.</p><p>Le 29, je comptais faire embarquer 800 grenadiers, et j’espérais pouvoir m’emparer d’une porte de la ville ; mais les eaux ayant diminué, dans vingt-quatre heures, de plus de trois pieds, il n’a pas été possible de tenter ce coup de main.</p><p>Le 30, à onze heures du soir, le général Sérurier ordonna au général Murat et à l’adjudant général Vignolle, avec 2 000 hommes, d’attaquer la droite du camp retranché des ennemis, dans le temps que le général Dallemagne, à la tête d’une bonne colonne, attaquait la gauche. Le chef de bataillon d’artillerie Andréossy, officier du plus grand mérite, avec cinq chaloupes canonnières qu’il avait armées, alla donner à l’ennemi une fausse alerte ; et, dans le même temps qu’il attirait sur lui tous les feux de la place, les généraux Dallemagne et Murat remplissaient leur mission, et portaient dans les rangs ennemis le désordre et l’épouvante. Le chef de brigade du génie, Chasseloup, traça, pendant ce temps, à quatre-vingts toises de la place, l’ouverture de la tranchée, sous le feu et la mitraille de l’ennemi. Au même instant, les batteries de Saint-Georges, de Pradella et de la Favorite, les deux premières composées de six pièces de gros calibre et à boulets rouges, et de six mortiers, la dernière, de huit pièces, destinée à rompre la communication qui conduit de la citadelle à la ville, commencèrent à jouer contre la place. Dix minutes après, le feu se manifesta de tous côtés dans la ville ; la douane, le palais Colloredo, et plusieurs couvents ont été entièrement consumés. À la pointe du jour, la tranchée n’était que faiblement tracée ; l’ennemi réunissait une partie de ses forces et cherchait à sortir, sous le feu terrible des remparts ; mais nos intrépides soldats, cachés dans des ravins, derrière des digues, postés dans toutes les sinuosités qui pouvaient un peu les abriter de la mitraille, les attendaient de pied ferme et sans tirer. Cette morne constance seule déconcerta l’ennemi, qui rentra dans ses murs.</p><p>La nuit suivante, l’on a perfectionné la tranchée, et dans la nuit de demain, j’espère que nos batteries seront armées et prêtes à tirer.</p><p>Notre perte, jusqu’à cette heure, se monte à peu près à 80 hommes tués et 140 blessés. Nous ne connaissons pas celle de l’ennemi.</p><p>Je ne vous parlerai point de la conduite de l’intrépide général Sérurier, dont la réputation militaire est établie, et à qui nous devons, entre autres choses, depuis la campagne, le gain de la bataille de Mondovi. Le chef de brigade du génie Chasseloup, le chef de bataillon Sanson[^3] et le chef de bataillon d’artillerie Muiron, donnent, tous les jours, des preuves de talent, d’activité et de courage, qui leur acquièrent des titres à la reconnaissance de l’armée et de la patrie.</p><p>Toutes les troupes montrent une patience et un courage qui donnent l’audace de concevoir les entreprises les plus hardies.</p><p>La chaleur est excessive ; nous avons plus de 5 000 malades. Les dix bataillons qui doivent arriver de l’armée de l’Océan ne forment en tout que 4 000 hommes. Nous assiégeons Mantoue avec 9 000 hommes et il y a au moins 9 000 hommes de garnison. Les soldats restent à la tranchée comme au camp, c’est-à-dire perpétuellement ; cela n’est pas encore bon à dire.</p><p>Le chef de bataillon Dupas, qui commande le brave 5<sup>e</sup> bataillon de grenadiers, est le même qui a passé, le premier, sur le pont de Lodi. Vous trouverez ci-joint la sommation que j’ai faite au gouverneur de Mantoue et sa réponse.[^4]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3> [^1]: 28 messidor, 16 juillet. [^2]: Claude Dallemagne (1754-1813), général de brigade (1794), il sert dans la division Masséna à l’armée d’Italie et commande ensuite plusieurs places dont Ancône, à partir de juin 1797. [^3]: Nicolas-Antoine Sanson (1756-1824), officier supérieur du génie, spécialiste des sièges, il sert à l’armée d’Italie. [^4]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 783, d’après la collection Napoléon.</body>