| identifiant | CG8-17588.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1808/04/10 00:00 |
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| titre | Napoléon à Daru, intendant général de la Grande Armée |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 17588. - </b>À Daru, intendant général de la Grande Armée</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bordeaux, 10 avril 1808</h2><p>Monsieur
Daru, je reçois votre rapport du 31 mars avec les états du payeur
et du receveur qui y étaient joints. 1<sup>ère</sup> observation :
selon l’état du payeur la solde se monte à 96 millions, 94
500 000 F d’un côté et 1 600 000 F de l’autre.
Il faut ôter de ces 96 millions, 3 700 000 Francs<sup>[^1]</sup>
pour solde payée aux étrangers, et 1 000 000 portés pour
acompte sur 1808, total 4 700 000 F<sup>[^2]</sup>
par mois. Il reste donc 92 millions, et en supposant qu’il n’y
eut pas d’autre argent donné depuis le 1<sup>er</sup> mai, ce
serait donc une dépense pour la solde de 4 600 000 F par
mois. Ces 4 600 000 F par mois sont indépendamment [<i>sic</i>]<sup>[^3]</sup>
du traitement de table et traitement extraordinaire et de ceux des
employés et chirurgiens que vous avez ordonnancés et portés sur
votre compte. Il est certain, de quelque côté que vienne l’abus,
qu’il y a dilapidation d’au moins 20 millions<sup>[^4]</sup>.
Il faut que vous établissiez la solde par exercice et par mois. Vous
vous servirez pour cela de Villemanzy<sup>[^5]</sup>
et des inspecteurs aux revues, il faut voir clair dans ce tripotage.
Je n’ai point comme de raison ôté les six millions de la Garde,
car dans les états qu’on m’a donnés et qui se montent à
3 600 000 F par mois, la Garde était toujours comprise
pour 400 000 francs.</p><p>La
seconde observation est relative à ce qui est encore nécessaire
pour solder les dépenses de la Guerre et de l’Administration de la
guerre<sup>[^6]</sup>
pour 1806 et 1807. Le payeur prétend qu’il faut 27 millions,
savoir 2 480 000 F pour dépenses antérieures au 1<sup>er</sup>
octobre 1806, mais cette dépense, si elle est due, le payeur a les
fonds du Trésor public pour l’acquitter car il a au Trésor public
22 000 000. Le Trésor public ne s’est regardé comme
possesseur que de 15 000 000, la différence étant
nécessaire pour solder les crédits des différents ministères
antérieurs au mois d’octobre 1806.</p><p>La
3<sup>e</sup> observation est relative aux 1 700 000 F
portés pour avances faites au maréchal Davout pour traitements
extraordinaires pendant le premier trimestre de 1808. Il est ridicule
qu’on veuille que je fasse solder 1808 avec les 5 000 000
de l’arriéré. Il y a au moins inadvertance dans la manière de
poser les chiffres.</p><p>La
4<sup>e</sup> observation est relative aux prêts que j’ai
ordonnés<sup>[^7]</sup>.
Ces 276 000 F doivent être réunis aux prêts faits aux
étrangers pour solde. En ôtant ces trois sommes, il ne reste que
6 000 000 pour le ministère de la Guerre et 15 651 000
F<sup>[^8]</sup>
pour l’Administration de la guerre, total 21 millions que le payeur
prétend être nécessaires pour solder ce qui reste dû des 15 mois
depuis octobre 1806 jusqu’au 1<sup>er</sup> janvier 1808. Je ne
suis point de cette opinion et je crois que 5 millions, c’est-à-dire
le quart, sont suffisants. Je vous ai souvent accordé des sommes qui
n’ont pas pu être dépensées ; beaucoup de ces crédits sont
à réformer, et 5 millions doivent être plus que suffisants,
d’ailleurs je ne veux donner que 5 millions, c’est à vous de les
attribuer à ce qui en aura le plus besoin<sup>[^9]</sup>.</p><p>Voulant
toujours arrêter mon compte au 1<sup>er</sup> janvier 1808, il faut
dire : le receveur<sup>[^10]</sup>
a dû recevoir au 1<sup>er</sup> janvier 1808 221 300 000
F, savoir 199 000 000 qu’il avait reçus et 22 300 000
F qu’il devait recevoir selon vos états. De ces 221 300 000
il devait donner 133 000 000 au payeur pour satisfaire à
son service, savoir 104 000 000 déjà donnés au 1<sup>er</sup>
janvier 1808 et 29 000 000 qu’il lui restait à recevoir
pour solder les dépenses, et le payeur avec ces 133 000 000,
plus les 15 000 000 que lui cède le Trésor, doit avoir
148 000 000 qui doivent solder toutes ses dépenses<sup>[^11]</sup>.
Ainsi au 1<sup>er</sup> janvier 1808 le receveur devait avoir de
disponible 88 300 000 F, savoir 58 millions déjà versés
à la caisse d’amortissement conformément à vos états, et 30
millions qu’il pourrait y verser. C’est donc sur ces calculs
qu’il faut rester bien assis, et m’envoyer des états qui
constituent ainsi le budget depuis octobre 1806 jusqu’au 1<sup>er</sup>
janvier 1808, en recettes et en dépenses. Ainsi donc, si le service
de la Grande Armée était fait au 1<sup>er</sup> janvier 1808, et
que le payeur ne demandât que 148 000 000 pour solder
entièrement les dépenses de cette époque, j’aurais 88 000 000
F<sup>[^12]</sup>
à faire rentrer en France. Je désire beaucoup qu’indépendamment
des 58 000 000 qui sont versés à la caisse
d’amortissement le receveur verse aussitôt que possible 12 autres
millions, de manière à avoir à la caisse d’amortissement 70
millions.</p><p>Le
service pour les 6 premiers mois de 1808 doit se monter à 23
millions pour la solde, à 2 millions pour le ministère de la Guerre
et à 6 millions pour l’Administration de la guerre, total 31
millions. Ces 31 millions, vous devez les avoir pour les recettes qui
au 31 mars se montaient à 286 millions, au lieu de 264 millions<sup>[^13]</sup>.</p><p>Payez-vous
les troupes du grand-duc de Berg<sup>[^14]</sup>
? Payez-vous les Hollandais ? Payez-vous les Espagnols<sup>[^15]</sup>
? Si vous payez tous ces corps là, vous avez tort.</p><p>Après
avoir arrêté les comptes de 1806 et de 1807 des contributions de la
Grande Armée, faites-moi le même travail jusqu’au 1<sup>er</sup>
avril. On a perçu avant le 1<sup>er</sup> janvier 1808, 199 millions
reçus et 22 millions portés sur l’état de l’intendant et non
sur l’état du receveur<sup>[^16]</sup>.
De combien cette somme s’est-elle augmentée dans le premier
trimestre ? De combien a-t-elle surpassé la dépense, en la
supposant de 30 millions pour six mois ou de 15 millions pour trois
mois ? Il faudrait établir le budget pour l’année. Les 60
millions nécessaires pour cela, en y ajoutant les 10 millions
d’extraordinaire pour dépenses imprévues au fonds de réserve, en
tout 70 millions seront-ils recouvrés par les impositions
ordinaires ? Combien présume-t-on qu’on recouvrera sur la
contribution extraordinaire restant à payer ?<sup>[^17]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Nap</h3>
[^1]: Mollien publie : « trois millions »
[^2]: Mollien publie : « 4 millions »
[^3]: Mollien publie : « indépendants »
[^4]: Mollien publie : « une vingtaine de millions »
[^5]: Inspecteur général aux revues, administrateur des corps de troupes d’occupation en Prusse.
[^6]: Mollien publie : « les dépenses de matériel des deux ministères de la guerre »
[^7]: Mollien publie : « relative aux prêts faits aux étrangers pour la solde »
[^8]: Mollien publie : « 15 millions »
[^9]: Mollien publie : « selon les besoins »
[^10]: Mollien publie : « M. de Labouillerie »
[^11]: Mollien publie : « qui balancent toutes les dépenses possibles »
[^12]: <span></span> Mollien publie : « ainsi donc, si le service de la Grande Armée était soldé au 1<sup>er</sup> janvier 1808, moyennant 148 millions, j’aurais, sur les contributions de Prusse, 88 millions à faire rentrer en France. »
[^13]: Mollien publie : « Le service, pour les six premiers mois de 1808 dans l’état actuel de l’armée, doit se monter à 21 millions pour la solde ; 4 millions pour le ministère de la guerre ; 6 millions pour l’administration de la guerre. Total 31 millions. Ces 31 millions, vous devez les trouver dans les nouveaux excédents de recettes ; la recette totale des contributions devant s’élever au 31 mars à 286 millions, au lieu de 364 millions. »
[^14]: Murat.
[^15]: Le corps du marquis La Romana aux ordres de Bernadotte. Napoléon, soucieux d’éviter désertions et mutineries, s’inquiétera - un peu tard - de savoir s’ils sont soldés.
[^16]: Mollien publie : « 22 millions dans l’état de l’intendance, et non encore dans l’état du receveur-général. »
[^17]: Expédition, Archives nationales, fonds Daru, 138 AP 26. Note sur la minute (Archives nationales, AF IV 876, avril 1808, n° 51) : « Copie de cette lettre a été envoyée au ministre du Trésor. »</body> |
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