CG8-19623.md

identifiantCG8-19623.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1808/12/22 00:00
titreNapoléon à Joseph, roi d’Espagne
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 19623. - </b>À Joseph, roi d’Espagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Chamartin, 22 décembre 1808</h2><p>Mon frère, le major général a dû vous envoyer vos ordres et vous faire connaître l’emplacement et la force des différents corps qui restent dans votre commandement pour la ville de Madrid.</p><p>Je vous envoie différentes notes que je désire que vous lisiez avec attention pour vous servir de règle<sup>[^1]</sup>.</p><p>Envoyez un général de brigade de votre suite à Guadalajara<sup>[^2]</sup>, pour prendre le commandement du corps qui s’y trouve et vous instruire directement de ce qui se passe. Si la division Ruffin<sup>[^3]</sup> n’était pas arrivée ce soir, envoyez sur le chemin de Tolède pour savoir pourquoi elle n’arrive pas.<sup>[^4]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Np</i></h3><p>Instructions :</p><p>L’Empereur est parti avec une force égale à celle qu’il laisse sous le commandement du roi, mais un peu inférieure en cavalerie, pour se porter sur Valladolid.</p><p>Les coureurs doivent être aujourd’hui à Medina del Campo, et le maréchal Ney<sup>[^5]</sup> doit avoir son quartier général à Arévalo.</p><p>L’Empereur sera probablement cette nuit à Villacastin.</p><p>La manœuvre des Anglais est extraordinaire. Il est prouvé qu’ils ont évacué Salamanque. Il est probable qu’ils ont fait venir leurs bâtiments de transport au Ferrol<sup>[^6]</sup>, pensant qu’il n’y avait pas de sûreté pour eux à se retirer sur Lisbonne, vu que de Talavera nous pouvons nous porter sur la rive gauche du Tage et leur fermer ce fleuve. Peniche<sup>[^7]</sup> d’ailleurs n’a pas de rade. Avec toute la cavalerie qu’ils ont, ils pensent ne pouvoir s’embarquer que dans un bon port et sous la protection d’une place forte. Tout porte donc à penser qu’ils évacuent le Portugal et qu’ils portent leur ligne d’opération sur le Ferrol, qui leur offre ces avantages.</p><p>Mais, en faisant ce mouvement de retraite, ils peuvent espérer de faire essuyer un échec au corps du maréchal Soult<sup>[^8]</sup>, et ils ne se sont décidés que lorsqu’ils se sont assurés une bonne retraite et pris leur direction naturelle sur la droite du Duero. 1° Ils peuvent ainsi avoir fait ce raisonnement : si les Français s’engagent dans Lisbonne, nous évacuerons sur Oporto et nous serons encore dans notre ligne d’opération du Ferrol. 2° Ils peuvent avoir l’espoir de recevoir de nouveaux renforts. Mais, quel que soit le projet des Anglais, il va donner lieu à des événements qui auront une grande influence sur la finale de toutes les affaires.</p><p>Le seul but réel du roi doit être de garder Madrid. Tout le reste est de peu d’importance. Tous les débris des armées espagnoles même ne peuvent faire face devant les 8 000 hommes de cavalerie qui sont laissés au roi.</p><p>Dans la position qu’occupe l’armée qui couvre Madrid, elle garde le Tage, la droite appuyée à Talavera et la gauche du côté de sa source, en avant de Guadalajara. L’ennemi ne peut venir que par l’Estrémadure ; et le duc de Dantzig<sup>[^9]</sup> a le double de forces qu’il lui faut contre lui. Si, selon l’ordre que j’ai donné, il le bat dans la journée du 24 et l’éparpille bien, son corps deviendra entièrement disponible. Après l’affaire, il doit faire une tête de pont a Almaraz, y laisser la division Lasalle<sup>[^10]</sup> et quelques compagnies de voltigeurs, et revenir avec son infanterie sur Talavera, pour aider aux manœuvres générales que commandera l’Empereur à Avila et Ciudad-Rodrigo, ou bien à Tolède et Madrid, par les ordres du roi, pour venir au secours de la capitale.</p><p>L’ennemi peut venir d’Andalousie. Nos postes ont été au Manzanares. La plaine est nue, et tout peut se borner de ce côté à repasser la Sierra-Morena. Au pis-aller, le maréchal Victor, avec la division Latour-Maubourg, les divisions Ruffin et Villatte, aurait de quoi faire face à ce qui pourrait venir, soit du côté de l’Andalousie, soit du côté de Tarancón par Cuenca. Il paraît y avoir de ce côté plus de mouvements, et il y a là une division qui couvre Valence et qui est dans les montagnes de Cuenca. On pense que le maréchal Victor doit donner quelques compagnies de voltigeurs à la brigade de dragons qui est à Tarancón. La position d’Aranjuez est très bonne. C’est le vrai point pour s’opposer à ce qui viendrait, soit du côté de Cuenca, soit du côté d’Andalousie.</p><p>Il ne serait pas prudent de laisser Madrid avec la division Leval<sup>[^11]</sup> ; et, la division Ruffin<sup>[^12]</sup> se portant pour soutenir le maréchal Victor, il faudrait que le corps du duc de Dantzig rétrogradât de deux marches sur Madrid ; et même, après le combat qu’il va livrer, on lui aurait donné cet ordre, si d’un côté on n’avait pensé qu’on serait assez à temps et que les événements qui vont se passer d’ici à peu de jours changeraient la face des affaires, et de l’autre si un mouvement rétrograde n’était pas toujours d’un mauvais effet. Si Talavera était évacué et que l’ennemi y rentrât, ce serait sans doute d’un mauvais effet. Cependant cette considération ne devrait pas arrêter, s’il y avait nécessité, mais elle n’existera pas tant que l’Empereur laissera ces forces à Madrid.</p><p>Quant à Madrid, il y a cinq pièces courtes avec affût ; il faut les mettre en batterie. On a travaillé aux fortifications ; il est essentiel d’y faire travailler avec activité. Il faut placer les établissements et magasins dans la Porcelaine<sup>[^13]</sup>, activer la confection de l’habillement et veiller à ce que le Retiro soit prêt pour 4 à 5 000 hommes pendant un mois. Si le génie fait son devoir et est secondé, dans dix jours les 3 000 Allemands, avec un commandant ferme<sup>[^14]</sup>, doivent pouvoir s’enfermer dans la Porcelaine et être en état d’y tenir dix jours contre toutes les forces de l’Espagne réunies, en attendant qu’on vienne les dégager.</p><p>Le roi, en passant du Pardo par le dehors de la ville, fera bien d’aller voir les magasins ; et, dans deux ou trois jours, il pourra aller voir le palais, toujours en passant par le dehors de la ville.</p><p>Il faut faire continuer la signature du registre comme à l’ordinaire, poursuivre l’exécution des mesures ordonnées par l’Empereur avec la plus grande activité, telles le placement des meubles provenant des maisons des condamnés<sup>[^15]</sup>, dans le Retiro, et la recherche de leurs biens, presser les confections d’habillements et organiser les magasins au Retiro.</p><p>Quant à l’habillement des troupes du roi, l’Empereur a ordonné que 1 200 vestes et culottes rouges, chapeaux, etc., fussent mis à la disposition du général Saligny<sup>[^16]</sup> pour habiller le bataillon espagnol étranger ; que 400 vestes blanches, 400 culottes bleues, chapeaux, etc., fussent remis à l’Escurial pour les recrues de la Garde royale. On peut les prendre dès aujourd’hui et en habiller ces recrues, afin que ce corps de l’Escurial ait une tournure. On suppose qu’ils sont déjà habillés et armés. Si cela est ainsi, ils pourraient déjà rendre des services au moins pour maintenir les communications, surtout s’ils ont des officiers et des sous-officiers de la Garde. On pourrait donc mettre 150 hommes au Puerto de Guadarrama<sup>[^17]</sup>, 150 à la poste, où est le piquet de gendarmerie, 150 à moitié chemin de Guadarrama à Villacastin et 150 à Villacastin ; ce qui ferait 600 hommes. </p><p>Le roi pourrait encore faire mettre 150 hommes et une demi compagnie de cavalerie à mi-chemin entre Guadarrama et Ségovie, afin d’avoir fréquemment des nouvelles de cette ville, où doivent être conduits nos blessés et les prisonniers que nous ferons. Il y a dans ces différents postes 6 gendarmes d’élite auxquels ils prêteront main-forte. Il faudrait mettre dans leur uniforme un signe qui les distinguât des Espagnols, tel qu’une raie bleue au bras, par exemple. Le reste pourra garder l’Escurial, et, sur l’état de situation qui sera envoyé au major général, on pourrait en faire venir 400 pour réunir à la garde du roi. Il est nécessaire que le roi ait au Pardo la moitié de sa garde à pied, sa cavalerie et son artillerie à pied ; s’il peut y joindre 400 hommes du régiment dont il est fait mention ci-dessus, cela formera au Pardo une petite réserve de 2 000 hommes, qui ne peut qu’être utile.</p><p>Administration : </p><p>Il faut prendre des mesures pour approvisionner les magasins de Madrid, y avoir 12 000 quintaux de farine, y diriger, lorsqu’on sera sûr que nous sommes à Valladolid, 20 000 rations de pain, et après cela 20 000 rations de biscuit pour renfermer dans la Porcelaine. Le roi enverra un de ses officiers à Ségovie, avec ordre de faire partir pour l’armée, en les dirigeant sur Villacastin, tous les jours, 5 000 rations de pain et 20 000 rations de vin ou d’eau-de-vie. Il sera nécessaire que demain le roi envoie un de ses aides de camp au maréchal Victor à Aranjuez, et au général Latour-Maubourg<sup>[^18]</sup>, et un à Talavera au duc de Dantzig<sup>[^19]</sup>. Il sera convenable, de tenir un poste d’observation de 25 chevaux et de 50 fantassins entre Alcala et Madrid.</p><p>Il y a un dépôt de cavalerie à Leganès ; il faut y réunir tous les détachements de cavalerie qui arrivent à l’armée. En moins de huit jours, il y arrivera plus de 1 000 chevaux, appartenant aux divisions Latour-Maubourg, Milhaud, Lasalle et Lahoussaye<sup>[^20]</sup> ; on les fera reposer, on en passera la revue, et on prendra mes ordres pour leur destination, sans en laisser partir aucun sans mon ordre. Si le roi place un de ses aides de camp pour les retenir et les réunir dans ce dépôt, il se procurera en peu de jours une ressource de 1 200 chevaux.</p><p>Quant aux hommes isolés, il y en a cinq dépôts au Retiro. Tout ce qui appartient au maréchal Soult, soit infanterie, soit cavalerie, sera dirigé sur Ségovie. Beaucoup de généraux arrivent, leur destination est ci-jointe.</p><p>Il faut avoir soin qu’aucun détachement ne parte, ni pour le corps du duc de Dantzig, ni pour Aranjuez, ni pour aucun autre corps. On aura par ce moyen deux milliers d’hommes au Retiro en peu de temps. L’état en sera envoyé au major général<sup>[^21]</sup>, et sur l’ordre de l’Empereur, on les fera partir, hormis ceux appartenant à la division Ruffin, en ayant soin qu’ils soient bien habillés, armés, équipés, et qu’ils aient leurs cinquante cartouches par homme.<sup>[^22]</sup></p> [^1]: Napoléon quitte Madrid pour se lancer à la poursuite de l’armée de Sir John Moore. Ses instructions à Joseph se veulent rassurantes : en août, le nouveau roi d’Espagne avait précipitamment quitté Madrid dix jours après son entrée dans la capitale, et avant que celle-ci soit réellement menacée. [^2]: Le général Lucotte aura pour mission d’éclairer les routes de Saragosse et de Valence, celle de Guadalajara à Madrid et de poursuivre les bandes de paysans armés. [^3]: <span></span> 1<sup>re</sup> division du 1<sup>er</sup> corps d’armée (Victor). [^4]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 11. L’original très altéré a été complété à l’aide de la minute (Archives nationales, AF IV 878, décembre 1808, n° 168). [C 14609] [^5]: <span></span> 6<sup>e</sup> corps d’armée. [^6]: Les Anglais s’embarqueront à La Corogne qui est plus proche. Mais la direction de retraite reste la même. [^7]: Port de pêche au nord de Lisbonne. [^8]: <span></span> Après avoir fait rallier le corps de Baird et celui de La Romana à Sahagún, Moore espérait surprendre et battre le 2<sup>e</sup> corps d’armée. [^9]: <span></span> Le 4<sup>e</sup> corps d’armée avait pour mission de couvrir Madrid et de détruire l’armée d’Estrémadure de Galuzzo. [^10]: <span></span> Cavalerie légère de la réserve détachée au 4<sup>e</sup> corps. [^11]: <span></span> 2<sup>e</sup> division du 4<sup>e</sup> corps, uniquement constituée de troupes de la Confédération du Rhin. Cette réflexion est en contradiction avec le constat mentionné dans le paragraphe suivant : « les 3 000 Allemands... » qui constituent le contingent de cette force. [^12]: <span></span> 1<sup>re</sup> division qui appartient au 6<sup>e</sup> corps. [^13]: Manufacture royale (la China) située au Buen Retiro. [^14]: Le général Paris d’Illens. [^15]: Tous les notables espagnols qui avaient prêté serment à Joseph avant de faire défection, des membres de l’Inquisition ainsi que quelques émigrés français au service de l’Espagne. [^16]: Commandant la Garde royale de Joseph. [^17]: Le col qui permet de franchir la chaîne montagneuse au nord-ouest de Madrid. [^18]: Ce sera le général Bigarré. [^19]: Le colonel Rœderer. [^20]: <span></span> Dans l’ordre : la 1<sup>re</sup> division de dragons, la 3<sup>e</sup> division de dragons, la cavalerie légère de la réserve et la 4<sup>e</sup> division de dragons. [^21]: Alexandre Berthier. [^22]: Minute, Archives nationales, AF IV 878, décembre 1808, annexe du n° 168.</body>