CG8-17699.md

identifiantCG8-17699.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1808/04/25 00:00
titreNapoléon à Talleyrand, vice-grand électeur
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 17699. - </b>À Talleyrand, vice-grand électeur</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bayonne, 25 avril 1808</h2><p>Mon cousin, j’ai reçu votre lettre du 21 avril. Je vous remercie de la part que vous prenez à l’heureux accouchement de la reine de Hollande.</p><p>J’ai reçu vos différentes lettres sur le langage des ambassadeurs à Paris. J’ai peine à croire que M. Tolstoï<sup>[^1]</sup> ait tenu le langage qu’on lui prête ; c’est un quolibet parisien. On pourrait lui répondre que le premier courrier de M. Caulaincourt a apporté la nouvelle de la rupture de l’armistice de Moldavie ; le second, la conquête de la Finlande ; le troisième, l’envoi de nouvelles troupes en Moldavie. Mais les deux cours sont au mieux. Je puis avoir des démêlés avec Rome et avec l’Espagne, cela ne regarde pas la Russie, c’est pour moi les frontières de la Chine. Je suis bien avec tout le monde, et en mesure d’être mal avec qui voudra.</p><p>Il faut que mon système s’achève ; mon habitude n’est jamais de rester en chemin. Toutefois donnez à dîner quelquefois à M. de Tolstoï. Guérissez M. de Dreyer<sup>[^2]</sup> de sa peur ; dites-lui que 25 000 hommes que le Danemark a en Seeland répondent à tout ; que les Anglais ne sont pas hommes à envoyer en Suède autre chose que quelques flibustiers ; que l’expédition de Scanie exigeait 40 000 hommes ; que j’en ai 30 000, que les Danois devaient y joindre 10 000 hommes ; mais que ces 40 000 hommes devaient débarquer à la fois et non en deux parties ; car, si 20 000 hommes débarquaient, et que les 20 000 autres ne pussent pas passer, l’expédition était manquée et la moitié des troupes très exposée ; que le prince de Pontecorvo s’est rendu à Copenhague, qu’il s’est assuré par lui-même qu’il n’y avait de moyens de transport que pour 15 000 hommes à la fois, que dès lors rien n’était possible qu’en cas de gelée, mais qu’elle n’a pas eu lieu ; que sans doute l’année prochaine les gelées auront lieu, ou que les moyens d’embarquement seront plus puissants. Vous comprenez bien que, dans le fait, je ne pouvais pas aussi légèrement porter mes soldats contre la Suède, et que ce n’est pas là que sont mes affaires<sup>[^3]</sup>.</p><p><sup>[^4]</sup>Le prince des Asturies est ici ; je le traite fort bien. Je l’accompagne au haut de l’escalier, je le reçois de même, mais je ne le reconnais pas<sup>[^5]</sup>.</p><p>Le roi et la reine<sup>[^6]</sup> seront ici dans deux jours. Le prince de la Paix<sup>[^7]</sup> arrive ce soir. Ce malheureux homme fait pitié. Il a été un mois entre la vie et la mort, toujours menacé de périr. Diriez-vous que, dans cet intervalle, il n’a pas changé de chemise, et qu’il avait une barbe de sept pouces ? La nation espagnole a montré là une inhumanité sans exemple. On débite sur son compte les faits les plus absurdes. On dit qu’on lui a trouvé 500 millions, et hier encore les meneurs disaient : « Qu’a-t-il donc fait de son argent ? Nous n’avons trouvé que le courant d’une grande maison. » Faites faire des articles, non qui justifient le prince de la Paix, mais qui peignent en traits de feu le malheur des événements populaires, et attirent la pitié sur ce malheureux homme ; aussi bien ne tardera-t-il pas à arriver à Paris.</p><p>Je continue mes dispositions militaires en Espagne. Cette tragédie, si je ne me trompe, est au cinquième acte ; le dénouement va paraître.</p><p>Le roi de Prusse<sup>[^8]</sup> est un héros en comparaison du prince des Asturies. Il ne m’a pas encore dit un mot ; il est indifférent à tout, très matériel, mange quatre fois par jour et n’a idée de rien.<sup>[^9]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napol<sup>[^10]</sup></h3> [^1]: Ambassadeur de Russie. [^2]: Ambassadeur du Danemark. [^3]: Napoléon avoue ici le peu d’intérêt qu’il portait à l’expédition contre la Suède ; ce qui ne manquait pas d’inquiéter le tsar Alexandre déjà engagé en Finlande. [^4]: Une copie (présentée comme une copie d’expédition) conservée par les Archives du ministère des Affaires étrangères (M.D., France, vol. 1780, fol. 95) commence à ce paragraphe et comporte quelques variantes de forme. Les catalogues de vente portent tous un texte proche de celui de la minute. [^5]: En tant que roi (Ferdinand VII). [^6]: Charles IV et Marie-Louise de Bourbon-Parme. [^7]: Godoy. [^8]: Frédéric-Guillaume III. [^9]: <span></span> Minute, Archives nationales, AF IV 876, avril 1808, n° 142. Extrait [catalogue de vente], Maggs Bros., <i>Autograph letters and historical documents</i>, n° 601, Londres, Automne 1934, p. 89, n° 904. Cette lettre a été vendue par la suite en 1952 (J. Arnna, <i>Pages de l’épopée impériale recueillies par André de Coppet</i>, Tours, 1952, p. 163, n° 187) puis en 1994 (Michel Castaing, <i>Lettres autographes et documents historiques</i>, 141<sup>e</sup> année, n° 809, juin 1994). [C 13778] [^10]: Seule la signature est reproduite sur les catalogues de vente.</body>