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CG8-17944.md| identifiant | CG8-17944.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1808/05/16 00:00 |
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| titre | Napoléon à Moulay Sliman, sultan du Maroc |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 17944. - </b>À Moulay Sliman, sultan du Maroc</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bayonne, 16 mai 1808</h2><p>Très haut, très
puissant et très excellent empereur, notre très cher frère et
grand ami, salut.</p><p><font color="#ff0000">Nous
avons toujours mis du prix à l’état de paix et d’amitié qui
existait entre vous et la France, et aujourd’hui que nous sommes
plus à portée de vous donner des preuves de notre affection par la
cession que le roi d’Espagne nous a faite de sa couronne et de ses
droits, nous désirons plus que jamais rester complètement votre
ami. L’Espagne conservera son territoire et son indépendance ;
son nouveau souverain aimera à entretenir avec vous des relations de
bon voisinage. Mais il faut que vous vous comportiez envers nous et
envers l’Espagne comme un bon voisin et un fidèle ami. Les Anglais
se vantent que vous leur êtes attaché et que vous favorisez leurs
projets : ils trouvent asile et secours dans vos ports ; c’est
par vos États que la place de Gibraltar est approvisionnée ;
on dit même que les bâtiments de vos sujets servent au transport de
ces approvisionnements ; enfin les Anglais se sont établis et
fortifiés sur une île voisine de votre territoire et d’où ils
interceptent la navigation du port de Ceuta<sup>[^1]</sup>.
Un tel état de chose est inconciliable avec les principes d’un bon
voisinage. Nous exigeons que vous le fassiez cesser ; nous vous
demandons de ne pas tolérer plus longtemps l’établissement que
les Anglais ont fait dans votre voisinage sur l’île de Perejil<sup>[^2]</sup>,
de vous opposer à tout débarquement d’hommes et de munitions
qu’ils pourraient faire sur votre territoire pour attaquer la place
de Ceuta et de favoriser l’approvisionnement de cette place. Que
Gibraltar ne reçoive de vous aucun secours ; éloignez les
Anglais de vos côtes : bientôt ils auraient anéanti tout le
commerce de vos sujets, car eux seuls veulent faire le commerce ou en
recueillir tous les profits. Si vous favorisez leurs vues contre
nous, nous serions forcés de vous confondre avec nos ennemis, et
nous ne sommes ni amis, ni ennemis à moitié. De la Baltique
jusqu’au détroit de Gibraltar, tout est occupé par nos armes. Les
forces de l’Espagne sont aujourd’hui réunies à celles de la
France et c’est avec ces forces que nous saurions repousser une
offense ou venger les torts qui nous seraient faits, soit
ouvertement, soit par une neutralité perfide.</font></p><p>Mais c’est au nom
de la France et de l’Espagne que nous vous exprimons le vœu
d’entretenir avec vous les relations les plus amicales. Tant
qu’elles subsisteront, vos intérêts seront les nôtres ; vos
sujets seront protégés dans notre empire et leur commerce avec nos
peuples sera pour vos États une source de richesse.</p><p>Nous
faisons des vœux pour votre prospérité.<sup>[^3]</sup></p><p><br/>
</p>
[^1]: Presqu’île stratégique que possède l’Espagne à la frontière du Maroc, face à Gibraltar.
[^2]: L’île de Perejil, ou Leila, est un petit îlot inhabité situé à quelques kilomètres à l’ouest de Ceuta. Les Anglais s’en emparent en 1808, et ne l’évacueront qu’en 1813. Elle fut de nouveau une source de conflit en 2002 entre le Maroc et l’Espagne.
[^3]: <span></span> Jacques Caillé, « Deux lettres de Napoléon I<sup>er</sup> au sultan du Maroc », in <i>Revue de l’Institut Napoléon, </i>1964, p. 16, n° 90. Dans la première note de son article, Jacques Caillé indique que la minute de cette lettre se trouve aux Archives du Ministère des Affaires Étrangères, <i>Correspondance consulaire
et commerciale</i>, Maroc, tome 23.</body> |
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