CG8-17233.md

identifiantCG8-17233.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1808/02/18 00:00
titreNapoléon à Louis, roi de Hollande
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 17233. - </b>À Louis, roi de Hollande</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 18 février 1808</h2><p>Mon frère, je reçois votre lettre du 14 février, et j’y réponds par courrier extraordinaire ; car les circonstances deviennent urgentes. Faites passer sur-le-champ <i>une</i><sup>[^1]</sup> frégates [<i>sic</i>] et vos 2 corvettes à Flessingue ; car, avant six semaines, mon escadre de Flessingue sera armée. Je vous laisse le maître de les faire passer par le dehors ou le dedans ; mais je préfère qu’elles passent par le dedans, parce qu’elles seront sûres d’arriver, au lieu que par le dehors elles ne le sont pas ; cependant, cela dépend de la situation des croisières anglaises. Si vous pouvez faire passer à Flessingue les 2 vaisseaux, les 3 frégates et les 2 bricks que vous faites armer dans la Meuse, ce sera un grand bien ; ces bâtiments se joindront à mon escadre ; répondez-moi là-dessus. Je ne pense pas qu’ils puissent passer par l’intérieur ; ils n’ont que la chance de passer par le dehors ; vos marins pensent-ils que cela soit possible ? Les 3 vaisseaux, la frégate et les 4 bricks que vous allez avoir au Texel sont-ils prêts ? Mettez-les promptement en état de partir et donnez-leur cinq ou six mois de vivres. Mais, qu’est-ce que 5 vaisseaux, tandis que, par votre état de situation, je vois que vous pouvez en avoir 7 au Texel et 2 dans la Meuse ? Il est indispensable que vous fassiez armer et radouber les vaisseaux du Texel qui étaient en rade à votre avènement au trône. Est-il de votre honneur que, sous votre règne, la Hollande me serve moins que sous Schimmelpenninck<sup>[^2]</sup> ? Alors, elle avait 7 vaisseaux au Texel, et 2 vaisseaux dans la Meuse et un grand convoi de vaisseaux marchands au Texel.</p><p>Vous devez faire achever sans délai les 6 vaisseaux et les 4 frégates que vous avez en construction. Car enfin, si l’Angleterre ne veut pas adhérer à des conditions de paix, il faudra entreprendre quelque chose. Pour cela, vous me demandez deux choses : 1<sup>o</sup> que je vous renvoie votre flottille. J’ai déjà donné l’ordre que la moitié se rendît à Flessingue ; une partie de cette flottille est toujours nécessaire pour des opérations subséquentes. Quant à l’autre moitié, faites-moi connaître si vous voulez retirer le matériel qui est dans mes ports et me laisser le personnel. J’y consentirai, quoique je voie avec peine désorganiser ma flottille<sup>[^3]</sup>, qui est un de mes plus grands moyens contre l’Angleterre ; mais, au moins, le personnel me restera.</p><p>La seconde demande que vous me faites, est celle d’un emprunt de 12 ou 15 millions. Si j’avais de l’argent, je vous les prêterais volontiers ; mais je n’en ai point. Par les comptes de mes finances qui vont être publiés, vous verrez que l’immensité de mes armées, trois levées de conscription dans une année, l’achat de 60 000 chevaux, les dépenses de mes armées d’Espagne et de Dalmatie absorbent tout. Je vais vous dire en confidence que je vais avoir 900 000 hommes sur pied, qui avec le matériel et les attirails nécessaires me coûteraient 500 millions, si je les avais en France, et qui absorberont les 300 millions que, par l’organisation de mes finances, je puis donner à la Guerre. Toutes mes escadres sont en mer<sup>[^4]</sup>. Voulez-vous ne m’aider en rien ? 12 vaisseaux de guerre sont partis de Toulon pour détruire les croisières anglaises<sup>[^5]</sup> ; j’attends un heureux résultat de ces entreprises. Le roi de Naples me coûte aussi beaucoup d’argent. Je ne puis vous rien donner ; mais je suis prêt à vous appuyer de ma garantie et de ma signature dans le parti qu’il vous paraîtra le plus convenable de prendre. Ainsi voulez-vous faire un emprunt de 15 millions, qui sera payé avec une partie des intérêts de la dette, qui portera intérêt à 5 pour 100 et qui sera hypothéqué sur les revenus des colonies de Surinam, Demerari, etc. ? Je consens à vous signer la garantie que vos colonies vous seront restituées, et, dans le cas où des événements qu’on ne peut prévoir en ordonneraient autrement, je prends sur moi le remboursement de cet emprunt. En conséquence, vous pourriez déclarer que vous ne payerez que la moitié même de l’intérêt de la dette, que j’estime être de 50 à 60 millions, et l’autre moitié serait convertie en un emprunt <i>hypothéqué sur les</i> colonies de Surinam, etc., pour lequel j’offre ma garantie, et qui serait remboursable par loterie dans les cinq premières années de la paix, ou que je prends à ma charge, si on ne vous rend pas vos colonies. Par ce moyen, vous gagnerez d’un coup de plume 30 millions, vous aurez des flottes, et vous ferez que la nation hollandaise s’enorgueillisse et profite des moyens qu’elle a.</p><p>À votre place, il n’y a nul doute que j’aurais depuis longtemps réduit un tiers de l’intérêt de votre dette ; que j’en aurais constitué les deux autres tiers <i>de l’intérêt</i>, c’est-à-dire les 40 autres millions, en annuités remboursables dans les cinq premières années de la paix. Quelque mesure de cette espèce vous est nécessaire ; je vous offre ma garantie et ma signature. Vous pourrez employer ces 30 millions ; vous ferez du bien à votre pays, vous vous attacherez les militaires et vous flatterez l’orgueil national. La Hollande est humiliée de n’être rien, et, s’il faut que je vous parle clair, vous devez vous attendre que, si vous ne m’offrez pas sur-le-champ les 9 vaisseaux qui étaient il y a deux ans en rade, pour se combiner avec mon escadre de Flessingue, il arrivera nécessairement que vos colonies ne vous seront pas rendues, et vous aurez fait le plus grand tort à votre nation. Croyez-en mon expérience et l’intérêt que je porte à vos peuples.</p><p>Au total, il vous faut de l’argent : vous demandez 15 millions d’extraordinaire. Vous pouvez les avoir par le moyen que je vous indique. Quelque parti que vous preniez, ce qui sera hypothéqué sur les revenus de la Guyane, je le garantirai, et vous le rembourserai, si ces colonies ne vous sont pas rendues. En attendant, ne perdez pas un moment. Ordonnez des armements ; annoncez des expéditions en Irlande et de grandes opérations combinées. Voulez-vous indisposer les puissances du continent, vous ruiner entièrement dans l’opinion de votre nation ? Ne faites rien ; et par-dessus tout, l’état de langueur où vous êtes n’aura point de terme. Les Anglais sont obligés d’avoir un grand nombre de vaisseaux à la suite des escadres que j’envoie dans les différentes parties du monde ; s’ils sont obligés d’en avoir au Texel, à Boulogne, etc., cela les constituera dans de grandes dépenses et amènera tant de chances d’événements, que cela accélérera leurs dispositions pacifiques. Votre honneur et celui de votre nation, le succès de la cause commune sont attachés aux efforts que vous ferez. Il ne faut point de si ni de mais ; il faut réussir. Levez tous les obstacles, et prenez des mesures pour que les vaisseaux qui sont en construction soient promptement mis à l’eau et que ceux qui sont désarmés soient réparés et mis en rade.<sup>[^6]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napol</h3> [^1]: Napoléon a surchargé « deux » laissant le pluriel. [^2]: Ambassadeur à Paris, puis Grand Pensionnaire. Il s’est retiré de la vie politique à la création du royaume de Hollande. [^3]: Celle de Boulogne. [^4]: C’est inexact : seulement Rochefort et Toulon. [^5]: Ce sont 16 vaisseaux dans la lettre à Caulaincourt du 17 février et l’armée navale de Ganteaume n’a jamais reçu cette mission. [^6]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 25.</body>
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