| identifiant | CG1-0785.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1796/07/19 00:00 |
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| titre | Napoléon à Joséphine |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 785. - </b>À Joséphine</h1><p><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Au quartier général, Marmirolo, 1<sup>er</sup>
thermidor an IV[19 juillet 1796]</h2><p style="background: #ffffff"><br/>
</p><p>Il y a deux jours que je suis sans tes lettres.
Voilà trente fois d’aujourd’hui que je me fais cette
observation. Tu sens que cela est bien triste. Tu ne peux pas douter
cependant de la tendre et unique sollicitude que tu m’inspires.</p><p>Nous avons attaqué hier Mantoue. Nous l’avons
chauffée avec deux batteries à boulets rouges et de mortiers. Toute
la nuit, cette misérable ville a brûlé. Ce spectacle était
horrible et imposant. Nous nous sommes emparés de plusieurs ouvrages
extérieurs, nous ouvrons la tranche cette nuit. Je vais partir pour
<u>Castiglione</u> demain avec le quartier général, où je compte
coucher[^1].</p><p>J’ai reçu un courrier de Paris. Toutes mes
opérations de Livourne sont approuvées. Il y avait deux lettres
pour toi : l’une est de Barras, tu sens que j’ai dû la lire,
l’autre était de M<sup>me</sup> Tallien, je voulais voir s’il ne
serait pas question de ce monsieur, si tendre[^2].
Cependant, malgré que cette action me paraisse toute simple et que
tu m’en aies donné la permission l’autre jour, je crains que
cela ne te fâche et cela m’afflige bien. J’aurais voulu les
recacheter : fi ! Ce serait une horreur. Si je suis coupable, je te
demande grâce. Je te jure que ce n’est pas par jalousie, non
certes. J’ai de mon adorable amie une trop grande opinion pour
cela. Je voudrais que tu me donnes permission entière de lire tes
lettres. Avec cela, il n’y aurait plus de remords ni de crainte.</p><p>Je suis furieux contre Barras, aller te parler de
ce monsieur, ah ! ce n’est pas généreux. Bon Dieu ! si tu ne
conservais pour moi ton sentiment, je n’ose pas achever, mon
malheur serait sans égal. Cette seule idée me rend malade et
triste. Si l’amour que tu as pour moi n’était pas unique, comme
ton cœur n’était exclusif de tout autre sentiment, il n’y
aurait que désert et vide pour moi sur la terre. Actuellement arrive
un courrier de Milan : pas de lettre de mon adorable amie[^3].
Adieu, mon unique bien. Comment te portes-tu ? Quand pourras-tu venir
me joindre ? Je viendrai te prendre moi-même à Milan.</p><p>Mille baisers aussi brûlants que mon cœur, aussi
purs que toi.</p><p>Je fais appeler le courrier, il me dit qu’il est
passé chez toi et que tu lui as dit que tu n’avais rien à lui
ordonner. Fi ! méchante, laide, cruelle, tyranne, petit, joli
monstre.. Tu te ris de mes menaces, de mes sottises. Ah ! si je
pouvais, tu sais bien, t’enfermer dans mon cœur. Je t’y mettrais
en prison ; pour longtemps tu ne verrais le soleil.</p><p>Apprends-moi que tu es gaie, bien portante et bien
amoureuse.[^4]</p><p><br/>
</p>
[^1]: Il arriva à Castiglione le 20 juillet.
[^2]: S’agit-il de l’aimable Hippolyte Charles, alors amant de
Joséphine ?
[^3]: Joséphine
arriva à Milan le 13 juillet.
[^4]: <span></span>Expédition autographe, Archives nationales, 400 AP 6, vol. I, n°
5, publiée par Chantal de Tourtier-Bonazzi, Jean Tulard,<i>Napoléon,
Lettres d’amour à Joséphine</i>, Fayard, 1981, n° 21, p. 98.</body> |
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