CG8-17356.md

identifiantCG8-17356.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1808/03/09 00:00
titreNapoléon à Murat, lieutenant de l’Empereur en Espagne
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 17356. - </b>À Murat, lieutenant de l’Empereur en Espagne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 9 mars 1808</h2><p>Mon frère, je reçois votre lettre du 6 mars. Je vois avec plaisir que l’affaire de Saint-Sébastien a bien fini<sup>[^1]</sup>. La moindre hostilité sur ce point m’eût été très désagréable. C’est aujourd’hui le 9. Je suppose que vous êtes à l’heure qu’il est à Vitoria, d’où je recevrai de vos nouvelles. Vous serez probablement le 14 à Burgos<sup>[^2]</sup>. Le principal est que le maréchal Moncey fasse filer ses 300 000 rations de biscuit sur Aranda le général Dupont a déjà les siennes à Valladolid, et que les deux corps d’armée aient leur pain et leur biscuit avec eux pour une quinzaine de jours, afin d’éviter tout désordre et d’être sûr que l’armée marche en bon ordre. Le major général<sup>[^3]</sup> vous expédie des ordres de mouvement par un officier d’état-major qui vous arrivera avant l’estafette, puisqu’il part aujourd’hui à six heures du soir. J’espère que ma Garde sera toute réunie le 14 ou le 15 à Burgos, et que vous aurez assuré mes escortes de Bayonne à Burgos. Je donne ordre au général Merle de laisser 1 000 hommes dans la citadelle de Pampelune<sup>[^4]</sup> et de se rendre à Vitoria, où il devra être le 15 ou le 16. Sa seconde brigade, composée de cinq bataillons de la réserve que je suppose devoir arriver le 12 ou le 14 à Bayonne, continuera également sa route sur Vitoria, ce qui portera la division du général Merle à 4 500 hommes d’infanterie et douze pièces de canon. Le régiment de marche qui arrive aujourd’hui 9 à Bordeaux, et qui probablement sera le 16 ou le 17 à Bayonne, dirigera également sa marche sur Vitoria pour augmenter encore la division Merle. Enfin la division Verdier<sup>[^5]</sup>, qui arrive aujourd’hui et demain à Bordeaux, arrivera le 17 et le 18 à Bayonne et formera la seconde division de réserve. Quatre régiments de marche de cavalerie, qui arriveront le 20 et le 21 à Bayonne, continueront leur route sur Vitoria, pour se ranger sous les ordres du général Merle. La seconde partie de ma Garde, composée des fusiliers et de plusieurs détachements de cavalerie, formant 3 000 hommes et 500 chevaux, arrivera à Bordeaux le 20, et continuera sa marche, ce qui formera sur mes derrières une réserve assez considérable, maintiendra ma communication avec Madrid, et fera face aux troupes espagnoles de Galice<sup>[^6]</sup>. Il faut que le général Merle fasse son mouvement de Pampelune de manière à ce qu’on s’en aperçoive le moins possible. Il laissera le général Darmagnac avec un millier d’hommes dans la citadelle.</p><p>Vous verrez par les ordres que vous recevrez du major général que, le 16, la deuxième division du maréchal Moncey<sup>[^7]</sup> devra être sur Aranda, et que sa troisième division<sup>[^8]</sup> partira le 15 de Burgos pour marcher sur Aranda, de manière que, le 17, le général Grouchy avec ses deux brigades de cavalerie, ayant chacune trois pièces d’artillerie légère, la première et la seconde division du maréchal Moncey, se mettent en marche sur la montagne de Somosierra<sup>[^9]</sup>, pour arriver le 18 au soir au pied de cette montagne, la passer le 19, et y séjourner le 20, si vous ne recevez pas de nouveaux ordres. Cette journée du 20 sera employée à faire passer la troisième division du maréchal Moncey, de sorte que le 21 tout son corps se trouve réuni à une marche au-delà de la montagne ; que le général Dupont marchera de manière à se trouver le 19 à l’intersection des chemins de Ségovie et Saint-Ildefonse avec celui de Madrid ; qu’il ne mènera avec lui que sa cavalerie<sup>[^10]</sup>, son artillerie et deux divisions<sup>[^11]</sup>, et qu’il laissera sa troisième division<sup>[^12]</sup> à Valladolid pour observer le corps espagnol qui est en Galice. Il est nécessaire que vous ayez des renseignements positifs sur le lieu où se trouve ce corps, et que le général qui commandera de ce côté ait soin de vous informer de tout ce qui viendrait à sa connaissance. Le maréchal Moncey doit marcher avec sa seconde division ; vous, avec la troisième. Les divisions doivent camper par brigade, en conservant entre chaque brigade une distance d’une lieue, et une de six ou sept lieues entre la dernière brigade de l’armée et l’avant-garde. S’il arrivait que les Espagnols fussent en situation de se défendre à Madrid, le général Dupont doit se diriger sur Saint-Ildefonse, se réunir à vous, et marcher sur Madrid pour donner ensemble, si cela est nécessaire.</p><p>Enfin, l’armée doit être abondamment pourvue de tout, marcher dans le meilleur ordre. Retardez même votre mouvement d’un jour, pour peu que cela soit nécessaire, afin qu’il n’y ait pas de traîneurs. Du reste, il faut marcher avec confiance et en attitude de paix, en prenant cependant les précautions convenables. Envoyez de mon côté, sur Burgos et Bayonne, les hommes considérables que pourrait envoyer l’Espagne, le prince de la Paix, le prince des Asturies<sup>[^13]</sup>, s’ils venaient. Que tous vos propos soient pacifiques ; dites que vous marchez sur Cadix et sur Gibraltar. Je vous ai écrit hier que mon intention est qu’avant de partir, la solde soit payée jusqu’au 1<sup>er</sup> mars aux officiers et aux soldats, et que le payeur de Bayonne a reçu des ordres en conséquence. Cela est très important pour que le soldat ne pille pas et puisse acheter ce dont il aura besoin. Il faut que les caisses soient abondamment pourvues, afin qu’arrivé à Madrid, on paye la solde courante avec exactitude, et qu’on rembourse les pertes provenant du change des monnaies.</p><p>Le général espagnol Solano est parti de la rive gauche du Tage<sup>[^14]</sup> pour Badajoz, où il arrive le 10, afin de se diriger sur Cadix ou sur Madrid. L’important est de savoir laquelle de ces deux routes il suivra en partant de Badajoz<sup>[^15]</sup>.</p><p>Je serai probablement rendu à Burgos le 22. Je vous ai déjà mandé de faire suivre à une brigade de mes chevaux la division du maréchal Moncey, et d’en envoyer une autre à la division du général Dupont. Mes chevaux doivent suivre votre quartier général, hormis une réserve, qui restera à Burgos. Menez, avec les chevaux qui suivront votre quartier général, une compagnie de 60 gendarmes d’élite, les mamelucks, 60 chasseurs, 60 grenadiers, 60 dragons et 120 Polonais avec trois pièces d’artillerie légère. Ces 3 ou 400 hommes vous formeront une réserve. Le reste de ma cavalerie sera répandu depuis Burgos jusqu’à Aranda, et depuis Burgos jusqu’à Bayonne, pour mon escorte. Faites en sorte qu’indépendamment de l’infanterie il y ait à Vitoria assez de cavalerie pour mon escorte et pour ma Garde.</p><p>Donnez toutes les assurances possibles au prince de la Paix, au Roi, à tout le monde. Le plus important de tout est que le plus grand ordre soit observé pendant la marche.</p><p>Je vous réitère encore qu’aucun des mouvements prescrits ci-dessus n’est pressé ; qu’il faut retarder un jour ou deux, si cela est nécessaire ; que les corps doivent être munis de quinze jours de vivres et de biscuit, être bien habillés, bien armés, avoir leurs cinquante cartouches par homme ; enfin être en mesure, après avoir passé la montagne, de faire de grandes marches, s’ils en reçoivent l’ordre. Je vous ai dit qu’il fallait passer la montagne le 19. Il n’y a pas d’inconvénient à ne la passer que le 20 ou le 21 ; mais que le corps du général Dupont marche toujours en conséquence.<sup>[^16]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napol</h3> [^1]: Le 3 mars, Godoy avait donné l’ordre au duc de Crillon-Mahon, gouverneur de la province de Guipuzcoa, de rendre la place de Saint-Sébastien aux Français. Le général Thouvenot l’a occupée le 8. [^2]: Il y sera le 13. [^3]: Alexandre Berthier. [^4]: Général Darmagnac. [^5]: Division de réserve d’infanterie venant d’Orléans. [^6]: La division Taranco commandée par Ballesta, puis plus tard par le général français Quesnel. [^7]: Général Gobert. [^8]: Général Morlot. [^9]: Comprendre : le col qui permet de franchir la chaîne montagneuse de la Sierra Guadarrama. [^10]: Frésia. [^11]: <span></span> Barbou (1<sup>re</sup> division) et Vedel (2<sup>e</sup> division). [^12]: Frère. [^13]: Respectivement Godoy et Ferdinand. [^14]: Setứbal. [^15]: Carrefour stratégique à la frontière de l'Espagne avec le Portugal. [^16]: Expédition, Archives nationales, fonds Murat, 31 AP 24, d. 467, p. 9. [C 13632]</body>