| identifiant | CG1-0607.md |
|---|
| fait partie de | correspondance |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1796/05/17 00:00 |
|---|
| titre | Napoléon au général Masséna |
|---|
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 607. - </b>Au général Masséna</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Milan, 28 floréal an IV [17
mai 1796]</h2><p style="text-align: center"><br/>
</p><p>Les troupes aux ordres du général Masséna destinées à faire
le siège de la citadelle de Milan[^1]
feront un double service : celui de la ville et celui du siège.</p><p>Le général Masséna, de concert avec l’officier commandant le
génie, réglera le nombre des bataillons qui devront être, chaque
jour, de tranchée, de manière qu’un même bataillon ne monte pas
une seconde fois la tranchée que tous les autres ne l’aient montée
une fois. Le plus ancien chef de brigade sera chef de tranchée, et
ainsi des autres alternativement. S’il y a plusieurs attaques
séparées, il y aura plusieurs chefs de tranchée.</p><p>Les bataillons des demi-brigades qui devront monter la tranchée
seront toujours commandés la veille et ne fourniront pas de garde le
jour qu’ils seront de tranchée, à l’exception de la garde du
camp, qui sera commandée par un sergent. Les compagnies de
grenadiers ou carabiniers des bataillons qui ne seront pas de
tranchée peuvent être commandées à leur rang pour renforcer la
tranchée, ou pour les attaques.</p><p>Il sera nommé tous les jours un officier général pour monter la
tranchée. Cet officier en reconnaîtra une fois tous les débouchés,
places d’armes et angles avantageux, afin de déterminer en
conséquence l’ordre et les positions des troupes en cas d’attaque.</p><p>Le chef de brigade ou de bataillon de tranchée en fera le détail
quant aux services des troupes, pendant les vingt-quatre heures qu’il
y sera, et il veillera à l’exacte observation de tout ce qui sera
ordonné ; il fera d’avance la visite des postes de la
tranchée.</p><p>Le général Masséna ordonnera à l’officier général de
service de prévenir exactement le chef de brigade ou de bataillon de
tranchée de l’endroit où les troupes doivent se rassembler en cas
de sortie.</p><p>Le général Masséna nommera un ou plusieurs officiers
intelligents et actifs pour être chargés des détails de la
tranchée pendant tout le siège. Cet officier sera chargé de
recevoir les munitions qui seront apportées à la queue de la
tranchée, comme sacs à terre, gabions[^2],
dont il tiendra un état.</p><p>Le général Masséna donnera des ordres pour qu’il y ait
toujours des brancards prêts à porter les blessés. L’officier
chargé des détails de la tranchée fera part chaque jour au chef de
l’État-major général de l’armée de la marche des travaux, du
nombre des tués et des blessés ; il tiendra un journal du
siège.</p><p>La tranchée sera exactement relevée toutes les vingt-quatre
heures. Le général Masséna fixera l’heure à laquelle on devra
la monter et le lieu du rendez-vous où les troupes doivent
s’assembler. Elles s’y rendront assez à l’avance pour que
l’officier général de tranchée en fasse l’inspection.</p><p>Il sera formé par chaque bataillon, avant qu’il entre dans la
tranchée, deux piquets de huit escouades, dont l’une marchera à
la tête, l’autre à la queue du bataillon, pour être employées
et placées au besoin dans les postes ou aux usages que le général
de tranchée pourrait ordonner. Les piquets seront commandés par un
capitaine et un lieutenant. Le reste du bataillon restera formé
comme à l’ordinaire.</p><p>Les tambours seront partagés et mis à la tête et à la queue de
chaque bataillon.</p><p>Chaque bataillon et chaque compagnie de grenadiers enverront,
avant l’heure d’être relevés, un fusilier d’ordonnance à la
queue de la tranchée, pour conduire les troupes qui devront les
relever.</p><p>Lorsque les nouvelles troupes de tranchée arriveront, les
anciennes leur céderont le côté de l’épaulement</p><p>Toutes les troupes, soit en montant, soit en descendant la
tranchée, marcheront tambours battant, drapeaux déployés, la
baïonnette au bout du fusil.</p><p>Lorsque les troupes auront pris leur poste dans la tranchée, les
porte-drapeaux planteront leurs drapeaux sur l’épaulement[^3].
Il sera placé des sentinelles de distance en distance ; elles
auront pour consigne d’avertir de ce qu’elles pourront voir
sortir de la place et des bombes qui en partiront.</p><p>On placera sur l’épaulement de la tranchée des sacs à terre
pour couvrir les sentinelles.</p><p>Les officiers feront travailler chaque soldat, dans son terrain, à
élargir la tranchée et à épaisser l’épaulement.</p><p>On ne rendra dans la tranchée aucun honneur à qui que ce soit.</p><p>Lorsque le général en chef ou le général de division viendra,
les soldats se tiendront seulement debout, l’arme au bras, faisant
face à l’épaulement et prêts à monter sur la banquette.</p><p>Lorsque les troupes sortiront de la tranchée, elles marcheront en
colonne renversée.</p><p>L’infanterie du camp doit faire le nombre de gabions et de
fascines[^4]
ou claies ordonnés[^5] ;
ils seront payés au prix qui aura été réglé par le commandant du
génie. L’officier chargé du détail de la tranchée en donnera
des reçues, sur lesquels le commandant du génie fera payer ce qui
est dû à chaque compagnie.</p><p>Les gabions seront de trois pieds de hauteur et de deux pieds et
demi de diamètre ; les claies auront six pieds de longueur ;
les fascines auront six pieds de long sur dix pouces de diamètre.</p><p>Les bataillons auront toujours à la tête de leur camp ou bivouac
une quantité réglée de fascines, qu’ils remplaceront à mesure
qu’elles se consommeront.</p><p>Tout soldat allant à la tranchée prendra, en partant de son
camp, une fascine qu’il laissera à la queue de la tranchée.</p><p>Les détachements de travailleurs seront de tel
nombre d’escouades qu’on jugera à propos de demander, commandées
et composées ainsi qu’il est d’usage pour les diverses espèces
de détachements armés ; ces détachements seront commandés
par demi-brigades. Les demi-brigades ou bataillons qui seront de
tranchée ou qui la descendront ne fourniront pas de travailleurs,
mais ils ne devront pas moins reprendre leur tour dans la suite du
siège.</p><p>Les travailleurs seront conduits au rendez-vous
par un adjudant-major de chaque bataillon.</p><p>Chaque commandant d’escouade sera chargé de
faire travailler et de contenir les soldats qui la composent.</p><p>Les travailleurs marcheront dans le plus grand
silence et suivront ce qui leur sera prescrit par les ingénieurs.</p><p>Il y aura des détachements pour soutenir les
travailleurs. Les postes avancés de ces détachements resteront
couchés à terre jusqu’à ce que la tranchée soit assez profonde
pour couvrir un homme jusqu’à la ceinture ; alors les
détachements se retireront dans la tranchée.</p><p>Dans les lignes et batteries et autres lieux à
portée des dépôts de poudre, il ne sera permis à aucun soldat de
fumer.</p><p>En cas de sortie, les travailleurs se retireront
dans les lieux désignés, où ils ne puissent embarrasser les
troupes.</p><p>Pendant les sorties de l’ennemi, toutes les
batteries doivent se diriger sur le front de l’attaque pour en
écarter les assiégés.</p><p>Lorsque les troupes auront repoussé l’ennemi,
elles observeront de ne pas le poursuivre ; elles recevront à
cet égard des ordres de leurs généraux.</p><p>Aussitôt que l’attaque sera finie, les
travailleurs reviendront à leur poste.</p><p>Les travailleurs de tranchée qui auront été
commandés seront payés sur le certificat des officiers du génie
qui les auront employés.</p><p>Il ne pourra être fait aucune retenue sur cet
argent, et les travailleurs seront payés chaque jour.</p><p>Il sera fourni des travailleurs détachés quand
il en sera besoin pour aider à la construction des batteries ;
ils seront payés par l’artillerie.</p><p>Dès le commencement du siège il y aura deux
sergents affectés pour demeurer, pendant tout le temps de sa durée,
auprès du commandant des ingénieurs, un autre auprès de
l’ingénieur chargé du détail de la tranchée ; ils seront
payés sur le certificat du chef du génie.</p><p>Si la place est prise d’assaut, on empêchera le
pillage ; les munitions de bouche et de guerre et la caisse de
l’ennemi appartiendront à la République.[^6]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3><p><br/>
</p>
[^1]: La citadelle, commandée par le lieutenant-colonel Lamy, résistait
encore, alors que la ville était entre les mains des Français.
[^2]: Panier de branches tressées, rempli de terre ou de cailloux.
[^3]: Rempart de terre qui protège les tranchées.
[^4]: Autre forme de protection des tranchées, généralement des fagots.
[^5]: Cylindre rempli de cailloux, de sable ou de bois.
[^6]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 438, d’après le
dépôt de la Guerre.</body> |
|---|
| |