| identifiant | CG1-0583.md |
|---|
| fait partie de | correspondance |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1796/05/09 00:00 |
|---|
| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
|---|
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 583. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Plaisance, 20 floréal an IV
[9 mai 1796]</h2><p><br/>
</p><p>Je vous ai annoncé, citoyens directeurs, dans ma
dernière lettre, la retraite de l’armée autrichienne, qui a
repassé le Pô à Valence. Elle s’était fortifiée le long de
l’Agogna, du Terdoppio et du Tessin, afin de défendre l’entrée
du Milanais.</p><p>Après différentes marches et différents
mouvements militaires et diplomatiques pour lui faire penser que je
voulais passer à Valence, je me transportai, par une marche forcée,
à Castel San Giovanni avec 3 mille grenadiers et 1 500 chevaux.
À onze heures du soir, le chef de bataillon d’artillerie Andréossy
et l’adjudant général Frontin parcoururent avec cent hommes de
cavalerie la rive du Pô jusqu’à Plaisance, et arrêtèrent cinq
bateaux chargés de riz, d’officiers, de 500 malades et de toute la
pharmacie de l’armée.</p><p>À neuf heures du matin[^1],
nous sommes arrivés au Pô vis-à-vis Plaisance. Il y avait de
l’autre côté deux escadrons de hussards qui faisaient mine de
vouloir nous disputer le passage ; nous nous précipitâmes dans
les bateaux et abordâmes de l’autre côté. Après quelques coups
de fusil, la cavalerie ennemie se replia.</p><p>Le chef de brigade Lannes, aussi brave
qu’intelligent, est le premier qui ait mis pied à terre. Les
divisions de l’armée, qui étaient toutes en échelons à
différentes distances, ont précipité leur marche du moment que le
mouvement a été démasqué et ont passé dans la journée.</p><p>Cependant Beaulieu, instruit de notre marche, se
convainquit, mais trop tard, que ses fortifications du Tessin et ses
redoutes de Pavie étaient inutiles, que les républicains français
n’étaient pas si ineptes que François I<sup>er</sup>[^2],
il ordonna à un corps de 6 000 hommes et de 2 000 chevaux de se
porter à notre rencontre et de s’opposer à notre débarquement,
ou de nous attaquer lorsque nous ne serions pas encore formés. Il
s’est trompé dans son calcul, sur les midi, j’appris qu’une
division ennemie était près de nous ; nous marchâmes. Les
ennemis avaient vingt pièces de canon et étaient retranchés dans
le village de Fombio. Le général de brigade Dallemagne avec les
grenadiers attaqua sur la droite, l’adjudant général Lanusse[^3],
sur la chaussée, le chef de brigade Lannes, sur la gauche. Après
une vive canonnade et une résistance assez soutenue, l’ennemi dut
songer à sa retraite ; nous l’avons poursuivi jusque sur
l’Adda. Il a perdu une partie de ses bagages, 300 chevaux et 500
morts ou prisonniers, parmi lesquels plusieurs officiers.</p><p>Pendant la nuit, un autre corps autrichien de
5 000 hommes, qui était à Casal[^4],
partit à quatre heures du soir pour venir au secours de celui de
Fombio. Arrivé près de Codogno, quartier général du général
Laharpe, où il arriva à deux heures après minuit, il envoya des
tirailleurs qui culbutèrent nos vedettes.</p><p>Le général Laharpe monta à cheval pour
s’assurer de ce que ce pouvait être ; il fit avancer une
demi-brigade, l’ennemi fut culbuté et disparut ; mais, par un
malheur irréparable pour l’armée, le général Laharpe, frappé
d’une balle, tomba mort sur le coup.</p><p>La République perd un homme qui lui était très
attaché, l’armée un de ses meilleurs généraux, et tous les
soldats un camarade aussi intrépide que sévère pour la discipline.</p><p>Le général Berthier se rendit sur-le-champ à
Codogno. Il a poursuivi l’ennemi, lui a pris Casal et une grande
quantité de bagages. La 70<sup>e</sup> demi-brigade et le général
Menard se sont parfaitement conduits.</p><p>Le succès du combat de Fombio[^5]
est dû en grande partie au courage du chef de brigade Lannes.</p><p>Je recommande au Directoire exécutif le fils du
général Laharpe pour avoir une place de lieutenant de cavalerie. Je
demande la confirmation de l’adjudant général Frontin[^6]
qui, non compris dans le travail de prairial, n’a pas cessé de
servir avec courage.</p><p>Le passage du Pô est une des opérations les plus
essentielles. Il y avait des paris que nous ne le passerions pas de
deux mois.[^7]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3>
[^1]: Le 7 mai.
[^2]: <span></span>Le 24 février 1525, François 1<sup>er</sup>avait été vaincu à
Pavie par les armées de Charles-Quint et fait prisonnier.
[^3]: François Lanusse (1772-1801), adjudant général au début de la
campagne d’Italie, nommé général de brigade (avril 1796), fait
prisonnier (novembre 1796) puis échangé, il ne doit pas être
confondu avec son frère Pierre qui est son aide de camp.
[^4]: Aujourd’hui Casalpusterlengo.
[^5]: Le 8 mai.
[^6]: Nommé général de brigade à titre provisoire, Frontin sera
confirmé dans son grade en mars 1797.
[^7]: Copie d’expédition, S.H.D., Guerre, 17 C 1.</body> |
|---|
| |