| identifiant | CG1-0783.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1796/07/17 00:00 |
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| titre | Napoléon à Joséphine |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 783. - </b>À Joséphine</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Marmirolo, 29 messidor an IV [17 juillet 1796]</h2><p style="text-align: right">à 2 heures après-midi</p><p style="background: #ffffff"><br/>
</p><p>Je reçois ta lettre, mon adorable amie ;
elle a rempli mon cœur de joie[^1].
Je te suis obligé de la peine que tu as prise de me donner de tes
nouvelles. Ta santé doit être meilleure aujourd’hui, je suis sûr
que tu es guérie. Je t’engage fort à monter à cheval, cela ne
peut pas manquer de te faire du bien. Je ne crois pas que tu doives
faire d’autre remède que ce qui pourrait te faire venir tes
règles, ta douleur vient de là, et, quand on connaît la cause de
son mal, les remèdes doivent être en conséquence.</p><p>Depuis que je t’ai quittée, j’ai toujours été
triste. Mon bonheur est d’être près de toi. Quelles nuits, ma
bonne amie, que celles que je passe dans tes bras ! Sans cesse je
repasse dans la mémoire le souvenir de tout ce que nous avons fait,
tes baisers, tes larmes, ton aimable jalousie, et les charmes de
l’incomparable Joséphine rallument sans cesse une flamme vive et
brûlante dans mon cœur et dans mes sens. Quand, libre de toute
inquiétude, de toute affaire, pourrais-je passer tous mes instants
près de toi, n’avoir qu’à t’aimer et ne penser qu’au
bonheur de te le dire, de te le prouver ? Je t’enverrai ton cheval,
mais j’espère que tu pourras bientôt me rejoindre. Je croyais
t’aimer il y a quelques jours, mais, depuis que je t’ai vue, je
sens que je t’aime mille fois [plus] encore. Depuis que je te
connais, je t’adore tous les jours davantage, cela prouve bien
combien la maxime de La Bruyère que <u>l’amour vient tout d’un
coup</u> est fausse. Tout, dans la nature, a un cours et différents
degrés d’accroissement. Ah ! je t’en prie, laisse-moi voir
quelques-uns de tes défauts. Sois moins belle, moins gracieuse, mois
tendre, moins bonne, et surtout, surtout ne sois jamais jalouse, ne
pleure jamais, tes larmes m’ôtent la raison, brûlent mon sang.
Crois bien qu’il n’est plus en mon pouvoir d’avoir une pensée
qui ne soit pas à toi et une idée qui ne te soit soumise.</p><p>Repose-toi bien, rétablis vite ta santé, viens
me rejoindre et au moins, avant de mourir, [que] nous puissions dire
: « nous fûmes tant de jours heureux ! ! ! ».</p><p>Milliers de baisers, et même à Fortuné, digne
de celui qui te l’a donné et de sa méchanceté.[^2]</p><p><br/>
</p>
[^1]: Le mot « joie » semble avoir été remplacé par un autre mot, qui
est illisible.
[^2]: <span></span>Expédition autographe, Archives nationales, 400 AP 6, vol. 1, n°
3, publiée par Chantal de Tourtier-Bonazzi, Jean Tulard,<i>Napoléon,
Lettres d’amour à Joséphine</i>, Fayard, 1981, n° 19, p. 93.</body> |
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