CG7-16680.md

identifiantCG7-16680.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1807/11/01 00:00
titreNapoléon au général Savary, en mission à Saint-Pétersbourg
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG7</i> - 16680. - </b>Au général Savary, en mission à Saint-Pétersbourg</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Fontainebleau, 1<sup>er</sup> novembre 1807</h2><p>Monsieur le général Savary, je vous ai expédié un courrier hier ; mais au moment même arrive Montesquiou<sup>[^1]</sup>, qui m’apporte votre lettre du 9 octobre avec le rapport qui y était joint. L’empereur<sup>[^2]</sup> désire envoyer de ses cadets dans mes ports : il n’y a point de difficulté à cela ; ils seront reçus et traités comme des officiers français ; vous pouvez lui en donner l’assurance. Il désire 50 000 fusils de mes manufactures : il n’y a pas non plus de difficulté à cela ; dès que Tolstoï en fera la demande, ils lui seront remis ; il y en a un million dans mes arsenaux ; ainsi ce n’est pas pour moi un grand sacrifice ; d’ailleurs il n’en est pas que je ne fasse pour être agréable à l’empereur. M. de Tolstoï est arrivé à Francfort, il y a quelques jours, et sera ici après-demain. Je lui ferai remettre l’hôtel que j’ai acheté de la princesse Caroline, tout meublé ; il m’a coûté un million<sup>[^3]</sup>. Vous savez que c’est l’hôtel le plus élégamment arrangé de Paris. J’en fais présent à l’empereur pour loger ses ministres. Il faudra que les meubles en soient conservés avec soin, afin que cela n’occasionne pas de grandes dépenses lors du renouvellement de ses ambassadeurs. Vous prierez l’empereur d’agréer cette maison comme un hommage de ma part. Si, par échange, il veut faire présent pour mes ambassadeurs d’un hôtel meublé, je ne m’y oppose pas ; je vous autorise à le recevoir.<sup>[^4]</sup></p><p>J’attendais Tolstoï pour écrire à l’empereur<sup>[^5]</sup>. Vous aurez reçu Saint-Aignan<sup>[^6]</sup>.</p><p>Quant à nos affaires, elles sont de trois espèces : 1<sup>o</sup> faire la guerre à l’Angleterre ; 2<sup>o</sup> obliger l’Autriche et la Suède à se déclarer contre l’Angleterre ; 3<sup>o</sup> arranger les affaires de la Porte.</p><p>1<sup>o </sup><i>Déclarer la guerre à l’Angleterre :</i> par les pièces que je vous ai envoyées, vous avez vu que la Russie devait faire une <i>déclaration</i> au 1<sup>er</sup> décembre, chasser lord Gower<sup>[^7]</sup> et déclarer la guerre à l’Angleterre. Je juge, comme la Russie, que cette <i>déclaration</i> aujourd’hui n’aboutira à rien et que l’affaire de Copenhague a changé la face des choses. Vous vous bornerez à demander que lord Gower soit chassé et la guerre déclarée.</p><p>2<sup>o </sup><i>Pour ce qui regarde la Suède :</i> l’île de Seeland est évacuée par les Anglais. Par le traité que je viens de conclure avec le Danemark<sup>[^8]</sup>, cette puissance doit faire cause commune avec la Russie ; si la Russie déclare la guerre à la Suède, le Danemark la lui déclarera aussi, et une armée danoise doit l’attaquer en même temps.</p><p>3<sup>o </sup><i>Quant aux affaires de la Porte :</i> je sens la nécessité de terminer quelque chose, et je suis prêt à m’entendre là-dessus avec la Russie. Mais cette affaire est bien intéressante pour moi. Je remets à vous en écrire après avoir vu Tolstoï. J’aurais besoin même d’avoir une entrevue pour cela avec l’empereur, après que la guerre aura été déclarée par la Russie à l’Angleterre.</p><p>Faites passer désormais vos courriers par Varsovie et Dresde, parce que, s’il arrivait que j’allasse en Italie, je donnerais l’ordre que, de Varsovie, on les dirigeât sur Milan. Cependant je suis encore très incertain sur ce voyage. Cela dépendra de beaucoup d’autres circonstances.</p><p><br/> </p><p><i>P. S.</i> J’envoie décidément Caulaincourt comme ambassadeur extraordinaire en Russie. Il aura 600 000 francs de traitement, ce qui, joint à ce qu’il a, le mettra dans le cas de faire une figure convenable. Il partira peu de temps après l’arrivée de Tolstoï. Vous pouvez donc compter qu’il sera à la fin de novembre à Saint-Pétersbourg. J’avais d’abord voulu y envoyer Laforest<sup>[^9]</sup>, mais j’ai craint qu’il ne fût trop vieux, et qu’on crût qu’il n’avait pas assez ma confiance, ce qui m’importe par-dessus tout.<sup>[^10]</sup></p><p style="text-align: right; margin-top: 0.64cm"><i>Napol</i></p> [^1]: Voir CG7-16225. [^2]: <span></span> Alexandre I<sup>er</sup>. [^3]: Il s’agit de l’hôtel Thélusson. [^4]: Passage biffé sur la minute : « Vous pouvez dire dans la conversation à l’Empereur que cet hôtel je l’ai acheté de la princesse Caroline, qu’il est tel que la princesse l’habitait, et que vous l’avez vu vous-même ». [^5]: Passage biffé sur la minute : « Cependant comme avant que je ne l’ai vu ici, il se passera cinq ou six jours, j’ai répondu sans tarder davantage. Vous trouverez ci-jointes mes lettres que vous lui remettrez ». [^6]: Chef d’escadron à l’état-major général, il avait précédé Savary à Saint-Pétersbourg. [^7]: Ambassadeur d’Angleterre à Saint-Pétersbourg. [^8]: Traité d’alliance franco-danois du 31 octobre 1807. [^9]: Voir CG7-16392. [^10]: <span></span> Minute, Archives nationales, AF IV 874, novembre 1807, n° 4. Extrait [catalogue de vente], Librairie Claude Coulet, André Faure expert, <i>Autographes et documents historiques</i>, Drouot, 15 décembre 1970, n° 89.</body>