| identifiant | CG8-18685.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1808/08/03 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Clarke, ministre de la Guerre |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 18685. - </b>Au général Clarke, ministre de la Guerre</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bordeaux, 3 août 1808</h2><p>Je
vous envoie des pièces pour vous seul ; lisez-les une carte à
la main, et vous verrez si depuis que le monde existe, il y a eu rien
de si bête, de si inepte, de si lâche. Voilà donc justifiés les
Mack, les Hohenlohe<sup>[^1]</sup>,
etc. On voit parfaitement, par le propre récit du général Dupont,
que tout ce qui est arrivé est le résultat de la plus inconcevable
ineptie. Il avait paru bien faire à la tête d’une division<sup>[^2]</sup> ;
il a fait horriblement en chef. Lorsque ce coup du sort est arrivé,
tout prospérait en Espagne : le roi, depuis son arrivée à Madrid,
gagnait tous les jours ; le maréchal Bessières, après la
mémorable victoire de Medina de Rio Seco<sup>[^3]</sup>,
où avec 12 000 hommes il avait mis en fuite les armées de
Galice et de Portugal<sup>[^4]</sup>
et leur avait tué 8 ou 10 000 hommes, les avait chassés de
Valladolid, de Palencia et du royaume de Léon ; le siège de
Saragosse avançait grand train, et tout nous portait à espérer une
autre issue. Cette perte de 20 000 hommes d’élite et choisis,
qui viennent à manquer, sans même avoir fait éprouver à l’ennemi
aucune perte considérable, l’influence morale que nécessairement
cela doit avoir sur cette nation, ont porté le roi à prendre un
grand parti en se rapprochant de France et en se reportant sur Aranda
et sur le Duero<sup>[^5]</sup>.</p><p>Je
ne suppose pas qu’il soit nécessaire de faire de grands
préparatifs à Rochefort, parce que les Anglais ne laisseront
sûrement pas passer ces imbéciles, et que les Espagnols ne rendront
pas les armes à ceux qui ne se sont pas battus.</p><p>Communiquez
les présentes nouvelles au ministre Dejean, mais à lui seulement.
L’influence que cela va avoir sur les affaires générales
m’empêche de me rendre moi-même en Espagne ; j’y envoie le
maréchal Ney. Je continue ma route par la Vendée. Je ne vais point
directement à Paris, parce que j’ai promis de passer par la
Vendée, et que je paraîtrais me défier de ces peuples ; mais
j’activerai mon voyage autant que possible.</p><p>Je
désire savoir quels tribunaux doivent juger ces généraux, et
quelle peine les lois infligent à un pareil délit.</p><p>Faites
avec le ministre Dejean un mémoire sur ce qu’il est nécessaire
d’envoyer, soit artillerie, soit autres objets, sur Bayonne et sur
Perpignan.<sup>[^6]</sup></p><p style="text-align: right; margin-top: 0.64cm; margin-bottom: 0.21cm; line-height: 100%; page-break-after: avoid">
Napoléon</p>
[^1]: Mack, commandant de l’armée autrichienne battu à Ulm (1805) et Hohenlohe-Ingelfingen, commandant de l’armée prussienne battu à Iéna (1806).
[^2]: Dupont s’était distingué sur tous les champs de bataille et beaucoup d’observateurs pensaient qu’il était venu en Espagne pour gagner son bâton de maréchal.
[^3]: Le 14 juillet.
[^4]: Napoléon paraît mal informé, ou peu préoccupé de donner une information exacte à son ministre : l’armée de Galice est celle de Blake, renforcée il est vrai des déserteurs du corps de Taranco au Portugal. Blake, contraint et forcé, s’était rallié à l’armée de Castille de La Cuesta qui commandait en chef les deux armées.
[^5]: Les répercussions du désastre de Baylen sont telles, que Joseph se croit contraint de se replier sur l’Èbre dix jours après avoir fait son entrée dans Madrid. Seul Moncey s’est opposé à cette décision, la qualifiant de honteuse. Moncey manifestera également son opposition aux pillages devenus systématiques.
[^6]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 14242, d’après l’original communiquée par M. Charavay (minute, Archives nationales, AF IV 877, août 1808, n° 3). Extrait [catalogue de vente], M. Charavay, <i>Catalogue de la belle et importante
collection de lettres autographes de feu M. de Lajariette</i>, Paris, 1860, p. 260, n° 2234.</body> |
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