CG8-17751.md

identifiantCG8-17751.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1808/05/01 00:00
titreNapoléon à Talleyrand, vice-grand électeur
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 17751. - </b>À Talleyrand, vice-grand électeur</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bayonne, 1<sup>er</sup> mai 1808</h2><p>J’ai reçu votre lettre du 27 avril. Le ministre d’Espagne<sup>[^1]</sup> a écrit une lettre assez ridicule à Champagny pour se plaindre que les journaux disaient que le roi Charles a été forcé d’abdiquer. Il faut que vous lui disiez qu’il doit avoir lu <i>Le Moniteur</i> ; que j’ai vu le roi Charles et la reine, qui ont fort mal reçu leur fils<sup>[^2]</sup> ; qu’ils ont été sous les poignards pendant plusieurs heures, et qu’ils auraient péri si le roi n’avait signé son abdication. Vous direz cela au corps diplomatique, et vous ajouterez que le roi a été très surpris que les ministres étrangers, à Madrid, eussent reconnu le nouveau roi ; que le ministre de France, qui représentait la seule puissance qui pouvait influer sur ses affaires, ne l’avait pas reconnu ; que, ce ministre lui ayant demandé si son abdication avait été volontaire, il lui avait répondu, « Je me réserve d’en écrire à monsieur mon frère l’empereur des Français » ; que ce seul indice avait suffi à M. de Beauharnais, qui avait eu le bon esprit de ne pas reconnaître Ferdinand VII ; que sa vie et celle de la reine n’avaient été rachetées qu’au prix de son abdication ; que, le lendemain, il fit écrire par sa fille, la reine d’Étrurie, au grand-duc de Berg<sup>[^3]</sup>, ce qui donna lieu aux pièces qu’on a lues dans <i>Le Moniteur</i>.</p><p>Le prince des Asturies est très bête, très méchant, très ennemi de la France. Vous sentez bien qu’avec mon habitude de manier les hommes, son expérience de vingt-quatre ans n’a pu m’en imposer ; et cela est si évident pour moi, qu’il faudrait une longue guerre pour m’amener à le reconnaître pour roi d’Espagne<sup>[^4]</sup>. Je lui ai de plus fait notifier que, le roi Charles étant sur mes frontières, je ne devais plus avoir de rapports avec lui. J’ai fait arrêter, en conséquence, ses courriers, sur lesquels on a trouvé des lettres pleines de fiel et de haine contre les Français, qu’il appelle à plusieurs reprises : ces maudits Français.</p><p>Le prince de la Paix<sup>[^5]</sup> est ici. Le roi Charles est un brave homme. Je ne sais si c’est sa position ou les circonstances, il a l’air d’un patriarche franc et bon. La reine a son cœur et son histoire sur sa physionomie ; c’est vous en dire assez. Cela passe tout ce qu’il est permis de s’imaginer. L’un et l’autre dînent aujourd’hui avec moi. Le prince de la Paix a l’air d’un taureau ; il a quelque chose de Daru. Il commence à reprendre ses sens ; il a été traité avec une barbarie sans exemple. Il est bon qu’on le décharge de toute imputation mensongère, mais il faut le laisser couvert d’une légère teinte de mépris<sup>[^6]</sup>.<sup>[^7]</sup></p><p><br/> </p> [^1]: Maserano. [^2]: Voir plus haut. [^3]: Marie-Louise avait imploré la protection de Murat pour elle et ses parents. [^4]: Ce sera le cas. [^5]: Godoy. [^6]: Voir plus haut, l’exercice elliptique demandé à Fouché à ce sujet. [^7]: <span></span> Minute, Archives nationales, AF IV 876, mai 1808, n° 3. Extrait [catalogue], Jacques Arnna, <i>Pages de l’épopée impériale recueillies par André de Coppet, </i>Tours, 1952, p. 164, n° 188. [C 13797]</body>