CG8-17715.md

identifiantCG8-17715.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1808/04/26 00:00
titreNapoléon à Murat, lieutenant de l’Empereur en Espagne
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 17715. - </b>À Murat, lieutenant de l’Empereur en Espagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bayonne, 26 avril 1808 </h2><p>Mon frère, je viens de voir le prince de la Paix que j’ai entretenu une heure. Il serait nécessaire que vous lui fassiez envoyer à Bayonne ses enfants, les personnes de sa famille et ses effets. Je l’ai bien reçu parce qu’il a été malheureux et qu’il a été traité d’une manière atroce.</p><p>Je vous ai écrit cette nuit. Il est temps de montrer l’énergie convenable. Je suppose que vous n’épargnez pas la canaille de Madrid si elle remue, et qu’immédiatement après, vous la ferez désarmer. Je vous laisse le maître de faire arrêter et désarmer les gardes du corps. Toutefois s’il y a émeute, il est nécessaire que vous fassiez arrêter dix des plus coupables et que vous les fassiez fusiller.</p><p>Je reçois votre lettre du 23 à minuit<sup>[^1]</sup>. Vous avez commué la peine d’un soldat condamné à mort en celle de cinq ans de fers ; vous n’avez pas ce droit, et ne vous permettez pas à l’avenir de pareils écarts. Vous pouvez faire des actes pareils dans les troupes de Berg, mais non dans les troupes françaises. Tenez le soldat en prison jusqu’à ce que le Conseil privé<sup>[^2]</sup> ait fait connaître son opinion. J’envoie cette affaire au Grand-juge<sup>[^3]</sup>. </p><p>Je vous ai fait connaître par ma lettre d’hier qu’il fallait faire imprimer la protestation du roi Charles à la régence, et la résolution qu’a prise celle-ci. La raison que vous me donnez que vous ne trouvez pas d’imprimeur, est misérable. Je vous ai dit de vous emparer du gouvernement.</p><p>Quand on est à la tête de 50 000 hommes, on n’écrit pas de lettres comme vous en avez écrites à l’infant don Antonio<sup>[^4]</sup> ; on ne prend pas des voies d’intrigue. Le roi Charles ayant protesté, je ne connais point de roi Ferdinand. Le roi Charles est le seul roi d’Espagne. Veillez à ce qu’on n’imprime et ne fasse rien contre la tranquillité publique, et servez-vous des journaux pour donner la direction convenable à l’opinion.</p><p>Votre ordre du jour aux soldats sur l’affaire de Burgos est misérable. Bon Dieu ! Où en serions-nous, s’il fallait écrire quatre pages aux soldats pour leur dire de ne pas se laisser désarmer, et de citer comme un acte héroïque qu’un poste de 15 hommes ait fait feu contre la canaille. Le Français a trop d’esprit pour ne pas se moquer d’un tel ordre du jour ; vous n’avez point appris cela à mon école. Que ferez-vous dans les moments critiques, si vous prodiguez ainsi les proclamations ? Il ne fallait que trois mots : la canaille de Madrid est en mouvement ; une insurrection a lieu. Le 1<sup>er</sup> soldat qui se laissera désarmer ou forcer sa consigne sera déclaré indigne de faire partie de l’armée. Encore que je doute que cela fût nécessaire. Vous avez fait un acte funeste à la discipline en ne cassant pas l’officier qui a remis les soldats à la canaille. Je comptais le dégrader à la tête de l’armée à mon arrivée à Madrid, et vous avez eu très grand tort de leur accorder leur grâce. Votre proclamation m’a fait rougir. Si c’est Belliard<sup>[^5]</sup> qui l’a faite, témoignez-lui en mon mécontentement. Pour mettre en ordre la ville de Madrid, il faut 3 000 hommes et dix pièces de canon. Trois ordres du jour comme celui que vous avez fait, démoralisent une armée.<sup>[^6]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Nap</h3><p><br/> </p> [^1]: <span></span> Dans la publication de <i>Lettres et documents pour servir à l’histoire de Joachim Murat</i>, vol. VI, p. 1 (n° 3216), la seule lettre datée du 23 avril 1808 mentionne : « 2 heures du matin ». Il est précisé en note : « 22 avril d’après le registre de correspondance. » [^2]: Le conseil privé des grâces est un organisme institué par le sénatus-consulte du 16 thermidor an X (4 août 1802), article 86. Le chef de l’État seul peut exercer son droit de grâce, mais après avoir entendu dans un "conseil privé", le Grand-juge, deux ministres, deux sénateurs, deux conseillers d’État et deux juges de la Cour de cassation. Toutefois, il n’est pas tenu de suivre l’avis du conseil. [^3]: Titre donné au ministre de la Justice Regnier. [^4]: Au frère de Charles IV à propos des émeutes de Burgos et de Tolède. [^5]: Chef d’état-major de Murat. [^6]: Expédition, Archives nationales, fonds Murat, 31 AP 24, d. 467, p. 37.</body>