CG8-17789.md

identifiantCG8-17789.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1808/05/06 00:00
titreNapoléon à Talleyrand, vice-grand électeur
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 17789. - </b>À Talleyrand, vice-grand électeur</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bayonne, 6 mai 1808</h2><p>Mon cousin, vous verrez dans <i>Le Moniteur</i> des pièces qui vous feront connaître l’état des choses en Espagne. Je vous dirai, mais pour vous seul, parce que je n’ai pas besoin que cela soit connu avant le temps, que je donne au roi Charles le château de Compiègne pour habitation, sa vie durant, et le château de Chambord<sup>[^1]</sup> et la forêt en toute propriété, avec 30 millions de réaux de pension, et une pension proportionnée pour chaque prince de sa famille. Par le même traité, il me cède tous ses droits à la couronne d’Espagne. Le roi Charles est un bon et brave homme. Il va se mettre en route dans deux jours ; il en mettra quatre pour se rendre à Bordeaux, séjournera deux jours à Bordeaux et se rendra en six jours à Fontainebleau. Ainsi je suppose qu’il sera vers le 20 mai à Fontainebleau. Je désire que vous donniez des ordres pour que son logement et celui de la reine soient préparés à Fontainebleau. Il me semble qu’on pourrait le loger dans l’appartement du roi de Hollande. Il restera dix jours à Fontainebleau ; après quoi, il se rendra à Compiègne. Prenez des mesures pour que tout soit prêt à Compiègne, au 1<sup>er</sup> juin, pour le recevoir. Je crois qu’il pourra occuper les grands appartements. Parlez de cela à Desmazis<sup>[^2]</sup>. Comme j’ai nommé depuis longtemps Laval<sup>[^3]</sup> gouverneur du château de Compiègne, donnez-lui l’ordre de s’y rendre et de tenir tout prêt, sans lui dire cependant que c’est pour le roi Charles.</p><p>Quant au prince des Asturies, c’est un homme qui inspire peu d’intérêt. Il est bête au point que je n’ai pu en tirer un mot. Quelque chose qu’on lui dise, il ne répond pas ; qu’on le lance ou qu’on lui fasse des compliments, il ne change jamais de visage. Pour qui le voit, son caractère se dépeint par un seul mot : un sournois.</p><p>Je regarde donc le plus gros de la besogne comme fait. Quelques agitations pourront avoir lieu ; mais la bonne leçon qui vient d’être donnée à la ville de Madrid, celle qu’a reçue dernièrement Burgos, doivent nécessairement décider promptement les choses. Après la lecture des pièces du <i>Moniteur</i>, votre langage avec le corps diplomatique doit être que la populace d’Espagne a la fièvre ; que personne ne peut la contenir ; qu’elle ne craint point les troupes espagnoles, qui ne tirent pas sur elle, que les honnêtes gens et les gens comme il faut d’Espagne le sentent bien, et qu’ils se trouvent heureux qu’il y ait une forte protection qui les mette à l’abri de tout événement.</p><p>Je vous envoie la traduction française d’une brochure espagnole qui court en Espagne ; je désire qu’elle ne soit pas connue à Paris. Chargez d’Hauterive<sup>[^4]</sup> de faire une notice sur l’abdication de Charles Quint et sur celle de Philippe V, pour faire connaître que l’abdication de ces princes, depuis le commencement où il en a été question jusqu’au moment où elle a été consommée, a été l’ouvrage de deux ou trois ans.<sup>[^5]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Nap</h3> [^1]: Il n’en recevra rien et, ne se plaisant pas à Compiègne il ira habiter à Marseille puis à Rome. [^2]: Alexandre Desmazis, administrateur du mobilier de la Couronne. [^3]: Mathieu Paul Louis de Montmorency, vicomte de Laval. [^4]: Chef de division aux Relations extérieures. [^5]: <span></span> Expédition, John Hay Library, Brown University Library, <span style="text-transform: uppercase">é</span>tats-Unis, May 6, 1808. [C 13815]</body>