CG8-19075.md

identifiantCG8-19075.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1808/10/19 00:00
titreNapoléon au général Junot, commandant en chef le 8e corps de l’armée d’Espagne
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 19075. - </b>Au général Junot, commandant en chef le 8<sup>e</sup> corps de l’armée d’Espagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Saint-Cloud, 19 octobre 1808</h2><p>Le ministre de la Guerre m’a mis sous les yeux tous vos mémoires et, notamment, votre lettre du 15 octobre. Vous n’avez rien fait de déshonorant ; vous ramenez mes troupes, mes aigles et mes canons<sup>[^1]</sup>. J’avais cependant espéré que vous feriez mieux. Dès les premiers moments de votre entrée en Portugal, je vous avais prévenu de la nécessité d’être maître des Portugais, de n’avoir aucune confiance en eux, de former un camp retranché. Ce camp retranché ne devait pas avoir pour but spécial de couvrir Lisbonne et l’embouchure du Tage : Almeida et Elvas<sup>[^2]</sup> pouvaient même servir de centre et de réduit, si l’embouchure du Tage n’y était pas propre. Dans la saison où nous sommes, il était facile d’y réunir des vivres, sauf à laisser manquer Lisbonne. Vous auriez défendu vos chevaux ; manquant de vivres, vous les auriez mangés ; et vous eussiez pu attendre, dans cette position, des secours pendant six mois. Durant ce temps vous auriez été secouru, ou, si vous ne l’aviez pas été, vous eussiez alors mérité la convention que vous avez faite. Cette convention, vous l’avez gagnée par votre courage, mais non par vos dispositions ; et c’est avec raison que les Anglais se plaignent que leur général l’ait signée<sup>[^3]</sup>. Vous l’auriez méritée si vous l’eussiez signée dans un camp retranché, six semaines plus tard. Enfin il est dans votre traité une circonstance qui peut difficilement se justifier, c’est d’avoir abandonné Elvas : pourquoi, au contraire, n’en avoir pas renforcé la garnison et ne lui avoir pas dit de tenir jusqu’à son dernier morceau de pain ? Nous serons à Elvas avant la fin de décembre ; quel avantage si nous avions trouvé cette place ! Et à tout événement, 1 500 à 2 000 hommes auraient obtenu de rentrer en France. Je vous avais ordonné depuis longtemps de démolir Almeida et la plupart des autres places. Aujourd’hui, j’ai publiquement approuvé votre conduite ; ce que je vous écris confidentiellement est pour vous seul.</p><p>Restez où vous êtes<sup>[^4]</sup>. J’ai donné ordre au ministre Dejean de vous fournir 800 mulets et chevaux. Je passerai la revue de votre corps avant dix jours ; il forme désormais le 8<sup>e</sup> corps de l’armée d’Espagne, que je commande en personne. Avant la fin de l’année, je veux vous replacer moi-même à Lisbonne. Retenez près de vous les officiers qui connaissent le mieux le pays. Envoyez-moi la meilleure carte que vous ayez ; faites-y tracer les routes, et joignez-y tous les renseignements sur la manière dont on peut rentrer à Lisbonne sans faire aucun siège.</p><p>Placez la division Delaborde<sup>[^5]</sup> à Angoulême. Faites-lui fournir douze pièces de canon avec les caissons, afin que cette division soit en état d’entrer la première en Espagne. Chacune sera portée à 6 000 hommes. Tous les détachements de dragons que vous avez rejoindront leurs corps, et je vous donnerai une division complète. Déjà j’ai ordonné que de nombreux détachements des 47<sup>e</sup>, 70<sup>e</sup> et 86<sup>e</sup> partissent de Bretagne ; d’autres vont partir de Paris.</p><p>Le ministre Dejean a dû vous envoyer l’ordre d’acheter 800 mulets pour votre bataillon du train, et d’autres pour vos équipages militaires ; 600 chevaux espagnols sont dirigés sur vous, 600 chevaux s’y rendent des dépôts de dragons, et vous êtes autorisé à en acheter en Poitou.</p><p>Envoyez-moi l’état de situation de votre artillerie, de vos équipages militaires, de votre train, de votre cavalerie, de votre sellerie, remonte, enfin tout ce qui peut me mettre à même de bien connaître la situation de votre corps. Ayez soin, en parlant de vos bataillons, de faire mettre le nombre de compagnies dont ils sont formés. Vous porterez désormais le nom de 8<sup>e</sup> corps de l’armée d’Espagne. Sur les 600 chevaux que vous avez ramenés, je désire savoir combien il y en a qui appartiennent à la troupe.</p><p>Un homme comme vous doit mourir ou ne rentrer à Paris que maître de Lisbonne. Du reste, vous serez l’avant-garde et je serai derrière vous. Ne perdez pas un moment ; activez l’organisation des administrations ; passez par-dessus les difficultés. D’ailleurs j’ordonne qu’un nouveau bataillon du train vous soit envoyé.<sup>[^6]</sup></p> [^1]: Le rapprochement inévitable entre les deux capitulations de Baylen et Cintra est naturellement favorable à Junot qui est parvenu à rapatrier honorablement son armée du Portugal. [^2]: Deux places fortes à la frontière du Portugal avec l’Espagne. [^3]: Sir Arthur Wellesley (le futur Wellington) passera devant une commission d’enquête. [^4]: Junot a débarqué à La Rochelle. [^5]: <span></span> 1<sup>re</sup> division du 8<sup>e</sup> corps. [^6]: Minute, Archives nationales, AF IV 878, octobre 1808, n° 69. [C 14386]</body>