| identifiant | CG1-0599.md |
|---|---|
| fait partie de | correspondance |
| est validé | oui |
| date | 1796/05/14 00:00 |
| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 599. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Lodi, 25 floréal an IV [14 mai 1796]</h2><p><br/> </p><p>Je reçois dans l’instant le courrier parti, le 18, de Paris. Vos espérances sont réalisées, puisqu’à l’heure qu’il est toute la Lombardie est à la République. J’ai fait partir hier une division pour cerner le château de Milan. Beaulieu est arrivé à Mantoue avec son armée ; il a inondé tout le pays environnant ; il y trouvera la mort, car c’est le pays le plus malsain de l’Italie.</p><p>Beaulieu a encore une armée nombreuse ; il a commencé la campagne avec des forces supérieures. L’Empereur lui envoie 10 000 hommes de renfort, qui sont en marche.</p><p>Je crois très impolitique de diviser en deux l’armée d’Italie ; il est également contraire aux intérêts de la République d’y mettre deux généraux différents[^1].</p><p>L’expédition sur Livourne, Rome, Naples est très peu de chose ; elle doit être faite par des divisions en échelons, de sorte que l’on puisse, par une marche rétrograde, se trouver en force contre les Autrichiens, et les menacer de les envelopper au moindre mouvement qu’ils feraient.</p><p>Il faut pour cela non seulement un seul général, mais encore que rien ne le gêne dans sa marche et dans ses conceptions. J’ai fait la campagne sans consulter personne ; je n’eusse rien fait de bon s’il eût fallu me concilier avec la manière de voir d’un autre. J’ai remporté quelques avantages sur des forces très supérieures, et dans un dénuement de tout, parce que, persuadé que votre confiance se reposait sur moi, ma marche a été aussi prompte que ma pensée.</p><p>Si vous m’imposez des entraves de toutes espèces ; s’il faut que je réfère de tous mes pas aux commissaires du gouvernement, s’ils ont le droit de changer mes mouvements, de m’ôter ou de m’envoyer des troupes, n’attendez plus rien de bon. Si vous affaiblissez vos moyens en partageant vos forces, si vous rompez en Italie l’unité de la pensée militaire, je vous le dis avec douleur, vous aurez perdu la plus belle occasion d’imposer des lois à l’Italie.</p><p>Dans la position des affaires de la République en Italie, il est indispensable que le général qui y commande ait votre confiance. Si ce n’était pas moi, je ne m’en plaindrais pas ; mais je m’emploierais à redoubler de zèle pour mériter votre estime dans le poste que vous me confieriez. Chacun a sa manière de faire la guerre. Le général Kellermann a plus d’expérience et la fera mieux que moi ; mais tous les deux ensemble nous la ferons fort mal.</p><p>Je ne puis rendre à la patrie des services essentiels que seul.[^2] Il serait si facile de m’accuser d’ambition et d’orgueil, mais je vous dois l’expression de tous mes sentiments, à vous qui m’avez dans tous les temps donné des témoignages d’estime que je ne dois pas oublier.</p><p>Les différentes divisions de l’armée d’Italie prennent possession de la Lombardie. Lorsque vous lirez cette lettre, nous serons déjà en route, et votre réponse nous trouvera probablement près de Livourne[^3].[^4]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3><h3 style=""><br/> </h3> [^1]: Le projet évoqué ici consiste à confier le commandement des troupes ainsi divisées à Kellermann (occupation du nord) et à Bonaparte (poursuite des opérations au sud). [^2]: <span></span>La version du Second Empire tempère la tournure de Bonaparte en ajoutant «Je sens qu’il faut beaucoup de courage pour écrire cette lettre » (<i>Correspondance</i>, n° 420). [^3]: <span></span>La<i>Correspondance</i>achevait la lettre par cette phrase : « Le parti que vous prendrez dans cette circonstance est plus décisif, pour les opérations de la campagne, que 15 000 hommes de renfort que l’Empereur enverrait à Beaulieu ». [^4]: Copie d’expédition, S.H.D., Guerre, 17 C 1.</body> |