CG8-17750.md

identifiantCG8-17750.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1808/05/01 00:00
titreNapoléon à Murat, lieutenant de l’Empereur en Espagne
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 17750. - </b>À Murat, lieutenant de l’Empereur en Espagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bayonne, 1<sup>er</sup> mai 1808</h2><p>Mon frère, je reçois votre lettre du 27 à minuit. Je vous ai envoyé hier la lettre que le prince des Asturies écrivait à don Antonio<sup>[^1]</sup>. Le sieur Champagny vous a envoyé la note que j’ai fait remettre hier à M. de Labrador<sup>[^2]</sup> pour déclarer que je ne pouvais reconnaître Ferdinand VII. J’ai fait arrêter les courriers de la junte, puisqu’elle continue d’adresser des rapports à Ferdinand VII, après l’engagement qu’elle a pris de gouverner au nom du roi, sans le nommer. Dans les lettres interceptées du 26 de Madrid, on dit que l’opinion a changé en faveur des Français et que cela est une nouvelle preuve de l’instabilité de l’opinion. Aujourd’hui, je vous expédie votre aide de camp<sup>[^3]</sup>. Il vous fera connaître comment le roi Charles a été reçu ici. Je l’ai vu et il m’a confirmé de vive voix tout ce qu’il m’a écrit. Tout ce qui est ici, même l’infant et Escoïquiz ont baisé la main au roi et à la reine en mettant le genou en terre. Cette scène a indigné le roi et la reine qui pendant ce temps les regardaient avec le plus grand mépris. Ils entrèrent après dans leur appartement que le maréchal Duroc leur montrait ; les deux princes<sup>[^4]</sup> voulaient les suivre ; le roi se retournant alors leur dit : « princes, c’en est trop, vous avez couvert de honte et d’amertume mes cheveux blancs, vous venez d’y ajouter la dérision, sortez de ma présence. » Les princes furent confondus et sortirent avec tout leur monde. Une demi-heure après, je me rendis chez le roi. J’eus une conférence d’une heure avec LL. MM. qui dînent aujourd’hui chez moi. Depuis ce temps, les princes paraissent fort étourdis et fort étonnés. Je ne sais pas encore à quoi ils se sont résolus. Immédiatement après que d’Hanneucourt sera arrivé, je vous expédierai Exelmans. Je ne puis répéter que ce que je vous ai dit : emparez-vous des journaux et du gouvernement. Envoyez ici don Antonio et les autres princes de la maison d’Espagne. </p><p>Je pense qu’il est convenable que trois régiments de la division de Solano se rendent à Cadix pour renforcer le camp de Saint-Roch. </p><p>Vous pouvez laisser les ministres qui existent. J’ai donné ordre à Bessières de retenir à Burgos toutes les personnes que vous m’envoyez, jusqu’à ce que mon plan soit entièrement conçu ici. J’attends avec impatience de connaître l’effet qu’aura produit la connaissance de la protestation du roi Charles et des autres princes.<sup>[^5]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napol</h3> [^1]: frère de Charles IV, il assure l’intérim du gouvernement en tant que président de la junte d’État. [^2]: Voir plus haut la lettre à Bessières. [^3]: Manhès qui avait escorté Godoy depuis Madrid. [^4]: Les explications sont peu claires : le chanoine Juan de Escoiquiz n’est pas prince, mais le précepteur et conseiller intime de Ferdinand. Il se peut toutefois que « les deux princes » dont parle Napoléon soient Ferdinand et son frère Carlos (l’infant). [^5]: Expédition, Archives nationales, fonds Murat, 31 AP 24, d. 467, p. 42. [C 13800] Note sur la minute (Archives nationales, AF IV 876, mai 1808, n° 1) : « portée par son aide de camp Manhès ».</body>