CG1-0639.md

identifiantCG1-0639.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1796/06/01 00:00
titreNapoléon au Directoire exécutif
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 639. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Peschiera, 13 prairial an IV [1<sup>er</sup> juin 1796]</h2><p><br/> </p><p>J’ai à vous rendre compte, citoyens directeurs, de la conspiration de Pavie, du combat et de la prise de cette ville.</p><p>Je partis de Milan le 5 pour me rendre à Lodi ; je ne laissai à Milan que les troupes nécessaires au blocus du château. Sortis de cette ville comme j’y étais entré, au milieu des applaudissements et de l’allégresse de tout un peuple réuni. J’étais bien loin de penser que cette allégresse était feinte, que déjà des trames étaient ourdies, et une lâche trahison sur le point d’éclater.</p><p>J’étais à peine arrivé à Lodi que le général Despinoy, commandant à Milan, m’apprit que, trois heures après mon départ de cette ville, on avait sonné le tocsin dans une partie de la Lombardie ; que l’on avait publié que Nice était pris par les Anglais ; que l’armée de Condé était arrivée par la Suisse sur les confins du Milanais, et que Beaulieu, renforcé de soixante mille hommes, marchait sur Milan. Les prêtres, les moines, le poignard et le crucifix à la main, excitaient à la révolte et provoquaient l’assassinat. De tous côtés, et par tous les moyens, l’on sollicitait le peuple à s’armer contre l’armée. Les nobles avaient renvoyé leurs valets, disant que l’égalité ne permettait pas d’en conserver. Tous les affidés de la maison d’Autriche, les sbires, les agents des douanes, se montraient au premier rang.</p><p>Le peuple de Pavie, renforcé de cinq à six mille paysans, investit les trois cents hommes que j’avais laissés dans le château. À Milan, l’on essaye d’abattre l’arbre de la liberté ; l’on déchire et foule aux pieds la cocarde tricolore. Le général Despinoy, commandant, monte à cheval ; quelques patrouilles mettent en fuite cette populace effrénée. Cependant la porte qui conduit à Pavie est encore occupée par les rebelles, qui attendent à chaque instant les paysans pour les introduire. Il fallut, pour les soumettre, battre le terrible pas de charge ; mais à la vue de la mort, tout rentre dans l’ordre.</p><p>À peine instruit de ce mouvement, je rebroussai chemin avec trois cents chevaux et un bataillon de grenadiers. Je fis arrêter à Milan une grande quantité d’otages ; j’ordonnai que l’on fusillât ceux qui avaient été pris les armes à la main ; je déclarai à l’archevêque, au chapitre, aux moines et aux nobles, qu’ils me répondraient de la tranquillité publique.</p><p>La municipalité taxa à trois livres d’amende par jours et par domestique qui avait été licencié. La tranquillité consolidée à Milan, je continuai mon chemin sur Pavie. Le chef de brigade Lannes, commandant la colonne mobile, attaqua Binasco, où sept à huit cents paysans armés paraissaient vouloir se défendre ; il les chargea, en tua une centaine, et éparpilla le reste. Je fis mettre sur-le-champ le feu au village.</p><p>Quoique nécessaire, ce spectacle n’en était pas moins horrible ; j’en fus douloureusement affecté. Mais je prévoyais que des malheurs plus grands menaçaient encore la ville de Pavie. Je fis appeler l’archevêque de Milan[^1], et l’envoyai, de ma part, porter au peuple insensé de Pavie la proclamation ci-jointe[^2], mais ce fut inutile.</p><p>Je me portai à la pointe du jour sur Pavie[^3] ; les avant-postes des rebelles furent culbutés. La ville paraissait garnie de beaucoup de monde, et en état de défense ; le château avait été pris, et nos troupes prisonnières. Je fis avancer l’artillerie, et après quelques coups de canon, je sommai les misérables de poser les armes, et d’avoir recours à la générosité française. Ils répondirent que, tant que Pavie aurait des murailles, ils ne se rendraient pas. Le général Dommartin fit placer de suite le 6<sup>e</sup> bataillon de grenadiers en colonne serrée, la hache à la main, avec deux pièces de 8 en tête. Les portes furent enfoncées ; cette foule insensée se dispersa, se réfugia dans les caves et sur les toits, en essayant en vain, de jeter des tuiles et de nous disputer l’entrée des rues. Trois fois l’ordre de mettre le feu à la ville expira sur mes lèvres, lorsque je vis arriver la garnison du château, qui avait brisé ses fers, et venait, avec des cris d’allégresse, embrasser ses libérateurs. Je fis faire l’appel, il se trouva qu’il n’en manquait aucun. Si le sang d’un seul Français eût été versé, je voulais faire élever sur les ruines de Pavie, une colonne sur laquelle j’aurais fait écrire: <i>Ici était la ville de Pavie.</i> J’ai fait fusiller la municipalité, arrêter trois cents otages, que j’ai fait passer en France[^4]. Tout est aujourd’hui tranquille, et je ne doute pas que cette leçon ne serve de règle aux peuples de l’Italie.</p><p>Je vous demande le grade de chef d’escadron d’artillerie légère pour le citoyen Rosey[^5], capitaine, qui s’est particulièrement distingué dans cette journée.[^6]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3><p><br/> </p> [^1]: Filippo Visconti di Masino. [^2]: <span></span>Voir<i>Correspondance</i>, n<sup>o</sup>493. [^3]: Avec un bataillon de grenadiers, 300 cavaliers et 6 canons. [^4]: Bonaparte fit aussi fusiller le capitaine français qui avait capitulé devant les insurgés. [^5]: Rosey, capitaine d’artillerie à cheval à l’armée d’Italie, ne doit pas être confondu avec son homonyme, François Rosey, colonel sous l’Empire. [^6]: Copie d’expédition, S.H.D., Guerre, 17 C 1.</body>
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