CG8-17826.md

identifiantCG8-17826.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1808/05/09 00:00
titreNapoléon à Talleyrand, vice-grand électeur
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 17826. - </b>À Talleyrand, vice-grand électeur</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bayonne, 9 mai 1808</h2><p>Le prince des Asturies, l’infant don Antonio son oncle, l’infant don Carlos son frère, partent mercredi d’ici, restent vendredi et samedi à Bordeaux, et seront mardi à Valençay.</p><p>Soyez-y rendu lundi au soir. Mon chambellan Tournon s’y rend en poste pour tout préparer pour les recevoir. Faites en sorte qu’ils aient là du linge de table et de lit et de la batterie de cuisine. Ils auront huit ou dix personnes de service d’honneur, et autant ou le double de domestiques. Je donne l’ordre au général qui fait les fonctions de premier inspecteur de la gendarmerie à Paris de s’y rendre et d’organiser le service de la gendarmerie<sup>[^1]</sup>. Je désire que ces princes soient reçus sans éclat extérieur, mais honnêtement et avec intérêt, et que vous fassiez tout ce qui sera possible pour les amuser. Si vous avez à Valençay un théâtre, et que vous fassiez venir quelques comédiens, il n’y aura pas de mal. Vous pourriez y faire venir M<sup>me</sup> Talleyrand avec quatre ou cinq femmes. Si le prince des Asturies s’attachait à quelque jolie femme, et qu’on en fût sûr, cela n’aurait aucun inconvénient, puisqu’on aurait un moyen de plus de le surveiller<sup>[^2]</sup>. J’ai le plus grand intérêt à ce que le prince des Asturies ne fasse aucune fausse démarche ; je désire donc qu’il soit amusé et occupé. La farouche politique voudrait qu’on le mit à Bitche<sup>[^3]</sup> ou dans quelque château fort ; mais, comme il s’est jeté dans mes bras, qu’il m’a promis qu’il ne ferait rien sans mon ordre, que tout va en Espagne comme je le désire, j’ai pris le parti de l’envoyer dans une campagne, en l’environnant de plaisirs et de surveillance. Que ceci dure le mois de mai et une partie de juin, alors les affaires d’Espagne auront pris une tournure, et je verrai alors le parti que je prendrai.</p><p>Quant à vous, votre mission est assez honorable : recevoir chez vous trois illustres personnages pour les amuser est tout à fait dans le caractère de la nation et dans celui de votre rang. Huit ou dix jours que vous passerez là avec eux vous mettront au fait de ce qu’ils pensent et m’aideront à décider ce que je dois faire.</p><p>Les brigades de gendarmerie seront renforcées, de manière qu’il y ait 40 gendarmes, pour être certain qu’on ne l’enlève pas, et mettre obstacle à sa fuite. Vous causerez avec Fouché, qui enverra des agents dans les environs et parmi ses domestiques. Car ce serait un grand malheur que, de manière ou d’autre, ce prince fît quelque fausse démarche.</p><p>Il faudrait une garde au château. J’ai pensé que la compagnie départementale pourrait fournir un poste<sup>[^4]</sup>.</p><p>Par le traité que j’ai fait avec le roi Charles, je me suis engagé à donner à ces princes 400 000 francs par an. Ils ont plus que cela de leurs commanderies ; ils auront donc à eux trois 3 millions.</p><p>Si vous pensez, pour leur faire honneur et pour toutes sortes de raisons, avoir besoin d’une compagnie de grenadiers ou de chasseurs de ma Garde, vous en causerez avec le général Walther, et vous la ferez partir en poste. Ci-joint un ordre pour le général Walther<sup>[^5]</sup>.<sup>[^6]</sup></p> [^1]: Voir la lettre précédente. [^2]: <span></span> C’est principalement M<sup>me</sup> de Talleyrand qui va défrayer la chronique en s’attachant au duc de San Carlos. [^3]: Citadelle utilisée comme prison (département de la Moselle). [^4]: Le château sera placé sous le commandement du chambellan d’Arberg, qui aura sous ses ordres 60 hommes de la compagnie départementale de l’Indre et 50 gendarmes commandés par le capitaine Bodin. [^5]: Voir plus bas. [^6]: Minute, Archives nationales, AF IV 876, mai 1808, n° 75.</body>