CG8-17151.md

identifiantCG8-17151.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1808/02/07 00:00
titreNapoléon à Joseph, roi de Naples
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG8</i> - 17151. - </b>À Joseph, roi de Naples</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 7 février 1808</h2><p>Mon frère, je vous ai écrit, le 24 janvier<sup>[^1]</sup>, sur l’opération de Sicile ; je suppose que vous avez fait les dispositions nécessaires. Voici les nouvelles que je reçois ce soir : l’amiral Ganteaume me mande, en date du 3 février, de la rade de Toulon, que mon escadre de Rochefort<sup>[^2]</sup> a été signalée sur Villefranche le 3, à dix heures du matin ; qu’en conséquence il donnait ordre de défourcher pour marcher à sa rencontre, et qu’il se porterait probablement sur Corfou, pour donner chasse à la croisière anglaise, et favoriser le passage de tous les bâtiments de Brindisi et d’Otrante sur Corfou, et tâcher de prendre quelques vaisseaux à l’ennemi. Vous sentez combien il est important que vous gardiez le plus profond secret, et que, cependant, vous expédiiez sans délai deux officiers sûrs et intelligents, l’un sur Otrante et Brindisi, et l’autre sur Tarente. Celui que vous enverrez à Otrante et à Brindisi doit faire en sorte que tous les convois qui se trouvent dans ces ports soient prêts à mettre à la voile, afin que Corfou soit abondamment ravitaillé. Corfou est tellement important pour moi que sa perte porterait un coup funeste à mes projets ; l’Adriatique serait fermée, et votre royaume aurait sur son flanc gauche un port où l’ennemi recruterait des Albanais et d’autres troupes pour vous attaquer ; d’un autre côté, il se trouverait avoir une grande influence dans l’Albanie. Je compte donc sur votre zèle pour que rien ne soit oublié, et pour profiter de cette circonstance unique pour mettre Corfou à l’abri de tout événement. Tout ce qui appartient au 6<sup>e</sup> de ligne, au 14<sup>e</sup> léger, au 5<sup>e</sup> de ligne italien, un bataillon napolitain, un autre bataillon italien doivent <i>y passer et renforcer la garnison de Corfou</i>. Je n’ai point d’état de situation de ce qui se trouve à Otrante et à Brindisi, de sorte que j’ignore quelle sera la force de la garnison de Corfou lorsque ces renforts y seront arrivés. Mais mon intention est que, sans délai, vous fassiez embarquer un autre bataillon français, le plus à portée, afin qu’il y ait dans la seule île de Corfou 6 000 hommes, français, italiens et napolitains, sans y comprendre les Albanais et les Corfiotes ; ce qui en portera le nombre à 7 500 hommes. Alors les Anglais ne pourront point y descendre, et je serai maître pour jamais de cette île. Faites-y passer toute la poudre, les outils de pionniers, les affûts dont vous pourrez disposer, et envoyez-y tout l’argent que vous avez au trésor de Naples, à raison de 250 000 francs par mois. Faites même l’avance de ces 250 000 francs pour février et mars. Ainsi vous profiterez de cette circonstance pour y envoyer au moins un million. Bondez-la de blé, de farine et autres objets. Je vous tiendrai compte de tout l’argent que vous y aurez envoyé extraordinairement. Faites-y passer aussi quelques officiers du génie et d’artillerie d’extraordinaire. Corfou ainsi assuré, vous enverrez un homme très discret auprès de l’amiral Ganteaume pour lui faire connaître si vos intentions sont qu’il se présente devant Reggio. Écrivez-lui de se présenter devant Catane et Reggio, pour protéger le débarquement des 7 ou 8 000 hommes qui occuperaient le Phare, y placeraient une batterie, et s’empareraient des faubourgs de Messine. Dès ce moment la conquête de la Sicile serait assurée, puisque vous dirigeriez votre monde sur Reggio pour renforcer jusqu’à 15 000 hommes l’expédition qui partirait de ce point.</p><p>Ce plan est calculé sur le principe que vous êtes maître de Scilla, le point le plus important du monde. Si vous n’êtes pas maître de Scilla, tout devient impossible, et la Sicile aura été perdue par votre faute<sup>[^3]</sup>. Je vous envoie une note sur mon armée navale et les moyens de transport qu’elle a avec elle. Vous n’aurez pas manqué d’en préparer de votre côté ; et votre lettre que j’attends demain me fera connaître sur quoi je puis compter.</p><p>Il ne faut point discontinuer d’aucune manière vos préparatifs d’embarquement devant Naples ; car il serait possible que l’amiral Ganteaume se portât devant Naples, s’il est contrarié dans son mouvement d’ailleurs, et marchât sur le cap Mortelle<sup>[^4]</sup>, pour s’emparer du Phare. D’ailleurs j’attends une autre escadre dans la Méditerranée, et il est bon que vos moyens maritimes soient prêts à tout événement. Ce maudit rocher de Scilla me contrarie dans toutes mes conceptions ; je vous avais cependant fait sentir que de là tout dépendait.</p><p>Il serait possible que mon escadre fût obligée de se réfugier dans votre port de Tarente ; faites placer quelques pièces de canon dans l’île, et que tout soit prêt pour protéger mon escadre.</p><p>En résumé, le 3 février, à trois heures après midi, l’amiral Ganteaume n’était pas encore parti de Toulon et n’avait point pris le parti définitif de se rendre devant Corfou ou Naples. S’il était contrarié par les événements ordinaires de la mer, qu’il eût le temps de recevoir mes ordres, et que j’eusse votre réponse à mes lettres du 24 janvier, il n’y a nul doute que je lui ordonnerais de se rendre devant Naples ; mais Scilla est-il pris ?</p><p>Il est probable que l’amiral Ganteaume sera parti pour Corfou et qu’il y sera arrivé, ou sur le point d’y arriver, lorsque vous recevrez cette lettre. Alors vous devez faire en sorte de compléter la garnison de Corfou à 6 000 hommes, Français et Italiens, et à la pourvoir abondamment de tout. Vous devez presser le siège de Scilla et faire dire à l’amiral Ganteaume, si cela vous paraît convenable, de venir devant Catane et Reggio, de débarquer 7 à 8 000 hommes pour occuper le Phare, et alors faire votre mouvement entier sur ce point ; enfin vous devez continuer l’armement maritime <i>à Naples</i>, pour pouvoir débarquer la plus grande quantité de monde possible en Sicile. Dans la circonstance actuelle de l’Europe, vous ne pouvez pas manquer de troupes, et je vous en enverrai autant que vous voudrez. Quand vous apprendrez que Ganteaume est à Corfou, accélérez le mouvement intermédiaire des troupes que vous avez entre Reggio et Naples, sur Reggio, puisque c’est de Reggio qu’aura lieu tout le mouvement, tout en continuant les préparatifs maritimes à Naples. <i>Jusqu’à ce que vous ayez reçu des nouvelles de</i> Ganteaume, vous devez agir de manière à être toujours prêt, à Naples, à embarquer à son bord vos troupes, en marchant droit à Mortelle, toujours dans le but de s’emparer du Phare. Enfin vous devez garder le plus grand secret sur tout ceci, car l’espionnage peut aller vite de Naples en Sicile, et une indiscrétion nous exposerait aux plus grands malheurs. Saliceti, un officier de marine et vous, devez être seuls dans le secret, et même l’officier que vous enverrez à Otrante et Brindisi ne doit rien savoir ; vous lui remettrez une lettre cachetée qu’il ne devra ouvrir que lorsqu’il apprendra quelque chose d’extraordinaire à Otrante.</p><p>Je n’ai pas besoin de vous recommander de tenir les batteries de Tarente et de Baia en bon état, pour protéger mes escadres.</p><p>Vous sentez que je vous écrirai tous les jours.</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p><i>P.S.</i> Lorsque vous saurez que Ganteaume est arrivé devant Corfou, expédiez un courrier au vice-roi<sup>[^5]</sup> et au général Le Marois, pour accélérer le départ de tout ce qu’il y aurait à Venise et à Ancône, destiné pour ce point.<sup>[^6]</sup></p> [^1]: Voir CG8-17062. [^2]: Commandée par Zacharie Allemand. [^3]: Le projet de débarquement en Sicile sera abandonné car l’objectif premier de Napoléon était de ravitailler Corfou. Voir plus bas la lettre suivante à Joseph. [^4]: Partie insulaire du détroit de Messine. [^5]: Eugène. [^6]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 11. [C 13537]</body>
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