| identifiant | CG1-0573.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1796/05/06 00:00 |
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| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 573. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Tortone, 17 floréal an IV [6
mai 1796]</h2><p><br/>
</p><p>L’armée d’Italie a pris hier possession de
Tortone, où nous avons trouvé une très belle forteresse, qui a
coûté plus de quinze millions au roi de Sardaigne, et qui renferme
cent pièces de canon de bronze et des casemates pour 3 000 hommes.</p><p>Je vous ai annoncé par mon aide de camp Murat[^1]
que nous avions occupé Coni et Ceva, que nous avons trouvés dans un
état de défense respectable et approvisionnés de tout.</p><p>Le lendemain de la signature de la suspension
d’armes, le général Laharpe marcha avec sa division par la route
de Bosco à Acqui ; le général Augereau par San Stefano[^2] ;
le général Masséna par Nizza della Paglia[^3].
Beaulieu évacua ce pays et se réfugia dans Valence, où il passa le
Pô avec toute son armée. Le général Masséna est arrivé, avec sa
division, à Alexandrie pour s’emparer des magasins que les
Autrichiens, ne pouvant les emporter, avaient vendus à la ville. Le
13, l’armée allemande a repassé le Pô, a coupé les bateaux et a
brûlé ceux qu’elle a trouvés sur le rivage.</p><p>Les Napolitains, qui ordinairement ne sont pas
entreprenants, se sont emparés de Valence. Le roi de Sardaigne leur
a intimé d’une manière si décidée de lui rendre cette place,
qu’ils n’ont pas jugé à propos d’attendre jusqu’au bout, et
l’ont rendue à la garnison piémontaise.</p><p>Dans ce moment-ci, la division du général
Sérurier est campée entre Valence et Alexandrie ; celle de
Masséna est à Sale ; celle d’Augereau à Castellazzo ;
celle de Laharpe à Voghera. Le général de brigade Dallemagne, avec
3 000 hommes et 1 500 chevaux, est à Casteggio. Dans la journée
d’hier, nous nous sommes canonnés avec l’ennemi posté au-delà
du Pô. Ce fleuve est très large et très difficile à passer. Mon
intention est de le franchir le plus près possible de Milan, afin de
n’avoir plus aucun obstacle pour arriver à cette capitale. Par
cette mesure, je tournerai les trois lignes de défense que Beaulieu
s’est ménagées le long de l’Agogna, du Terdoppio et du Tessin.
Je marche aujourd’hui sur Plaisance. Pavie se trouve tournée, et
si l’ennemi s’obstine à défendre cette ville, je me trouverai
entre lui et ses magasins. On construit de tous côtés des barques
et des radeaux ; mais vous savez combien tout cela est long, et
combien une armée organisée depuis quatre ans pour une guerre de
montagne doit manquer de choses pour une guerre de plaine aussi
active que celle que nous faisons. Il me faut vingt jours pour faire
venir quelque chose de Nice ; ajoutez la pénurie des charrois,
et voyez combien il nous faudrait perdre de temps pour suivre les
règles ordinaires. Je suis sûr que nous ne serions pas prêts à
passer le Pô au mois de juillet si j’attendais que nous ayons deux
ponts de bateaux ; aussi ai-je le projet de le passer avec des
radeaux et des ponts volants. Soyez sûrs que nous ferons tout ce qui
est faisable, et j’ai l’assurance de votre justice. Je sais que
vous savez mieux que personne évaluer la force des obstacles qu’il
n’appartient pas à l’homme de franchir tout d’abord, et que
vous êtes bien loin d’écouter ces militaires des clubs qui
croient qu’on passe de grandes rivières à la nage. L’on
m’accusera de témérité, mais non pas de lenteur ; mais
encore faut-il avoir pour soi les chances du calcul.</p><p>Quand passerons-nous le Pô ? où le
passerons-nous ? je n’en sais rien. Si mon mouvement sur
Plaisance décide Beaulieu[^4]
à évacuer la Lomellina, je le passe tranquillement à Valence. Si
Beaulieu ignore pendant vingt-quatre heures notre marche sur
Plaisance et que je trouve des bateaux dans cette ville ou de quoi
faire des radeaux, je le passe dans la nuit. Mais je vois encore bien
des obstacles à tout cela. Tous les bateaux ont été brûlés par
les Autrichiens ; le roi de Sardaigne n’en a plus.</p><p>Si je passe le Pô, j’aurai donc chassé l’armée
impériale des états du roi de Sardaigne au-delà de ce fleuve, et
ils sont alors pays de conquête. Je viens de proposer au roi de
Sardaigne de me donner : 1° les bateaux et agrès nécessaires
pour construire deux ponts ; 2° 600 chevaux de dragons
harnachés ; 3° et enfin, 1 400 de charrois. À ces conditions,
je lui promets de lui restituer ses états au-delà du Pô, dès
l’instant où je les aurai conquis, pourvu qu’il y entretienne 6
000 hommes de garnison. Cette circonstance est très avantageuse pour
nous, parce que si jamais nous nous brouillons, je retiendrai les 6
000 hommes en otages ; bien entendu que je serai maître du pont
sur le Pô. Je vous ferai part dès l’instant que cette négociation
sera terminée.</p><p>Si je ne passe pas le Pô d’ici à quelques
jours, mon intention est d’envoyer de Plaisance 4 000 hommes
jusqu’à Bologne, pour m’emparer des routes de cette ville et
demander 6 millions au duc de Modène[^5],
faire peur à Rome et au grand-duc de Toscane[^6].</p><p>Vous aurez appris la manière révoltante dont
s’est conduit le duc de Toscane ; il protège les émigrés et
laisse prendre nos bâtiments sous le canon de Livourne. J’avais eu
le projet d’envoyer un adjudant général demander au gouverneur si
nous étions en paix ou en guerre : dans le premier cas, exiger,
sous vingt-quatre heures, l’indemnité des bâtiments qu’ils ont
laissé prendre ; dans le cas contraire, faire des logements
pour une brigade de l’armée à Livourne.</p><p>Ces petits princes ont besoin d’être un peu
menés ; ils estimeront plus une note venant de l’armée que
de nos diplomates : la peur seule les rend si honnêtes et si
respectueux, que l’on peut dire, bas.</p><p>Le général Kellermann[^7]
m’annonce 10 000 hommes qu’il va me faire passer : moyennant
cela, je puis faire à la fois une visite au pape et au Milanais ou
au roi de Sardaigne. Les Autrichiens ne sont redoutables que par leur
cavalerie ; ils en ont 6 000 hommes.</p><p>Il serait utile que vous m’envoyassiez trois ou
quatre artistes connus, pour choisir ce qu’il convient de prendre
pour envoyer à Paris[^8].[^9]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3>
[^1]: Voir ci-dessus, n° 546.
[^2]: Aujourd’hui Santo Stefano Belbo.
[^3]: Aujourd’hui Nizza Monteferrato.
[^4]: Commandant de l’armée autrichienne.
[^5]: Hercule III d’Este.
[^6]: Ferdinand III de Habsbourg-Lorraine.
[^7]: Commandant en chef de l’armée des Alpes.
[^8]: La commission des sciences et des arts sera constituée le 16 mai
1796.
[^9]: <span></span>Le texte publié ici est celui de la<i>Correspondance de Napoléon
I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur
Napoléon III</i>, n° 337 d’après le dépôt de la Guerre. Le
S.H.D., Guerre, 17 C 1, conserve une copie partielle.</body> |
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