| identifiant | CG1-0589.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1796/05/11 00:00 |
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| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 589. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Lodi, 22 floréal an IV [11
mai 1796]</h2><p><br/>
</p><p>Je pensais que le passage du Pô serait
l’opération la plus audacieuse de la campagne, tout comme la
bataille de Millesimo, l’action la plus vive ; mais j’ai à
vous rendre compte de la bataille de Lodi[^1].</p><p>Le quartier général arriva à Casal le 21, à
trois heures du matin. À neuf heures, notre avant-garde rencontra
les ennemis défendant les approches de Lodi. J’ordonnai aussitôt
à toute la cavalerie de monter à cheval avec quatre pièces
d’artillerie légère qui venaient d’arriver, et qui étaient
attelées par les chevaux de carrosse des seigneurs de Plaisance. La
division du général Augereau, qui avait couché à Borghetto, celle
du général Masséna, qui avait couché à Casal, se mirent aussitôt
en marche. L’avant-garde, pendant ce temps-là, culbuta tous les
postes des ennemis et s’empara d’une pièce de canon. Nous
entrâmes dans Lodi poursuivant les ennemis, qui avaient déjà passé
l’Adda sur le pont. Beaulieu avec toute son armée était rangé en
bataille. Trente pièces de canon de position défendaient le passage
du pont. Je fis placer toute mon artillerie en batterie. La canonnade
fut très vive pendant plusieurs heures. Dès l’instant que l’armée
fut arrivée, elle se forma en colonnes serrées, le 2<sup>e</sup>
bataillon de carabiniers en tête, et suivi par tous les bataillons
de grenadiers, au pas de charge et aux cris de <i>Vive la
République</i>[^2],
l’on se présenta sur le pont, qui a cent toises de longueur.
L’ennemi fit un feu terrible. La tête de la colonne paraissait
même hésiter ; un moment d’hésitation eût tout perdu !
Les généraux Berthier, Masséna, Cervoni, Dallemagne, le chef de
brigade Lannes et le chef de bataillon Dupas le sentirent, se
précipitèrent à la tête et <i>décidèrent</i> <i>le sort encore
en balance.</i></p><p>Cette redoutable colonne renversa tout ce qui
s’opposa à elle ; toute l’artillerie fut sur-le-champ
enlevée, l’ordre de bataille ébranlé rompu…Elle sema de tous
côtés l’épouvante, la fuite et la mort ; en un clin d’œil
l’armée ennemie fut éparpillée. Les généraux Rusca, Augereau
et Beyrand passèrent, dès l’arrivée de leurs divisions, et
achev<i>ent</i> de décider la victoire. La cavalerie passa l’Adda
à un gué ; mais, ce gué s’étant trouvé extrêmement
mauvais, elle éprouva beaucoup de retard, ce qui l’empêcha de
donner.</p><p>La cavalerie ennemie essaya, pour protéger la
retraite de l’infanterie, de charger nos troupes ; mais elle
ne les trouva pas faciles à épouvanter. La nuit qui survint et
l’extrême fatigue des troupes, dont plusieurs avaient fait dans la
journée plus de dix lieues, ne nous ont pas permis de nous acharner
à leur poursuite. L’ennemi a perdu vingt pièces de canon, 2 à
3 000 hommes <i>morts ou </i>blessés ou prisonniers. Nous
n’avons perdu que 150 hommes morts ou blessés. Le citoyen Latour,
aide de camp capitaine du général Masséna, a été blessé de
plusieurs coups de sabre ; je demande la place de chef de
bataillon pour ce brave officier. Le citoyen Marmont, mon aide de
camp, chef de bataillon, a eu un cheval blessé sous lui. Le citoyen
Lemarois[^3],
mon aide de camp, capitaine, a eu ses habits criblés de balles ;
le courage de ce jeune officier est égal à son activité.</p><p>S’il j’étais tenus à nommer tous les
militaires qui se sont distingués dans cette journée
extraordinaire, je serais obligé de nommer tous les carabiniers,
grenadiers de l’avant-garde et presque tous les officiers de
l’état-major <i>mais je ne dois pas oublier l’intrépide
Berthier qui a été dans cette journée canonnier, cavalier et
grenadier</i>. Le chef de brigade Sugny, commandant l’artillerie,
s’est très bien conduit.</p><p>Beaulieu fuit avec les débris de son armée ;
déjà toute la Lombardie peut être considérée comme à la
République ; il traverse dans ce moment-ci les États de
Venise, dont plusieurs villes lui ont fermé leurs portes. J’espère
vous envoyer bientôt les clefs de Milan et de Pavie.</p><p>Quoique, depuis le commencement de la campagne,
nous ayons eu des affaires très chaudes et qu’il ait fallu que
l’armée de la République payât d’audace, aucune cependant
n’approche du terrible passage du pont de Lodi.</p><p>Si nous n’avons perdu que peu de monde, nous le
devons à la promptitude de l’exécution et à l’effet subit
qu’ont produit sur l’armée ennemie la masse et les feux
redoutables de cette intrépide colonne.</p><p>Je vous prie de confirmer le citoyen Monnier[^4],
adjudant général, qui sert en cette qualité, quoique non compris
dans le dernier travail. Je vous demande la place de capitaine pour
le citoyen Reille[^5],
aide de camp du brave Masséna, et pour le citoyen Thoiret, digne
adjudant-major du 3<sup>e</sup> bataillon des grenadiers. Dès
l’instant que nous resterons deux jours dans le même endroit, je
vous ferai connaître ceux[^6]
qui se sont le plus distingués dans cette célèbre journée.</p><p>Le commissaire du Gouvernement[^7]
a toujours été à mes côtés ; l’armée lui a des
obligations réelles.[^8]</p>
[^1]: 21 floréal an IV [10 mai 1796].
[^2]: Souligné sur l’expédition. Les autres mentions soulignées sont
autographes.
[^3]: Jean Léonor François Lemarois ou Le Marois (1776-1836), capitaine
en 1795, aide de camp de Bonaparte de 1795 à 1814, chef de
bataillon en décembre 1796.
[^4]: <span></span><a class="sdfootnotesym" href="#sdfootnote568anc" name="sdfootnote568sym">0</a>Jean-Charles Monnier (1758-1816), chef de bataillon, adjudant
général, chef de brigade puis général de brigade (nommé deux
fois par Bonaparte avant que le Directoire le confirme dans son
grade en mai 1797) à l’armée d’Italie.
[^5]: Honoré Charles Michel Joseph Reille (1775-1860), lieutenant puis
capitaine à l’armée d’Italie, aide de camp de Masséna.
[^6]: « passer le rapport des hommes » a été biffé et
remplacé par « connaître ceux ».
[^7]: Saliceti.
[^8]: Expédition,
S.H.D., Guerre, 17 C 99, fol. 45.</body> |
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