CG1-0653.md

identifiantCG1-0653.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1796/06/04 00:00
titreNapoléon au Directoire exécutif
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 653. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Roverbello, 16 prairial an IV [4 juin 1796]</h2><p><br/> </p><p>Lorsque M. Beaulieu sut que nous marchions pour passer le Mincio, il s’empara de la forteresse de Peschiera, qui appartient aux Vénitiens. Cette forteresse, située sur le lac de Garde, à la naissance du Mincio, a une enceinte bastionnée en très bon état et quatre-vingts pièces de canon qui, à la vérité, n’étaient pas montées.</p><p>M. le provéditeur général[^1], qui était à Vérone avec 2 000 hommes, aurait donc bien pu faire en sorte que cette place ne fût pas occupée par les Autrichiens, qui y sont entrés sans aucune espèce de résistance lorsque j’étais arrivé à Brescia, c’est-à-dire à une journée de là.</p><p>Dès que j’appris que les Autrichiens étaient à Peschiera, je sentis qu’il ne fallait pas perdre un instant à investir cette place, afin d’ôter à l’ennemi les moyens de l’approvisionner. Quelques jours de retard m’auraient obligé à un siège de trois mois.</p><p>Le combat de Borghetto et le passage du Mincio nous rendirent cette place deux jours après. Le provéditeur vint à grande hâte se justifier : je le reçus fort mal ; je lui déclarai que je marchais sur Venise porter moi-même plainte au Sénat d’une trahison aussi manifeste. Pendant le temps que nous nous entretenions, Masséna avait ordre d’entrer à Vérone, à quelque prix que ce fût. L’alarme à Venise a été extrême ; l’archiduc de Milan[^2], qui y était, s’est sauvé sur-le-champ en Allemagne.</p><p>Le Sénat de Venise[^3] vient de m’envoyer deux sages du conseil, pour s’assurer définitivement où en étaient les choses. Je leur ai renouvelé mes griefs, je leur ai parlé aussi de l’accueil fait à monsieur[^4] ; je leur ai dit que, du reste, je vous avais rendu compte de tout, et que j’ignorais la manière dont vous prendriez cela ; que, lorsque je suis parti de Paris, vous croyiez trouver dans la République de Venise une alliée fidèle aux principes ; que ce n’était qu’avec regret que leur conduite à l’égard de Peschiera m’avait obligé à penser autrement ; que, du reste, je croyais que ce serait un orage qu’il serait possible à l’envoyé du Sénat de conjurer. En attendant, ils se prêtent de la meilleure façon à nous fournir ce qui peut être nécessaire à l’armée.</p><p>Si votre projet est de tirer cinq ou six millions de Venise, je vous ai ménagé exprès cette espèce de rupture ; et vous pourriez les demander en indemnité du combat de Borghetto, que j’ai été obligé de livrer pour prendre cette place. Si vous avez des intentions plus prononcées, je crois qu’il faudrait continuer ce sujet de brouillerie, m’instruire de ce que vous voulez faire, et attendre le moment favorable, que je saisirai suivant les circonstances ; car il ne faut pas avoir affaire à tout le monde à la fois.</p><p>La vérité de l’affaire de Peschiera est que Beaulieu les a lâchement trompés ; il leur a demandé le passage pour cinquante hommes, et il s’est emparé de la ville. Je fais dans ce moment-ci mettre Peschiera en état de défense, et avant quinze jours il faudra de l’artillerie de siège et un siège en règle pour la prendre.[^5]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3> [^1]: Niccolo Foscarini, gouverneur des territoires de Terre ferme de la République de Venise. [^2]: Ferdinand. [^3]: Le Sénat vénétien est chargé de la politique étrangère de la Sérénissime. [^4]: Le comte de Lille, futur Louis XVIII. [^5]: <span></span>Copie d’expédition, S.H.D., Guerre, 17 C 1. La<i>Correspondance </i>publie cette lettre (n° 582) à la date du 19 prairial [7 juin 1796].</body>
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