| identifiant | CG8-17401.md |
|---|
| fait partie de | correspondance |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1808/03/14 00:00 |
|---|
| titre | Napoléon à Murat, lieutenant de l’Empereur en Espagne |
|---|
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 17401. - </b>À Murat, lieutenant de l’Empereur en Espagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 14 mars 1808</h2><p>Mon
frère, le major général<sup>[^1]</sup>
vous écrit pour vous faire connaître mes intentions par duplicata,
par l’estafette et par un officier. Les lettres que j’ai reçues
de Madrid, du 5 mars, ne parlent de rien de nouveau. J’ai ordonné
que le 17, on demande le passage par Madrid d’un corps de 50 000
hommes destinés à se rendre à Cadix. Vous vous conduirez selon la
réponse qui sera faite ; mais tâchez d’être le plus
rassurant possible.</p><p>Si
les troupes de Madrid ne sont pas de plus de 15 000 hommes, vous
n’entrerez dans cette ville qu’avec le corps du maréchal Moncey,
et vous placerez le corps du général Dupont, la 3<sup>e</sup>
division à Valladolid<sup>[^2]</sup>,
la 2<sup>e</sup> à deux ou trois marches de Valladolid<sup>[^3]</sup>,
et la 1<sup>re</sup> à une ou deux marches de Madrid<sup>[^4]</sup>.
Si les Espagnols avaient plus de 20 000 hommes à Madrid, vous
vous feriez joindre par la 1<sup>re</sup> division et les
cuirassiers<sup>[^5]</sup>
du général Dupont ; vous placeriez la 2<sup>e</sup> division à
Villacastin ou à Ségovie, et vous donneriez l’ordre à ce général
de former des magasins et de construire des fours pour son
approvisionnement. J’ai ordonné au général Merle de se rendre à
Burgos ; la 2<sup>e</sup> brigade<sup>[^6]</sup>,
composée des cinq 4<sup>e</sup> bataillons des légions de réserve<sup>[^7]</sup>,
qui est arrivée à Bordeaux, continuera sa route sur Burgos, la 2<sup>e</sup>
brigade continuera sa route sur Vitoria. Ma Garde restera à Burgos,
et les 3 000 hommes des fusiliers de ma Garde qui arrivent à
Bayonne le 20 mars continueront, s’il est nécessaire, leur route
sur Burgos. Moyennant ces forces réunies, je puis compter qu’au
1<sup>er</sup> avril le général Merle aura à Burgos 16 000
hommes, que la communication de Madrid avec la France seront
assurées, et la division espagnole de Galice<sup>[^8]</sup>
suffisamment contenue. Et, si vous en receviez l’ordre, vous
pourriez attirer à vous le corps du général Dupont. Mais, du 20 au
30 mars, il y a dix jours, et il ne faut pas rester à découvert,
exposer les communications à être interceptées, les malades à
être massacrés dans les hôpitaux ; ce qui mettrait toute la
population en mouvement.</p><p>D’un
autre côté, 5 à 6 000 hommes d’infanterie française
arrivent le 30 à Perpignan. Ils doivent donc être dans la première
semaine d’avril à Barcelone ; ce qui portera le corps du
général Duhesme<sup>[^9]</sup>
à 13 ou 14 000 hommes ; ce qui, joint aux forts de
Barcelone qu’il occupe, le mettra sur un pied respectable, et lui
permettra de disposer d’une division pour seconder vos opérations.
Le général Junot doit également vous appuyer par une division dans
le bas de l’Espagne. Quelles que soient les intentions de la cour
de Madrid, vous devez comprendre que ce qui est surtout utile, c’est
d’arriver à Madrid sans hostilités, d’y faire camper les corps
par division pour les faire paraître plus nombreux, pour faire
reposer mes troupes et les réapprovisionner de vivres. Pendant ce
temps, mes différends s’arrangeront avec la cour d’Espagne.
J’espère que la guerre n’aura pas lieu, ce que j’ai fort à
cœur. Si je prends tant de précautions, c’est que mon habitude
est de ne rien donner au hasard. Si la guerre avait lieu, votre
position serait plus belle, puisque vous auriez sur vos derrières
une force plus que suffisante pour les protéger, et sur votre flanc
gauche la division Duhesme, forte de 14 000 hommes. Vous auriez
aussi alors des nouvelles de la division du général Junot.
L’ensemble de ces dispositions serait on ne peut pas plus
favorable.</p><p>J’ai
donné pour instruction primordiale à Tournon d’être rendu le 15
à Burgos<sup>[^10]</sup>.
Faites-le guetter sur la route ; il vous instruira de la
situation des choses. Mon ambassadeur à Madrid<sup>[^11]</sup>
a reçu également l’ordre de vous transmettre tous les
renseignements qui pourront vous être utiles. Je veux rester ami
avec l’Espagne et remplir mon but politique sans hostilités ;
mais j’ai dû me mettre en mesure pour que, s’il le fallait, je
pusse surmonter la résistance par la force.</p><p>Je
vous ai envoyé l’ordre de faire payer aux troupes tout l’arriéré
avant leur entrée à Madrid, afin qu’arrivées dans cette ville,
elles fassent de la dépense et ne fassent pas de vilenies.</p><p>Je
suis obligé de retarder mon départ de quelques jours ; mais,
lorsqu’il le faudra, j’arriverai bien promptement. Mandez-moi de
vos nouvelles le plus tôt que vous pourrez.</p><p>Quant
aux affaires, vous me transmettrez toutes les propositions directes
ou indirectes qui seraient faites, et vous répondrez que je serai à
Burgos, lorsque mes troupes arriveront à Madrid.</p><p>Comme
il faut toujours marcher en bon militaire, il est fort important de
veiller le corps espagnol de Galice<sup>[^12]</sup>.
J’ai ordonné au général Junot de tenir une division prête pour
se concerter avec la 3<sup>e</sup> division du général Dupont<sup>[^13]</sup>
et avec le général Merle.<sup>[^14]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: Alexandre Berthier.
[^2]: Mahler, tué la veille à Valladolid par un conscrit au cours d’un exercice à feu.
[^3]: Vedel.
[^4]: Barbou.
[^5]: Rigau.
[^6]: Manigault-Gaulois.
[^7]: <span></span> 1<sup>re</sup> légion à Lille - 2<sup>e</sup> légion à Metz - 3<sup>e</sup> légion à Rennes - 4<sup>e</sup> légion à Versailles - 5<sup>e</sup> légion à Grenoble.
[^8]: La division Taranco, commandée par Ballesta, puis plus tard par le général français Quesnel.
[^9]: La division d’observation des Pyrénées-Orientales. Napoléon l’appelle tour à tour corps ou division (voir quelques lignes plus bas).
[^10]: Voir CG8-17282.
[^11]: François de Beauharnais.
[^12]: Taranco.
[^13]: Malher a été tué le 13 mars. Il sera remplacé provisoirement par Mouton.
[^14]: Expédition, Archives nationales, fonds Murat, 31 AP 24, d. 467, p. 11. [C 13652]</body> |
|---|
| |